Simeone, la guerre et la gagne

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En quelques années, “El Cholo” a transformé l’Atlético de Madrid en machine de guerre. Sa recette ? De la sueur, de la discipline, et une sainte horreur de la défaite érigée en mantra collectif. Focus sur un gourou pour lequel “grinta” n’est pas un vain mot.

Jeudi 26 avril, à l’Emirates Stadium. Depuis le coup d’envoi, l’Atlético de Madrid encaisse les coups portés par une équipe d’Arsenal bien décidée à assurer sa qualification pour la finale de la Ligue Europa sur ses terres. Sauvé par son montant droit dès la 6ème minute de jeu sur une reprise de Lacazette, Oblak s’emploie à plusieurs reprises dans la foulée pour maintenir les siens dans le match. On se dit alors que la soirée va être longue pour les Colchoneros. Surtout lorsque Vrsaljko écope d’un deuxième carton jaune synonyme d’expulsion.

Il reste alors 80 minutes à jouer, et sur le banc madrilène, un homme tout de noir vêtu fulmine. Ivre de colère, Simeone s’en prend violemment à Clément Turpin. Pas venu à Londres pour qu’on insulte sa mère, l’arbitre français exclut l’entraîneur argentin. Le décor du scénario catastrophe est planté. A un détail près : l’Atlético façonné par El Cholo n’est jamais plus fort que lorsque les vents soufflent en sens contraire. Quelques hectolitres de sueur et un but létal de Griezmann plus tard, les Matelassiers quittent le terrain avec un nul inespéré en poche. Dans les tribunes, le volcan Diego entre en éruption.

Fou de joie, fou de rage, le corps tendu comme un arc, Simeone laisse parler l’adrénaline. La conférence de presse d’après match venue, il n’est toujours pas redescendu : “Ces joueurs sont des héros, lance-t-il. Ils ont tenu pendant 90 minutes, après toute cette saison et malgré le manque d’effectif. Il a fallu survivre en Ligue Europa. On ne voit pas ça souvent de tenir comme ça. Ça me donne la chair de poule de penser au match retour. Cette défense fantastique restera dans l’histoire de l’Atlético. Jouer, c’est amusant, mais pour défendre, il faut avoir des couilles.

Fierté et bave aux lèvres

Toute la philosophie de l’Argentin est là, résumée en ces quelques lignes aux accents lyrico-virils. La passion du combat, le sens du sacrifice, l’amour du maillot et des hommes qui le portent, la haine viscérale de la défaite – cette jumelle mal-aimée du goût de la victoire – : autant de principes que le natif de Buenos Aires cultivait déjà du temps où il ratissait Vicente Calderon l’écume aux lèvres. Quoi de plus naturel alors, le temps de la reconversion venu, que de retrouver une institution qui les a érigées en valeurs cardinales ?

Voilà maintenant sept saisons que le couple Diego-Atlético file le parfait amour. Sept années au cours desquelles l’emblématique entraîneur du club de la banlieue madrilène a donné plus d’un motif de fierté à ses socios. Un titre de champion – le premier du club depuis 1996, date à laquelle Simeone portait le maillot rouge et blanc -, une C3, une Supercoupe d’Europe, une Coupe du Roi : sous sa houlette, l’armoire à trophées rojiblanca s’est considérablement étoffée.

Et qu’importe si le jeu proposé par ses troupes ne correspond pas aux canons de l’époque. N’en déplaise aux esthètes de la gonfle : compenser ce qu’il manque de talent par un surcroît de courage n’a jamais déshonoré personne, et finir cinq fois d’affilée meilleure défense de Liga tient davantage de l’excellence tactique que du manque d’audace. On ne bâtit pas une citadelle imprenable en claquant des genoux…

“Avec Diego, jusqu’à la mort”

A condition de compter dans ses rangs des ouvriers surqualifiés. En bon maître d’œuvre, l’Argentin a construit un effectif cimenté par une solidarité sans faille, et entièrement acquis à sa cause. Une dévotion dont Diego Godin, 350 matchs avec l’Atlético au compteur, a donné une éloquente illustration lors d’une interview accordée à Goal en novembre 2016 : “Simeone est très important pour nous. Nous sommes ensemble depuis plusieurs années, et la relation qui unit notre groupe de joueurs et notre entraîneur est incroyable. Nous avons une grande confiance en lui, nous sommes avec lui jusqu’à la mort, et il est avec nous.

Le 16 mai prochain, au Groupama Stadium, Diego le volcanique ne sera pas au bord du terrain pour encourager ses soldats. Comme lors de la demi-finale de la Ligue Europa contre Arsenal, lui et son sang brûlant observeront les débats depuis les tribunes. Pas grave : cela fait bien longtemps qu’il n’a plus besoin de hurler au bord de sa zone technique pour transmettre sa grinta légendaire à ses joueurs.

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