Ski freeride - Jérémie Heitz : « En une expédition j'ai pris dix ans d'expérience »

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À l'occasion du festival Montagne en Scène, Jérémie Heitz, champion de freeride, a dévoilé son dernier projet vidéo « La Liste : Everything or nothing ». Un film de pente raide inspirant avec des images géniales. Après le succès de son film La Liste, sortie en 2016, le skieur suisse Jérémie Heitz a présenté la suite de ce projet attendu ce lundi. C'est à l'occasion du festival Montagne en Scène, dans un Grand Rex de Paris plein à craquer que le champion de freeride et amateur de pentes raides a dévoilé La Liste : Everything or nothing. Une expédition à plus de 6 000 mètres d'altitude dans les montagnes du Pérou et du Pakistan, accompagné de son ami Samuel Anthamatten. Jérémie s'est livré avant cette première diffusion. « D'où est venue l'idée de ce projet ?
Après avoir fait La Liste dans les Alpes à 4 000 mètres d'altitude, la suite logique était d'aller chercher un peu plus haut. Et pour aller plus haut il faut découvrir des nouveaux pays, des nouvelles montagnes. On s'est directement tourné vers les Andes et l'Himalaya. Quand je discutais avec Sylvain Saudan, un des pionniers du ski de pente raide, il me disait : ''Jérémie maintenant il faut que tu voyages. Tu dois aller voir d'autres choses.'' Au final c'était l'évolution que je devais suivre, tout s'est fait très naturellement.
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Quelle est la différence entre une pente à 4 000 mètres d'altitude et une pente à 6 000 mètres ?
Tout change. Les montagnes sont beaucoup plus exposées au vent, au soleil et au froid. Les conditions sont plus dures à gérer. Tout est plus lent à cause de l'altitude. Il fallait qu'on s'acclimate. Il y a également l'approche de la ligne qui est totalement différente : au Pakistan on a eu 60 kilomètres de marche pour arriver au camp de base. C'est beaucoup pour une seule ligne. Il y a toute une fatigue générale qui se met en route. Dans les Alpes on peut faire un 4 000 mètres en une journée, là il faut partir un mois pour espérer faire une ligne. Le challenge est doublé voir triplé, c'est ce qui nous a attirés. Pour chaque expédition on partait au moins un mois. C'était la durée minimale pour pouvoir s'adapter. Ça parait beaucoup un mois sous tente mais c'est assez rapide. Comment se prépare-t-on à ce genre d'expédition ?
Je n'ai rien changé de manière drastique. Depuis plusieurs années je me suis tourné vers l'alpinisme, je marche beaucoup plus pour aller skier et je suis quasiment tous les jours en montagne. Après il y a toujours un peu de travail spécifique, avec du fitness et des exercices en salle. Pour l'altitude en particulier, j'ai été dans des salles d'hypoxie, où la quantité d'oxygène est régulée pour se rapprocher de conditions réelles, l'organisme travaille beaucoup plus et créé des globules rouges. C'est très dur comme exercice, mais j'ai senti les bienfaits lors de l'expédition. Pas tant pour le côté physique, mais plus pour être à l'aise en altitude et pouvoir bien dormir par exemple. Jérémie Heitz « On est conscient qu'on a pas le droit à la chute » Vous avez vécu un événement tragique avec l'accident grave d'un de vos amis lors de votre première expédition au Pérou. Comment gère-t-on une situation pareille lorsque l'on est si isolé ?
Comme cette expédition était mon idée à la base, ça a été très dur. J'ai pensé à tout arrêter. C'était clair qu'après cet accident au Pérou, je ne voulais plus entendre parler de ce projet. C'est allé trop loin, ça me dépassait. Je lui ai demandé son avis, s'il trouvait ça complètement débile de continuer ou non. Il m'a dit : ''À votre place, j'aurais continué. Suivez vos envies. Ce n'est pas parce qu'il m'est arrivé une mésaventure que vous devez tout abandonner. Ce n'est pas de votre faute si je suis tombé. '' Cet accident est un apprentissage accéléré dont on se passerait volontiers, mais c'est la réalité. On est conscient qu'on a pas le droit à la chute. Pensez-vous avoir atteint des limites ?
Oui, clairement. Avec les conditions qu'on a eues, on a atteint les limites du réalisable. Après, on peut très bien se retrouver à une plus haute altitude, avec des conditions géniales et faire de belles descentes. Ces conditions peuvent exister. Mais avec les conditions que nous avons rencontrées, c'était très dur et on a atteint les limites de ce qu'on pouvait faire. Considérez-vous ce projet comme une réussite ?
Oui, une grosse réussite. Au moment de l'accident de Mika, on s'est dit que ça ne se passait vraiment pas comme on l'avait imaginé. On a réussi à quand même tirer du positif et malgré tous les moments difficiles qu'on a pu vivre, on en est revenu avec le sourire, on en parle encore avec le sourire. C'est ce qui nous anime. En une expédition j'ai pris dix ans d'expérience en montagne. » lire aussi Toute l'actualité Adrénaline

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