Ski freestyle - Henrik Harlaut : « Filmer m'aide à être bon en compétition »

L'Equipe.fr
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Le skieur le plus médaillé des X Games (13 médailles dont 7 en or) a dévoilé « Salute », un des films de ski les plus attendus de l'hiver. Henrik Harlaut, vainqueur du globe de cristal en big air (2017) et connu pour son style légendaire, revient pour nous sur ce tournage de deux ans et sur ses futurs objectifs, dont les JO, où il n'a jamais brillé.

« Les premières images de votre film « Salute » sont des images de street. C'est une partie du freeski que vous aimez beaucoup ?
J'ai toujours été un grand fan. Le street, c'est quand tu testes vraiment tes capacités. Tu t'entraînes, tu apprends facilement dans un park, mais après quand tu es dans la rue, le risque est plus grand mais c'est aussi encore plus gratifiant quand tu réussis. Et j'aime voir les gens utiliser leur imagination et leur créativité dans la ville comme ça, car c'est à toi de créer ton propre park dans la ville, c'est génial.

Vous avez tourné un segment de votre film à Chamonix. Racontez-nous.
Avant ce trip en 2019, je n'avais jamais skié à Chamonix, même si évidemment j'en avais beaucoup entendu parler, j'ai vu beaucoup de films de ski et j'ai aussi des amis qui y vivent. C'était génial de pouvoir enfin aller là-bas. Et y aller avec mon propre regard : je n'allais pas pour refaire des choses que j'avais déjà vues. C'est un des endroits les iconiques pour skier en Europe. On devait y aller pour 14 jours et aller ailleurs, mais finalement, on est resté peut-être un mois et demi en tout je pense. C'était génial !

Vous terminez ce film, un projet de deux ans, avec la Suède. C'était important pour vous d'avoir un tournage dans votre pays d'origine (il vit à Andorre) ?
Ce n'était pas vraiment ce qui était prévu. Mais avec la pandémie et la situation dans le monde, c'était le meilleur endroit où on pouvait aller, car c'était proche de nos familles, on connaissait bien le coin car on y est allé souvent, avec une tente militaire et on campe. Généralement, on ne voit personne. J'étais avec 10 amis et on s'est isolés de tout. Quasi pas de wifi par exemple. C'était une bonne échappatoire. Et c'est un endroit magnifique, dans le nord de la Suède, au-dessus du cercle arctique.

En même temps que de réaliser vos films, vous performez en compétition. Peu de freeskieurs réussissent à gérer les deux comme vous. Quel est votre secret ?
J'ai toujours été inspiré par les deux, peut-être même plus inspiré par les films. Depuis tout jeune, j'adore la compétition, le sentiment que ça apporte, cette pression, la joie de réussir... Je n'ai jamais vu l'un comme un facteur déstabilisant pour l'autre. Filmer m'aide à être bon en compétition, et l'inverse. C'est peut-être parce que je suis focalisé entièrement dans ma vie à juste skier. Pour moi, ce n'est pas fou de réussir à faire les deux. Et quand j'étais plus jeune, la plupart des skieurs faisaient les deux en même temps. Comme l'Américain Tanner Hall, mon skieur préféré depuis toujours, le plus dominant (11 médailles aux X Games, dont 7 en or, entre 2000 et 2009). Il m'a montré que c'était possible de faire les deux.

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Quand vous allez skier, vous pensez plus à l'un ou à l'autre ?
Quand je prépare des tricks fous pour un film, c'est aussi pour les réaliser en compétition plus tard, et élever mon niveau. Je ne pense pas à l'un ou à l'autre, mais les deux ensemble.

Vous avez parlé de Tanner Hall. Vous avez d'autres personnes qui vous inspirent ?
Oui. Je n'aime pas donner de noms, car j'ai grandi en regardant tellement de skieurs (un peu plus tard dans l'interview, il cite le Français Candide Thovex). Mais c'est sûr que Tanner Hall et Phil Casabon (un Canadien) sont les deux qui m'ont tant appris en personne.

Et dans autres sports ?
J'adore le hockey et le football. Et puis j'adore Michael Jordan. Je suis beaucoup le skateboard aussi, et le snowboard. J'ai toujours été inspiré par les athlètes professionnels.

Et par des athlètes qui continuent de dominer longtemps, comme vous (il a 29 ans) ?
Bien sûr. Michael Jordan, Zinedine Zidane... Tanner (Hall) a 37 ans et il n'a pas ralenti. Chaque année, il propose du contenu génial, il est notre Michael Jordan, c'est sûr. Un jour, peut-être que j'arriverai à sa hauteur, mais pour l'instant, je suis plus le Lebron (James) (rires).

Cette année, vous l'avez battu en nombre de médailles. Ça devait être étrange pour vous ?
C'était irréel. C'était mon plus grand rêve en tant que compétiteur : j'ai toujours rêvé de le surpasser. En plus, il y a une version vidéo des X Games (une catégorie appelée « Real ski », qui décerne des médailles pour les meilleures vidéos) et Tanner est tellement bon que je le vois bien décrocher une ou deux médailles encore. Donc peut-être qu'on va encore se battre ensemble pendant 10 ans. Il a 8 ans de plus que moi. Le voir continuer à pousser, être à ce niveau, j'ai forcément moi aussi envie de continuer.

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Il y a une seule compétition où vous n'avez pas brillé : les Jeux Olympiques (il a aussi gagné trois Coupe du monde et une médaille d'argent aux Championnat du monde 2019). Les JO 2022 sont votre objectif ?
Oui, ce serait génial de faire quelque chose de bien aux JO. C'est regrettable de ne pas avoir le même succès aux JO. Donc j'aimerais y retourner et essayer encore. Mais qu'importe ce qui arrive, je serai content de ma carrière.

Si vous n'avez pas de médaille olympique, ce ne sera pas quelque chose qui vous manquera à la fin ?
Oui et non. La dernière fois, l'année des JO (en 2018), j'ai gagné slopestyle et big air aux X Games, j'ai gagné le Dew Tour, presque toutes les compétitions où je suis allé. J'avais ma chance de gagner une médaille aux JO. Et ça n'est pas arrivé (17e en 2018 et 6 en 2014, en slopestyle). Quand je repense au petit garçon qui rêvait grand... Je n'avais pas de médaille avant mes 21 ans. Ce n'est pas hyper tard non plus, mais Tanner (Hall) a gagné sa première médaille à 16 ans. Kelly Sildaru à 14 ans. Moi, à 20 ans, j'étais pas loin de penser que le côté compétition n'était pas forcément pour moi. Je ne peux qu'être heureux avec ce que j'ai. Je ne pense pas trop à ce que je n'ai pas.

Vous vous voyez skier encore combien de temps en compétition, à ce niveau ?
Je sens que je progresse encore, je prends de l'expérience, j'apprends encore des tricks. Donc je ne pense pas à cette date d'expiration.

C'est dur pour vous cette saison, avec tous les doutes et incertitudes liés à la situation sanitaire ?
Je suis concentré sur mon ski et comment je peux m'améliorer, car c'est la seule chose que je peux contrôler. Je trouverai toujours un moyen de skier, même si je peux skier seulement dans mon jardin, sur un tout petit rail. Si je n'ai que ça, je ferai avec. »