Sergent Garcia

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En octobre 2016, on lui a collé un “OM Champions Project” aussi clinquant qu’irréaliste dans les pattes. Dix-huit mois plus tard, et par la grâce d’une brillante campagne en Ligue Europa, l’ex-entraîneur de la Roma est à un match de lui donner corps. Une gageure, au regard du manque de repères dont souffraient les Olympiens l’été dernier. Fort heureusement pour eux, Garcia possède un sacré sens de l’orientation.

Août 2016, à la mairie de Marseille. Jean-Claude Gaudin est tout feu tout flamme, et apparemment ravi de recevoir la presse pour officialiser le rachat de l’OM. Débordant d’enthousiasme, le maire de la cité phocéenne s’emballe : “Il va falloir gagner, il va falloir mettre des sous ! Alors puisque vous en avez, c’est ce que vous ferez. En tout cas, c’est ce que nous vous demandons.” A la gauche du Christ, Franck McCourt, le futur propriétaire du club, écoute la traduction des propos de l’édile que lui murmure Jacques-Henri Eyraud, et rit de bon cœur. Le début du rêve américain.

Août 2017, au stade Louis ll. Au terme d’une rencontre à sens unique, les Monégasques bombent le torse. Et il y a de quoi : le champion de France en titre vient de corriger le voisin marseillais (6-1). De leur côté, les hommes de Rudi Garcia rentrent à la maison sonnée. Deux semaines plus tard au Vélodrome face à Rennes, bis repetita. La bande à Payet, manifestement toujours KO après l’uppercut reçu à Monaco, s’effondre sur ses terres pour la première fois depuis février 2016 (1-3). À l’issue de la rencontre, un torrent de sifflets dévale les tribunes, accompagnés d’appels à la démission de l’entraîneur olympien. Nous sommes alors le 10 septembre. Marseille s’enfonce dans le ventre mou du championnat, et l’inénarrable “OM Champions Project”, présenté en grande pompe l’an passé, devient un sujet de plaisanteries matinales aux abords de la machine à café. Garcia, lui, explore pour la première fois depuis son arrivée sur la Canebière la face sombre du fameux “contexte marseillais”.

Ressusciter les morts

L’affaire aurait pu tourner au vinaigre pour l’ex-entraîneur du Mans – il n’aurait d’ailleurs pas été le premier coach à être broyé par la pression qui entoure le club phocéen. Sauf que Garcia n’en est pas à son premier banc, et que son cuir, renforcé par plus de deux saisons passées à la tête de la Roma, est suffisamment épais pour encaisser les coups. Surtout, le natif de Nemours est un pragmatique, moins têtu qu’il n’y paraît, et à défaut d’être un bâtisseur, c’est un meneur d’hommes hors pair.

Exit donc, le sacro-saint 4-3-3 qui a toujours eu ses faveurs. Après une période d’essais – parfois baroques -, Rudi passe à un 4-2-3-1 plus équilibré, et plus conforme aux qualités de son effectif. Un effectif d’ailleurs limité, dont il apprend à tirer le meilleur parti, allant jusqu’ à ressusciter les morts. Rolando était à la cave ? L’entraîneur de l’OM lui accorde la confiance dont il manquait, et l’installe solidement dans l’axe de la défense au côté d’Adil Rami. Ocampos n’existait plus dans l’esprit des supporters marseillais après son passage en Italie ? Garcia redonne de l’appétit à l’Argentin, et l’envoie ratisser le front de l’attaque olympienne comme un chien de la casse affamé. Bouna Sarr était la risée du Vélodrome lorsqu’il évoluait au milieu de terrain ? Comme il l’avait fait avec Florenzi à la Roma, le coach marseillais réinvente le Franco-Guinéen au poste de latéral droit, au point d’en faire un candidat crédible à la sélection nationale.

Une montagne nommée Atlético

Si Garcia s’est avéré excellent à la relance, sa plus grande réussite réside sans conteste dans l’état d’esprit affiché depuis plusieurs mois par son équipe. Le fruit d’une délicate alchimie, que l’entraîneur marseillais est parvenu à trouver au fil de l’eau. Interrogé lundi par nos confrères de L’Equipe à ce sujet, Florian Thauvin a pris le temps d’en détailler la formule : “L’âme de l’équipe est en grande partie liée au profil des joueurs qui la composent, a-t-il ainsi décrypté. Des joueurs d’expérience, des joueurs de caractère, de grands joueurs qui ont fait une super carrière et qui apportent beaucoup au groupe. Cette âme s’est construite un petit peu tous les jours. On a appris à gagner ensemble, à perdre ensemble, on est heureux ensemble, on pleure ensemble. On a tous compris que le collectif est le plus important, qu’il nous servirait à chacun, qu’il nous rendrait plus fort. C’est quelque chose que le coach nous a inculqué.

Mercredi soir, Dimitri, Adil, Luis, Florian et les autres feront face à une montagne nommée Atlético de Madrid. Une équipe dotée elle aussi d’un esprit de corps phénoménal, insufflé par un entraîneur qui l’est tout autant. Pour gravir cet Everest, les Marseillais devront mettre une dernière fois à l’épreuve leur proverbiale solidarité, cette valeur si souvent galvaudée – mais si précieuse – que Rudi Garcia est parvenu à transmettre à ses joueurs. Cette valeur sans laquelle devenir un jour champions reste un vague projet.

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