Ski freeride - FWT - Leo Slemett (Freeride World Tour) : «Quand je remets les skis, j'ai les crocs»

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Troisième du Freeride World Tour en 2019, le skieur Leo Slemett fait partie des favoris pour le titre cette année. Interview du Français avant le début de la saison, qui débute ce samedi au Japon.«Avez-vous hâte que la saison redémarre et dans quel état d'esprit êtes-vous ?Ça chauffe oui. Sinon, je viens de passer huit mois avec l'esprit tourné sur cette nouvelle saison. Je me suis préparé en conséquence, pour améliorer des petits détails que j'aurais aimé avoir en main l'an passé. Là, il va falloir mettre ça en place pour arriver à ses fins, à ses objectifs. Cela fait quand même sept ans que je suis sur le circuit, il y a des choses que je n'ai pas encore décrochées et que je veux clairement atteindre, tout en gardant du plaisir car c'est un sport assez particulier. Le jour de la compétition, c'est pour moi 70 % dans la tête et 30 % dans les jambes. Mais la notion de plaisir est importante car on prend des risques. Il ne faut pas que cela devienne une obligation.Quelles sont les choses que vous avez à corriger ?Ce sont de petits détails. J'ai toujours une analyse très critique de mon ski. Je suis un éternel insatisfait. C'est chiant, surtout pour moi. En fait, j'aime bien me projeter sur le ski que je serais en mesure de prouver. Cette saison, ma priorité c'est surtout l'attitude sur les skis, l'engagement des épaules mais aussi proposer de nouvelles figures. J'ai travaillé un peu tout ça, notamment sur trampoline.Vous êtes resté à Chamonix durant cette intersaison ?Après les compétitions, je range les skis, je prends d'autres outils et je retourne en montagne. Pour faire du parapente, des randonnées et de l'alpinisme. J'aime bien alterner les activités. Le spécifique arrive vraiment à l'automne. Et, quand je remets les skis, j'ai les crocs.Vous vous êtes blessé cet automne...J'ai eu un pépin physique oui... C'est une petite erreur de parcours, ça arrive... À la base, c'est une chute à vélo qui est venue impacter sur un muscle à une jambe qui s'est fragilisé et s'est un peu déchiré. C'est bizarre mais, par le passé, j'ai eu tendance à être meilleur après avoir eu un pépin. C'est là où ma résilience entre en jeu et fait son effet. (rires)En 2019, vous avez fini 3e au classement général, en ayant fini 2e à Verbier, 1er en Andorre, 3e en Autriche. Il vous reste quoi, avec pas mal de recul maintenant, sur la saison dernière ?Si on me demande, je resigne direct pour ce même type de saison. Surtout qu'elle a été un peu particulière. J'ai raté sur blessure la première étape au Japon. Ça commençait très mal car on a un circuit qui est court, dur, et avec un système de points qui nous demande une constance assez importante. Avec une étape en moins, je me dis que ça va être compliqué d'aller gratter les premières places du général.Vous vous dites quoi du coup ?Que je devais prendre cette saison comme une saison de « construction », en profiter pour aller chercher et tenter de choses nouvelles, et garder juste Verbier en tête. Au Canada, je suis arrivé avec seulement cinq jours de ski dans les jambes, cela n'a pas marché. En Autriche, je suis allé chercher quelque chose d'un peu nouveau, quelque chose que je n'avais jamais vu avant. Je suis parti le dernier, je n'ai pas regardé ce qu'ont fait les autres. J'ai ouvert une double-barre sur le haut de la phase, tout s'est passé nickel et j'ai fini 3e. En Andorre, on a été bloqués une semaine. J'en ai profité pour répéter mes gammes, je me suis éclaté. En Autriche, j'ai également tenté un autre départ que les autres, histoire de prendre les juges à contre-pied, ça a fonctionné et j'ai gagné. Il restait Verbier. À un moment, je me suis dit : "Si je skie, c'est pour être à Verbier. J'ai vraiment commencé le World Tour pour être à Verbier." Verbier, c'est majestueux, c'est beau... Et, l'année dernière, on a quand même eu un beau manteau neigeux. Pouvoir jouer sur de telles faces, c'est magique.Vous dites avoir réussi à canaliser ces dernières années votre côté un peu "foufou". Cette évolution mentale va-t-elle de pair avec une façon de faire plus réfléchie et une certaine forme de sagesse censées vous rendre meilleur en compétition ?Je pense que oui. Le freeride, c'est un sport de maturité, même s'il y a des exceptions. Ce qui m'a aidé, c'est de me dire : "Skier, tu aimes ça, c'est quelque chose qui t'anime, comme la glisse, la montagne, l'environnement en lui-même..." La compétition, c'est un plus. Il y a tellement de bons skieurs, et c'est vraiment quelque chose de personnel, avec des titres en jeu, de la reconnaissance. Mais oui, pour en revenir à votre question, j'ai appris à me canaliser. J'ai surtout appris que je skiais avant tout pour moi, pas forcément pour les "paillettes". C'est quelque chose qui me fait vibrer, me fait vivre. C'est fort.Alors, si on vous dit : en 2020, vous allez être sacré à Verbier mais ne pas être champion du monde, ou alors, vous allez être champion du monde mais vous ne gagnerez pas à Verbier. Vous choisiriez quelle option ?P..., ce sont les deux trucs qu'il me reste à cocher.Mais pour 2020 ce serait quoi, vu votre état d'esprit d'aujourd'hui ?Verbier en premier, puis après on irait chercher le titre. J'ai déjà gagné une fois à Verbier mais, personnellement, j'aimerais bien être en mesure d'aller y chercher une deuxième victoire. Le titre, si je n'y arrive pas, je n'aurais pas de regret car je me serais donné les moyens d'essayer. Verbier par contre, j'aurais des regrets, donc Verbier d'abord. Ouais clairement. (rires)Vous voyez-vous faire de la compétition pendant encore longtemps ?Difficile à dire mais, pour être honnête, je ne pense pas. Comme je l'ai dit, je fais de la compétition parce que j'aime être performant. Tant que je le suis, la compétition m'intéresse. Mais cette capacité à être dans les douze premiers pendant dix ans, je ne sais pas si je vais l'avoir. Il y a par ailleurs d'autres choses que j'ai envie d'aller explorer en ski. Après, je n'ai que 26 ans, j'ai le temps de voir venir.»

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