Six mois de prison avec sursis requis après le drame du Moustoir à Lorient

Monaco et Lorient rendent hommage au jardinier mort au Moustoir, le 6 janvier 2021. (A. Mounic/L'Équipe)

Si les faits sont clairs dans le drame du Moustoir, les responsabilités judiciaires restent à établir. Une certitude : Yohann Essirard, la victime, n'aurait jamais dû aider à déplacer les rampes de luminothérapie.

Entre eux, certains salariés l'appelaient « la brouette ». Une brouette de presque 500 kg, de 2,50 m de haut, autant de large, 8 m de long pliée, 20 m déployée. Le FC Lorient, via la société Sportingsols et un contrat de 204 000 euros sur cinq ans, disposait de trois brouettes, trois engins de luminothérapie, faisant plutôt penser à des machines de science-fiction, sortes de barres transversales de foot équipées en hauteur de lampes régénératrices de pelouse.

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La vidéo du quart d'heure qui a suivi la fin de la rencontre Lorient-Rennes, le 20 décembre 2020, diffusée en entame d'audience, est glaçante. Pourtant, la veuve de Yohann Essirard, pull blanc, jupe noire, est restée, montrant qu'elle faisait face pour se rapprocher de la vérité. Il est 19h01. Un homme devant, un homme derrière, la rampe se rapproche des six mètres du virage sud. Les quatre roues se mettent soudain dans le même axe, provoquant le basculement de « la brouette ».

La veuve de Yohann Essirard

« Un homme n'aurait pas dû perdre sa vie pour aider bénévolement. Il aurait dû rentrer pour dire bonsoir à ses enfants »

L'homme qui se trouvait derrière, Yohann Essirard, est écrasé, et sa cage thoracique enfoncée. L'homme de devant, « N. » court, se tient la tête, « comme fou » dira son avocat. « N. » est le demi-frère de Yohann. Il l'a invité « pour lui faire plaisir. » Pour donner un coup de main aussi ? La question principale est là. « N. » restera le plus souvent mains croisées, tête baissée, presque sept heures durant. Lui était officiellement employé de Sportingsols.

Sportingsols a demandé la relaxe totale

Digne, extrêmement digne, ravalant ses larmes, Cindy Essirard raconte son homme, son manque, son incompréhension aussi. « Un homme n'aurait pas dû perdre sa vie pour aider bénévolement. Il aurait dû rentrer pour dire bonsoir à ses enfants. » La suite appartenait au droit, qui n'est pas toujours en phase avec les sentiments. « Le mode de défense choisi par Sportingsols (NDLR : poursuivi notamment pour « homicide involontaire » et « travail dissimulé ») rajoute à la colère, lance son défenseur, Maître Goulven Pennec. On ne peut pas dire qu'on n'est responsable de rien alors qu'on est dirigeant. »

Les deux dirigeants, Loïc Jobard et Robert Paul, basés à Saint-Fulgent, argumentent qu'ils ignoraient que des « invités » aidaient, que les employés aussi avaient modifié les machines, cisaillant des butées de sécurité pour se faciliter le travail. Sportingsols a demandé la relaxe totale. Le procureur, qui avait choisi de ne pas joindre au dossier le FC Lorient, qui avait fourni les accréditations des vrais faux jardiniers, a demandé la condamnation des deux dirigeants à six mois de prison avec sursis et la société à 155 000 euros d'amende.

Le jugement a été mis en délibéré au 21 novembre.