Skateboard - Caru Alves de Souza : « Le skateboard est le deuxième sport le plus populaire au Brésil »

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« Je m'appelle Bagdad » raconte l'histoire d'une Brésilienne de 17 ans dont la vie va changer quand elle rencontre un groupe de skateuses. Dans ce film, autour du skateboard, la réalisatrice Caru Alves de Souza évoque aussi la jeunesse, la diversité sociale, le racisme ou l'égalité hommes/femmes à Sao Paulo. L'occasion d'évoquer avec elle la place du skate au Brésil. « C'est votre deuxième long-métrage, l'histoire d'une jeune skateuse au Brésil. Pourquoi le skateboard ?
Pour le côté transgression et la manière de voir la ville des skateurs. Sao Paulo (le film se déroule à Freguesia do Ó, un quartier populaire de la ville, d'où elle est originaire) est une ville très violente, surtout pour les jeunes, et très séparée entre les riches et les pauvres. Les filles ne peuvent pas marcher tranquillement dans les rues par exemple... Le skate, c'est une autre manière de voir la ville, de se déplacer, de reconquérir la ville. lire aussi Les légendaires Z-Boys racontésVous skatez vous-même ?
Non. Quand j'étais plus jeune, je traînais beaucoup avec des skateurs. Mais il y avait juste une ou deux skateuses dans la ville. C'était tellement plus difficile pour une fille d'aller skater. Et les hommes n'étaient pas cool avec ça, ils étaient très pénibles. Si tu voulais skater avec eux, il fallait prouver quelque chose en plus. J'avais un skate quand j'avais 7 ans, mais je n'avais pas le droit d'aller à l'intérieur du skatepark, donc j'ai abandonné. « Quand j'ai commencé mes recherches pour mon film il y a plusieurs années, je suis allée dans les skateparks et il y avait quasi jamais de filles. Ça a évolué. » Une des légendes du skateboard féminin est pourtant Brésilienne, Leticia Bufoni. Et aux JO, celle qui a fait sensation, c'est Rayssa Leal, médaillée d'argent à 13 ans. Aujourd'hui, cette situation a changé ?
Oui. Quand j'ai commencé mes recherches pour mon film il y a plusieurs années, je suis allée dans les skateparks et il y avait quasi jamais de filles. Ou alors c'était une fille seule dans un coin, très timide, à faire des manuals (rouler sur deux roues, sur du plat). Puis trois ou quatre ans avant le tournage du film, j'ai vu deux ou trois filles skatant ensemble. Ça a évolué depuis. Avec la médaille de Rayssa Leal et la performance des Brésiliennes aux JO, ce sera plus facile pour une fille d'aller dans un skatepark. Dans les années 80, les skateparks, c'était très sauvage pour une fille. Je ne pouvais même pas rentrer ! Maintenant, ce n'est pas un paradis, mais c'est bien mieux.

Pour le tournage, vous avez choisi des skateurs locaux, et pas des acteurs. Comment c'était de tourner avec eux ?
Oui, ils sont tous skateurs dans la vraie vie. Même Grace Orsato (l'actrice principale, qui joue Bagdad). C'était très important pour moi. On a construit le film ensemble. Pendant les essais (elle n'a pas envoyé de scénario complet aux acteurs), on a beaucoup discuté des scènes et on a changé beaucoup de scènes car ils me disaient : "non, ça n'est pas comme ça dans la vraie vie", et j'adorais ça ! Ce sont des skateurs de rue, pas des gens connus. C'est vraiment hyper dur de filmer du skate, mais avec eux, c'était facile car ils sont naturellement doués : ils ne jouent pas, ils sont juste eux. lire aussi Steve Caballero, légende du skateboard : « Nous sommes des artistes »Le Brésil fait partie des nations les plus fortes aujourd'hui dans le skateboard. Comment c'est vu là-bas ?
Le sport est très important au Brésil, mais tout l'argent va au foot. Avec les performances des JO, j'espère que plus de gens vont plus s'y intéresser et le respecter. Mais je pense que le skateboard est le deuxième sport le plus populaire au Brésil. Tous les enfants font du skate à un moment, dans la rue. C'est vraiment énorme, mais c'était pas reconnu à sa juste place. Il y a beaucoup de brésiliens très forts (Bob Burnquist, Pedro Barros, Felipe Gustavo...), mais la plupart partent vivre à l'étranger, aux États-Unis pour en vivre, avoir des sponsors. Donc beaucoup de brésiliens font du skate pour le plaisir, avec des copains, pas pour en faire un métier. Mais c'est ce que je préfère dans le skate : la rue. Dans votre film, vous évoquez la misogynie, le racisme, l'homophobie dans le Brésil de Jair Bolsonaro (le Président)...
Oui, car depuis qu'il a été élu, c'est de pire en pire. C'était un problème avant Bolsonaro, c'est sûr. Mais lui, c'est le pinacle concernant l'homophobie, le machisme, le racisme... Il représente toutes ces choses horribles. On a l'impression qu'une personne peut être ouvertement raciste ou homophobe aujourd'hui. Il a permis à ces gens-là de parler plus ouvertement qu'avant. C'est un grand problème dans la société brésilienne. On voulait dénoncer tout ça. Ce film représente notre résistance et parle de gens marginalisés au Brésil : les femmes, les personnes noires, la communauté LGBTQ +, les skateurs... Ce film, c'est aussi pour dire : "on est là et on va rester là, que vous nous aimiez ou non". »

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