Un siècle de Bol d'Or

Créé en 1922, le Bol d'Or (à suivre en direct sur L'Équipe live) fête ce week-end son centenaire. En cent ans, la guerre et les crises ont parfois freiné la plus célèbre des courses d'endurance mais son prestige reste intact.

Il y a un an, le 19 septembre 2021, la Suzuki du team SERT Yoshimura passait victorieusement sous le drapeau à damier du circuit Paul-Ricard. Ce jour-là, Sylvain Guintoli, Gregg Black et Xavier Simeon remportaient le 84e Bol d'Or après avoir dévoré près de 4 000 km à la vitesse moyenne de 166,4 km/h.

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Près d'un siècle plus tôt, un week-end de mai 1922, sur une piste en terre battue de cinq kilomètres à l'est de Paris, sur les communes de Vaujours, Coubron et Livry-Gargan, Tony Zind entrait dans l'histoire en devenant le premier pilote à inscrire son nom au palmarès du Bol d'Or. Seul au guidon de sa Motosacoche, ce téméraire Lyonnais avait réussi à boucler deux tours d'horloge à la moyenne de 51 km/h, ne s'arrêtant que pour manger, remettre un peu d'essence et s'accorder quelques minutes de repos.

Sarron et « Tatave », les recordmen
En s'inspirant d'une course cycliste sur piste créée en 1894, Eugène Mauve était loin d'imaginer que son Bol d'Or deviendrait un mythe pour des générations de fous de motos et que le succès serait toujours au rendez-vous cent ans plus tard. Organisée à partir de 1923 à Saint-Germain-en-Laye, l'épreuve imaginée par le président de l'Association des anciens motocyclistes militaires a très vite attiré des dizaines de milliers de spectateurs fascinés par ceux qu'on appelait alors les « tourneurs sur route ».

À cette époque, l'industrie motocycliste française est à son apogée. Une quinzaine d'années plus tard, alors que le Bol d'Or vient de migrer vers l'autodrome flambant neuf de Montlhéry, gage d'une plus grande sécurité, la Seconde Guerre mondiale met l'épreuve entre parenthèses, anéantissant par là même les trésors d'ingéniosité des constructeurs français.

De retour au calendrier en 1947, le Bol d'Or forge la gloire de son premier héros en la personne de Gustave Lefèvre. Quintuple vainqueur en solitaire de 1947 et 1953, celui que l'on surnomme « Tatave » partage deux nouvelles victoires avec son compatriote Georges Briand en 1956 et 1957. Car à partir de 1954, le règlement permet à deux pilotes de se relayer sur une machine. Avec le repos qu'ils peuvent ainsi s'accorder, les records tombent. En 1957, toujours à Montlhéry, Lefèvre obtient ainsi son septième et dernier succès avec une 500 Norton britannique, à 113 km/h de moyenne. Son record de victoires tiendra trente-sept ans.

Il faudra en effet attendre 1994 pour que Dominique Sarron égale le palmarès de Tatave. Près de quatre décennies durant lesquelles le Bol d'Or connaîtra moult changements et soubresauts. Il y aura d'abord la disparition de l'épreuve au début des années 1960, à la suite de la désaffection du public et des participants, liée à l'effondrement de l'industrie motocycliste anglaise et italienne, puis son retour tonitruant en 1969, l'épreuve profitant alors de l'explosion du marché engendrée par l'arrivée en Europe des constructeurs japonais.

En proposant de nouvelles machines séduisantes et performantes, ces derniers révolutionnent autant la compétition que le marché. Des duos tels que Godier-Genoud chez Kawasaki ou Léon-Chemarin chez Honda deviennent de véritables légendes.

150 000 spectateurs par an
Organisé à partir de 1971 sur le circuit Bugatti, le Bol d'Or attire chaque année plus de 150 000 spectateurs. En 1978, l'épreuve met le cap au sud, sur le circuit Paul-Ricard. C'est là qu'entre 1981 et 1994 Dominique Sarron pose sa patte sur la plus célèbre des courses d'endurance. Seul pilote à avoir gagné avec trois marques différentes (Honda, Yamaha et Suzuki), l'Auvergnat connaîtra aussi, en 1982, le passage à trois pilotes par moto. « Une véritable révolution, se souvient-il. Même si trouver un compromis pour les réglages est plus difficile à trois, le fait de se reposer davantage permet de maintenir un rythme plus élevé. » D'autant plus que la fiabilité des machines s'est beaucoup améliorée. « Elles sont aussi devenues moins physiques et plus efficaces, ajoute Sarron. »

En 1999, le Bol d'Or déménage à Magny-Cours (Nièvre) où quinze éditions seront organisées avant que l'épreuve retrouve le Castellet en 2015. Malgré ces changements de décors, le Bol d'Or ne verra jamais son prestige écorné. « Le Bol, ça parle aux gens, avance Jean-Marc Deletang, vainqueur en 1993 et 2000 et aujourd'hui directeur de course. Pour les motards, c'est plus fort que Le Mans, qui est rattaché à la voiture. »

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