Skateboard - Clément Zannini, le skateboard avec une prothèse à la jambe : « C'est là que je me sens vivre »

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Le Français Clément Zannini participe ce week-end au Dew Tour, emblématique événement de skateboard aux États-Unis. Le Vosgien de 28 ans impressionne, skatant avec une prothèse à la jambe.

Clément Zannini « vit, mange et dort skate ». Alors quand le Dew Tour, la compétition mythique aux États-Unis, l'a contacté pour participer à la première épreuve « adaptive » (handi), avec 12 autres skateurs du monde entier, son coeur a hurlé de joie. « C'était un rêve de venir ici, sourit le Français, depuis son hôtel de Des Moines, dans l'Iowa. En plus, c'est ma première fois aux États-Unis. Tout skateur rêve de venir ici au moins une fois dans sa vie. » C'est loin d'être l'ensoleillée Californie, la Mecque du skate, mais une partie de la crème du milieu est bien présente.

Le Vosgien de 28 ans, qui vit avec une prothèse à la jambe droite depuis toujours, a commencé le skateboard à 11 ans. Avant, la gym, la natation ou le basket ne l'ont pas convaincu. Pas même le snowboard, le BMX ou le roller. Alors à force de passer des heures à enchaîner les tricks sur le jeu vidéo Tony Hawk Pro Skater, il se lance.

« Forcément, c'était hyper dur, j'ai dû trouver tout seul comment faire, explique-t-il. L'équilibre avec un seul pied... Les débuts étaient laborieux, mais je suis rapidement tombé amoureux du skate et de sa culture. Et j'ai commencé à progresser. » Le niveau de Clément Zannini impressionne. Sans pouvoir rivaliser avec les cracks Aurélien Giraud ou Vincent Milou, membres du team France présents à Des Moines, il cartonne. Il skate pourtant presque sur une jambe, avec une prothèse à l'autre, à cause d'une malformation de naissance. « Je suis né avec un pied mal formé, j'ai un genou sans ligament croisé, une jambe très fine, sans péroné et sans muscle sous le genou, et seulement trois doigts de pied, précise-t-il. Mon pied est dans la continuité de la jambe, il n'est pas perpendiculaire. »

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Malgré de longs arrêts à cause de douleurs ou de prothèses cassées et de nombreuses chutes, il persévère, car il a trouvé dans le skateboard sa raison de vivre. « J'ai trouvé ma liberté quand j'ai posé les pieds sur un skate, affirme Zannini, gardien de nuit dans un hôtel. C'est là où je me sens épanoui, là où je me sens vivre. L'important pour moi, ce n'est pas d'être confort pour marcher, mais pour skater. »

Le skateboard avant la marche
Si des athlètes peuvent parfois bénéficier d'une prothèse adaptée à leur pratique, lui n'en a qu'une seule au quotidien. Alors quand il sollicite des ajustements, il pense skate en tout premier. « Je demande à avoir le pied le plus rigide possible pour flipper ma board (faire tourner la planche) plus facilement, explique-t-il. C'est très désagréable pour marcher, car le pied n'est pas flexible, mais ce n'est pas grave, je préfère. »

Pour préparer l'événement, il a cependant... laissé sa board au placard. « J'ai souvent peur de casser ma prothèse donc j'ai préféré ne pas trop skater avant de partir, explique-t-il. Si je la casse juste avant un voyage à 3 ou 4 000 euros... C'est flippant. Pendant la compétition aussi, je ferai attention. Je fais tout pour ne pas prendre de risques. » Pour financer son aventure US, le Vosgien originaire de Vittel a pu compter sur la solidarité des skateurs. « J'ai contacté la Fédération française, mais ils m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas m'aider... Mais j'ai eu la chance d'être soutenu par l'association GIP (l'Association groupement interprofessionnel skateparks de France), et par David Legoux (dirigeant de GIP) pour toutes les démarches administratives. Je ne sais pas comment j'aurais fait sans eux. »

Alors pendant sa semaine dans l'Iowa, Clément Zannini veut se faire plaisir et kiffer. Profiter de chaque instant. « Je suis allé skater avec Mark Suciu ou Paul Rodriguez, des légendes, raconte Zannini, sur son nuage. J'ai l'habitude de les voir sur Youtube... et là, j'ai skaté avec certains des meilleurs du monde, qui m'ont félicité... C'est incroyable. »