Ski-alpinisme - Sur les traces du Tour du Rutor Extrême

L'Equipe.fr

Les 17 et 18 mars, Adrénaline est parti sur les traces de la course de ski-alpinisme le Millet Tour du Rutor Extrême, dont la prochaine édition se déroulera à Arvier dans le Val d'Aoste du 23 au 25 mars 2018. Dépose en hélico par grand vent, terrain sauvage, météo rigoureuse et gros dénivelés : la reconnaissance de la célèbre étape du circuit La Grande Course n'a pas usurpé son patronyme. Extrême.Elle est une des grandes étapes du circuit référence de l'univers du ski-alpinisme. A l'instar de la Patrouille des Glaciers, de la Mezzalama ou de la mythique Pierra Menta, le Tour du Rutor Extrême combine tous les éléments d'une grande classique du ski-alpinisme. Une épreuve en trois étapes - par équipes de deux - dans des massifs sauvages (pas de domaine skiable à l'horizon) pour 75km de course au total (dont 40km en montée) et près de 7000m de dénivelé positif. Trois journées entre les sommets de la région d'Arvier et de Valgrisenche, avec - en point d'orgue le 2e jour - un passage mythique au sommet de la Tête du Ruitor (3 486m).Y prendre la médaille d'or entre dans les objectifs de tous les plus grands skieurs-alpinistes du monde. Laetitia Roux l'a remportée 4 fois, et est la tenante du titre avec sa compatriote Axelle Mollaret. Chez les hommes, c'est la paire italienne Michele Boscacci – Matteo Eydallin qui s'est imposée en 2016, quand la légende Kilian Jornet a pris la couronne en 2014.Sur invitation de l'équipementier Millet - partenaire principal de l'événement dont la prochaine édition se déroulera la saison prochaine du 23 au 25 mars 2018 – Adrénaline est parti reconnaître une partie du parcours de la course valdotaine. C'est sur les traces de la 3e étape que nous emmènent nos hôtes, avec comme objectif du jour le sommet Château Blanc (3 266m), dernier point haut de la course. Manque de neige – et manque de conditions physiques, soyons honnête – obligent, la sortie du jour commence par une dépose en hélicoptère, au décollage de la ligne de départ de l'ultime étape du Tour du Rutor à Planaval, et à destination d'un premier col à 2 800m.Si le Val d'Aoste est connu pour ses belles journées de ciel bleu, un invité surprise s'est imposé ce matin-là : le vent, qui souffle par rafales à près de 70km/h, et qui a rendu la dépose en hélico plutôt sportive. C'est sur un col balayé par les éléments que l'aventure commence – peaux de phoque collées sous les skis - et qu'elle se termine déjà pour certains participants, peu rompus aux exigences du ski de randonnée.Pour d'autres, les premières conversions au-dessus du col laissent place à un cheminement paisible sur le glacier, qui nous laisse tout loisir d'observer les différents couloirs et morceaux d'arêtes empruntés par les coureurs. Car une étape de la grande course n'a rien d'une course verticale sur piste damée. Ici, le terme ski-alpinisme prend tout son sens. Si certains passages plutôt « roulants » sont bien tracés pour les gros moteurs, d'autres favorisent nettement les techniciens.Dans bien des montées, ils s'approchent des 1500m/h en vitesse ascensionnelle, quand nous parvenons laborieusement à nous acquitter de 500m de D+ en une heure. Un petit comparatif d'allures ? Nous mettrons une petite heure à descendre – en groupe - les 2000m de dénivelé négatif vers la ligne d'arrivée – virtuelle – de Planaval. Une descente que l'athlète français Alexis Sévennec a mis seulement six minutes à réaliser en 2016, flashé sur le glacier de Château Blanc a plus de 90km/h !Un parcours de descente qui ne ressemble en rien à une piste damée. Il s'agit bien d'un vrai terrain de montagne avec son lot pièges, de neige changeante, d'obstacles à éviter. Le risque d'accident dans ces conditions et à cette vitesse pour les skieurs-alpinistes ? La question demeure un peu tabou dans le milieu. Car s'il y a bien des chutes et des blessures, il n'y a pas d'accident grave – voire mortel – à déplorer sur une épreuve du circuit.La raison de ce petit miracle selon certains observateurs ? Outre, l'effort soutenu des organisateurs de proposer un parcours le plus sécurisé possible – n'hésitant pas si les conditions l'exigent à largement aseptiser les parcours - les participants aux épreuves de la Grande Course sont des montagnards avertis, qui savent assurer leur progression en montagne, et qui n'ont pas peur de sacrifier quelques dizaines de seconde au chrono pour passer sans encombre la ligne d'arrivée.Malgré tout, on ne peut s'empêcher de penser qu'à près de 90km/h sur une neige changeante et un terrain accidenté, la probabilité de rencontrer un jour un accident grave n'est pas à exclure. Il n'y a qu'à regarder le degré de sécurisation des tracés de Coupe du monde de ski alpin pour ressentir un léger malaise lorsque l'on voit les fanions rouges - matérialisant les descentes en ski-alpinisme – piqués droit dans une forêt chaotique, faiblement enneigée. Sans piquet, sans filet, sans protection.Avec la démocratisation d'une pratique, dont les rangs grossissent chaque saison grâce à l'arrivée de trailers ou de fondeurs à gros moteurs (mais techniquement peu expérimentés), de telles craintes semblent légitimes. Et ne manquent pas de faire réfléchir les différentes fédérations nationales et internationales délégataires de la discipline.La vraie garantie de bon déroulement des épreuves est peut-être à chercher ailleurs, dès la sélection à l'inscription : « ce n'est pas parce qu'un athlète a gagné l'UTMB qu'il peut arriver au bout du Tour du Rutor », assume Barbara Luboz en charge de l'organisation, visant sans le nommer le trailer Ludovic Pommeret. Depuis le Français a participé à la Pierra Menta 2017, prouvant ses qualités de montagnard complet. Mais la remarque est révélatrice des précautions que prennent les organisations de la Grande Course : avant de prendre un dossard sur le Tour du Rutor, il faut présenter un CV de skieur-alpiniste averti, « pas seulement deux courses verticales hein », poursuit Barbara Luboz. Ne fait pas le tour du géant du Val d'Aoste qui veut !

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