Sebastian Coe, patron de World Athletics : « Les chaussures à elles seules ne vous font pas battre un record du monde »

Sebastian Coe, président de la Fédération internationale d'athlétisme. (F. Faugère/L'Équipe)

Comme une ou deux fois par an, Sebastian Coe, président de la Fédération internationale d'athlétisme, a accordé quelques minutes d'entretien individuel à L'Equipe. C'était dimanche à Eugene, le dernier jour des Mondiaux, organisés pour la première fois aux Etats-Unis.

Dimanche, Mondo Duplantis et Tobi Amusan n'avaient pas encore battu de record du monde (respectivement 6,21 m à la perche et 12''12 au 100 m haies) et le dirigeant britannique avait donc dû procéder à un tour d'horizon un peu anticipé. Mais dans les grandes lignes, Sebastian Coe, président de la Fédération internationale d'athlétisme en poste depuis 2015, a aimé ce qu'il a vu dans l'Oregon, tout en glissant quelques messages entre les lignes à deux ans des JO de Paris.

« Quel a été pour vous le grand moment de ces Mondiaux d'Eugene ?
Les records du monde sont très rares dans notre sport, contrairement à la natation (sourires), donc je dirais que celui de Sydney McLaughlin sur 400 m haies (50''68) a été un moment très fort. Je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup de records nationaux sur 400 m qui soient plus rapides que son temps ! Il y a eu d'autres performances fantastiques tout au long de ces dix jours, mais je dirais que celle-ci est celle qui me vient d'abord à l'esprit.

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Justement, l'Américaine a été questionnée sur le fait de se diriger vers une autre épreuve comme le 400 m, ou de doubler avec le 400 m haies, pour « marquer » plus le grand public. Ce serait une bonne idée selon vous ?
Le 400 m haies, ça n'a pourtant pas l'air de déranger Karsten Warholm (double champion du monde, champion olympique et recordman du monde de la distance). Si vous êtes très bon, peu importe votre discipline. Certaines épreuves attirent peut-être plus l'oeil, mais depuis trois ou quatre ans, les directeurs de grands meetings basent leur programme sur le 400 m haies. Voir Sydney sur 400 m haies, ça n'est pas du tout un facteur limitant pour notre sport, même s'il doit encore mieux se mettre en scène.

Avoir eu une très forte équipe américaine lors de ces premiers Mondiaux organisés aux Etats-Unis, c'était indispensable pour vous ?
Bien sûr. Ce pays est le plus grand marché du monde, les JO arrivent ici en 2028 à Los Angeles, et il est important que l'athlétisme passe du 8e ou 9e rang au Top 5 en terme de diffusion, c'est notre ambition. NBC a fait de bons chiffres d'audience, on sait que c'est un marché compliqué et concurrentiel, mais ils nous disent que c'est l'édition qui a attiré le plus de gens, sur toutes leurs plateformes.

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On a encore beaucoup parlé des chaussures nouvelle génération à Eugene, de leurs semelles notamment, très précieuses sur les courses de haies. Est-ce une aide décisive dans la course aux chronos ?
À Doha il y a trois ans, on était encore en train d'apprendre sur ce plan-là, maintenant on a plus de recul avec les nouvelles pointes, on a un règlement. Mais on continue à suivre les choses de près, même si je crois qu'on est parvenu à un certain équilibre. Je dis toujours que les chaussures sont un élément de la performance, mais pas LA performance. Est-ce qu'on en parle trop ? Je suis content que les gens parlent de notre sport, et c'est débat assez sain à avoir. La grande majorité des entraîneurs vous diront que c'est un peu insultant de ne parler que de ce facteur chaussures.

Sebastian Coe, président de la Fédération internationale d'athlétisme

« Les chaussures à elles seules ne vous font pas battre un record du monde. Il y a l'entraînement, la nutrition, la préparation mentale... »

Cuba a quitté Eugene pour la première fois des Mondiaux sans la moindre médaille. Plusieurs de ses athlètes ont choisi de quitter le pays pour concourir sous de nouvelles couleurs, tandis que le cas de Juan Miguel Echevarria reste incertain. Est-ce que World Athletics doit intervenir ?
On a de bons contacts avec la Fédération cubaine, mais aussi avec la NACAC (la Confédération regroupant les Fédérations d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes) et son président Mike Sands. On veut en savoir plus ce sur ce qui se passe à Cuba.

L'équipe de France repart de ces Mondiaux avec une seule médaille, celle en or de Kevin Mayer au décathlon, et peu de finalistes. C'est peu au regard du poids de l'athlétisme français par le passé. Ça vous inquiète à deux ans des JO ?
Il est important qu'une Fédération et même qu'un pays aborde des Jeux Olympiques à domicile avec des athlètes au plus haut niveau. Je ne vais pas dire le contraire. Avant les JO de Londres en 2012, la Grande-Bretagne avait fait de bons JO à Pékin. Je suis certain que la Fédération française d'athlétisme en est consciente. »

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