Skateboard - Pierre-André Senizergues : « La place du Trocadéro, c'est un peu la Mecque du skate en France »

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Légende du skate français et fondateur de la marque Ethnies, Pierre-André Senizergues a fait son grand retour sur la capitale à l'occasion du Red Bull Paris Conquest. Le skateur de 58 ans revient sur sa carrière, la scène skate française et les JO. Ce mardi et mercredi, les jardins du Trocadéro se sont enflammés pour le Red Bull Paris Conquest. Une compétition exceptionnelle qui a réuni l'élite mondiale du skate, dont Pierre-André Senizergues, ancien champion du monde français et fondateur de la marque Ethnies. Expatrié aux États-Unis depuis les années 80, le skateur est revenu spécialement dans sa ville natale pour assister à l'événement. L'occasion d'échanger avec lui sur sa relation avec la scène skate française, son parcours aux États-Unis, la marque Ethnies et l'arrivée du skate aux Jeux Olympiques. « Ça vous fait quoi d'être enfin de retour en France ?
À cause du Covid, cela faisait un an et demi que je n'étais pas revenu. Mais ça fait vraiment du bien d'être à la maison, chez soi, sur son spot de skate au Trocadéro.

Pourquoi le Trocadéro est un lieu aussi important pour vous ?
La place du Trocadéro, c'est un peu la Mecque du skate en France. C'est là où tout a commencé dans les années 70. Il y a beaucoup de passage et j'y ai rencontré plein de gens de toutes nationalités grâce au skate, donc ça fait plaisir d'avoir une telle compétition ici. Aujourd'hui, avec la nouvelle génération qui est là, je me revois à leur âge et ça me réchauffe le coeur. Justement, quel regard avez-vous sur cette nouvelle scène skate française ?
Il y a beaucoup de skateurs très forts, comme Aurélien Giraud, Vincent Milou, ou Charlotte Hym qui encourage beaucoup le skate féminin. En France, il y a eu un réel élan depuis quelques années et la culture est devenue énorme. L'arrivée du skate aux JO a aussi permis une vraie émulation autour de la discipline. lire aussi Un documentaire sur le phénomène Aurélien Giraud Qu'avez-vous pensé de l'intégration du skate aux Jeux Olympiques ?
Il y a un gros débat, car le skate c'est aussi une culture et un art. Gagner une compétition n'est pas le but. L'essentiel c'est de faire le maximum, s'amuser ensemble et transmettre des émotions. Mais je pense que les JO n'ont rien changé du tout au skate, c'est plutôt l'inverse. Vous avez hâte de voir arriver les JO 2024 à Paris ?
Oui, je pense que ça va être un moment incroyable. Culturellement, le skate est très important, que ce soit dans la musique, l'art, les figures, etc. La France accorde une réelle importance à la culture et on va pouvoir faire quelque chose d'unique sur ce point-là comparé à Tokyo ou Los Angeles en 2028. « Ma mère m'a offert ma première planche quand j'avais 14 ans » Vos spots de skate préférés à Paris ?
Forcément, comme j'ai grandi là, c'est le Trocadéro. J'ai profité du park installé spécialement pour l'occasion pour aller skater un peu. Mais je suis un peu un fossile du skate, alors j'y suis allé quand il y avait peu de gens (rires). Sinon je skate des fois au Palais de Tokyo, qui est aussi un spot génial. Revenons au début de votre carrière. Comment a débuté cette passion pour le skate ?
Ma mère m'a offert ma première planche quand j'avais 14 ans. C'était une petite board en plastique. Quand j'ai mis mon pied dessus, j'ai fait un vol plané. J'ai pris ça comme un challenge et me suis alors accroché. Ensuite, j'ai continué à en faire avec des copains dans le quartier où j'habitais à l'époque, près d'Ivry dans le 94. Mais l'image du Trocadéro, c'était un peu la Mecque du skate en France, alors on a voulu rapidement y aller. C'est là que j'ai découvert des figures incroyables, qui m'ont donné envie de continuer à pratiquer. En 1979, j'ai fait ma première Coupe de France, que j'ai remportée, puis les champions d'Europe que j'ai remportés 15 fois. « J'ai vécu dans la rue, à Venice Beach, où je faisais des démonstrations de skate » Vous êtes ensuite parti vivre aux US. Pourquoi ?
Mon rêve, c'était d'aller faire du skate en Californie. Donc je suis rapidement allé aux US pour voir comment ridaient les Américains. Je n'avais quasiment aucun argent en poche. J'ai vécu dans la rue, à Venice Beach, où je faisais des démonstrations de skate. Des marques m'ont alors repéré et, petit à petit, m'ont proposé de me sponsoriser. C'est là que j'ai commencé à faire de vraies compétitions professionnelles et je suis devenu champion du Monde du jour au lendemain.
Comment êtes-vous passé de skateur à autoentrepreneur avec la création d'Ethnies ?
L'esprit d'autoentrepreneur est très présent chez les skateurs. C'est une activité DIY, où il faut que l'on fasse tout nous-même. Un jour, après avoir détruit beaucoup de chaussures, je me suis dit qu'il faudrait quand même inventer les premières chaussures de skate solides créées par des skateurs eux-mêmes. J'ai alors eu la chance de rencontrer un groupe de passionnés qui faisait des chaussures de mode et Ethnies a rapidement vu le jour. Lorsque le marché du skate a eu un nouveau souffle en 1994, la marque a décollé et aujourd'hui ça fait 35 ans.

Vous êtes également très engagé dans l'environnement ?
À la fin des années 90, je suis allé à une conférence portant sur l'écologie. Les marques expliquaient ne rien faire car c'était une thématique qui n'intéressait pas les consommateurs à l'époque. Je pensais qu'il y avait vraiment un truc à faire sur le sujet, mais tout le monde me disait que l'environnement était un truc de hippies. « Pour la jeunesse c'est important d'avoir une planète sur laquelle on peut skater, et il y en a qu'une : la Terre » J'ai continué à approfondir la thématique écologique au fil des années, puis j'ai pris la décision de revoir entièrement la culture de l'entreprise. Nous avons tout remodelé, des bâtiments aux produits, pour réduire notre impact sur la planète. Aujourd'hui, les mentalités ont évolué et les skateurs comprennent vraiment ces enjeux. Pour la jeunesse c'est important d'avoir une planète sur laquelle on peut skater, et il y en a qu'une : la Terre. Un message pour la nouvelle génération de skateurs ?
Dans le skate, il faut toujours continuer à progresser, partager, rester authentique et humble. C'est aussi important de se faire plaisir et ne jamais se prendre la tête. Aujourd'hui, j'ai 58 ans et j'espère encore continuer à skater longtemps. » lire aussi Toute l'actu du skateboard

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