Skateboard - Vincent Milou estime avoir « eu de la chance » après sa chute grave en skateboard

L'Equipe.fr
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Champion d'Europe de street (discipline olympique), Vincent Milou a lourdement chuté lors d'un shooting photo, aux États-Unis, début décembre. De retour en France, le Landais revient sur cette session, où il s'est fait peur, et sa blessure.

Il l'a, sa photo. En décembre, Vincent Milou était en shooting avec la marque Pizza Skateboards à San Francisco, aux États-Unis, pour l'emblématique magazine Trasher. Mais ce 6 décembre, après avoir réussi une première fois son trick, le champion d'Europe de street (une des deux disciplines olympiques) a lourdement chuté. Bilan : fracture du crâne, os cassé près de la tempe, caillot sur une veine principale du cerveau et un saignement. Et un séjour « horrible » à l'hôpital. De retour en France pour les fêtes, le Landais de 24 ans va « bien mieux » et raconte.

« Une dizaine de jours après votre chute, comment ça va ?
Je me suis fait un peu peur, j'ai fait peur à toute ma famille. Mais ça va, je suis content d'être en France. Je m'en sors bien, bien mieux que ce que ça paraissait au départ quand je suis arrivé à l'hôpital.

Racontez-nous cette chute.
J'ai fait un nouveau trick sur un spot légendaire à San Francisco, Clipper. J'ai pris la même boîte tout au long de la session, mais j'ai réussi et on a fait une photo. On a voulu refaire une photo d'un autre angle et cette fois, ça n'a pas marché. En arrivant au sol, au lieu de faire un roulé/boulé pour amortir la chute, comme je le faisais avant, j'ai fait un « cul / tête », j'ai tapé la tête. Pas si fort que ça, mais les médecins m'ont expliqué que c'était au mauvais endroit. Peut-être à cause de la fatigue, car ça faisait un moment que j'essayais. Et puis j'avais déjà mis le trick.

Du coup, vous avez la photo et la vidéo. Mais vous regrettez ?
Je ne regrette pas, parce que tout se passait bien. Le seul truc que je regrette, c'est de pas avoir eu confiance en moi à ce moment-là. Après avoir signé ce trick, au lieu de me dire, « oui, je vais le refaire », je me suis dit « essaie, et on voit ». C'est une grosse erreur. Quand tu y vas un peu sur la retenue, c'est là que tu te fais mal. Quand tu essaies un truc, il faut le tenter à 100 %. Et moi, j'ai pas fait ça. En fait, j'aurais dû mettre ce trick, je le tenais bien.

Au final, vous avez quoi ?
J'ai une fracture du crâne, je me suis cassé un os près de la tempe, j'ai un caillot sur une veine principale du cerveau et un saignement dû au choc. Ce qu'ils m'ont dit (les médecins), c'est que c'est très grave car j'ai tapé au mauvais endroit de la tête. Mais ça reste minime en terme neurologique. Tout ça va se résoudre entre un et trois mois. Et je n'aurai pas de complications. Ils m'ont dit que certains étaient arrivés à l'hôpital avec ce que j'ai et sont morts, parce qu'ils ont sûrement tapé plus fort. J'ai eu de la chance dans mon malheur.

Vous avez vu la vidéo de votre chute ?
Oui, ça ne paraît pas si impressionnant que ça. Ce qui m'a fait le plus peur, c'est après, les yeux qui partent dans le blanc, la bouche ouverte... Mais c'est pas une chute de trois mètres de haut par exemple. Je tombe, comme quelqu'un qui tombe d'un trottoir et tape la tête par terre, c'est le même genre de chute. Sauf que j'allais plus vite car il y a 10 marches. Ils m'ont dit que j'ai eu de la chance, mais je ne suis pas un miraculé. J'ai fait deux minutes inconscient, mais je n'étais pas dans le coma. Sur les images, on me voit tomber, m'asseoir par terre et me tenir la tête, mes potes viennent vers moi. Et après, je tombe dans les pommes. Ça, ça dure 30 secondes. C'est très bizarre mais moi, mes souvenirs, c'est : j'ai pas mis mon trick mais je suis retombé sur mes pieds normalement, j'ai checké la photo, j'ai checké le photographe en disant « wow, chanmé la photo » et je suis parti. Dans ma tête, c'est ça.

Et ensuite ?
Les six heures qui ont suivi, à l'hôpital, c'était un enfer. Je sentais que mes fonctions vitales, ça allait. Mais pour le reste... tout mon corps me lâchait. Rien que le fait d'à peine contracter mes abdos, ça me faisait hyper mal. C'était horrible. J'y suis resté trois jours. Mais heureusement, l'assurance a tout pris en charge, car mine de rien, trois jours d'hôpital aux États-Unis, ça m'a coûté 60 000 dollars.

Maintenant, physiquement, vous êtes comment ?
J'ai mis deux jours à m'en remettre à peu près bien : marcher, aller aux toilettes..., puis une semaine à ne plus être fatigué. Depuis, je suis bien, mais il ne faut pas que je fasse de sport. L'autre jour, j'ai pris le vélo pour aller me chercher à manger dans un resto à côté de chez moi, j'ai pédalé 300 mètres et j'ai senti que j'avais mal à la tête.

Quand pensez-vous pouvoir retourner skater ?
Si les premiers pronostics de l'hôpital sont bons, mi-janvier.

C'est la plus grosse chute et blessure de votre carrière ?
En termes de peur oui. Et termes de lourdeur de blessure non, je dirais que c'est mes entorses à la cheville. En aucun cas, j'ai envie que ça arrive une autre fois, mais je préfère m'être fait mal à la tête et que tout se passe bien après, que de me refaire une entorse. Je ne pense pas qu'un médecin dise la même chose, mais pour moi, en termes de ressenti, de confiance en moi, c'est ça. Là, deux jours après, je peux marcher... Une entorse, tu ne peux rien faire à cause des béquilles. Quand j'ai une entorse et que je vois des gens marcher dans la rue, je me dis « wow la chance ». Là, j'ai pas le moral à zéro. Quand je vois Vincent Matheron (capitaine du Team France, triple fracture de la cheville) qui a dû se faire opérer, je préfère avoir ce que j'ai eu. Tu vas pas mourir en te cassant la cheville, mais ça peut être la fin d'une carrière (de skateur pro) si c'est grave. Si je m'étais tapé la tête bien plus fort, peut-être que je n'aurais pas pu reprendre le skate, pour toujours. C'est un sport à risques, c'est comme ça. Il faut y aller à 100 %, au moins tu ne regrettes jamais.

Cette chute va vous freiner ?
Je ne sais pas, on verra. Peut-être. Mais ça se travaille. Et comme on dit, quand tu tombes de cheval, le meilleur moyen, c'est de remonter vite.

Le skate ne vous manque pas trop ?
Si, déjà. Mais c'est passé vite car au début, j'ai passé beaucoup de temps à dormir, et ça tombe plutôt au bon moment car c'est les fêtes de Noël donc tu ralentis un peu. Mais déjà là, ça commence à être long. Le bon côté de l'équipe de France, c'est qu'ils vont me mettre en relation avec de bons médecins, je vais sûrement monter à l'Insep, pour checker ma tête. Car les commotions, ça reste flou. Ils veulent faire en sorte que j'aie le plus d'avis médicaux possible, pour que je sois sûr quand je reprendrai le skate. Les compétitions vont arriver vite, en mars, et les JO cet été (Milou est virtuellement qualifié, mais le classement mondial s'arrêtera en juin prochain). Et il faut que je reprenne ce projet avec Pizza. Mais en attendant, je reste un peu tranquille. »