Ski/Snow freeride - FWT - Freeride World Tour : le chef des juges raconte les critères de notation

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Ancien snowboardeur professionnel, le Français Laurent Besse est juge sur le Freeride World Tour depuis sa création en 2008, et chef des juges depuis trois ans. Il détaille les critères de notations de la compétition de ski et snowboard extrême.

Cinq critères de base
Lors de chaque descente effectuée par un rider, il est noté depuis la ligne de départ jusqu'à l'arche d'arrivée. Le Judging Handbook, manuel des règles du FWT, pose cinq critères objectifs sur lesquels se basent les notations des juges. Chaque sportif démarre avec une note de 50 et ses actions vont faire fluctuer cette barre de 0 à 100.

La ligne :
C'est le premier élément que les juges regardent. Au sommet d'une pente vierge, la ligne correspond à la trajectoire choisie par le rider pour descendre jusqu'à l'arrivée. « Avant chaque étape, les juges, qui sont tous d'anciens compétiteurs, étudient la typologie du terrain et déterminent une sorte de classification des différentes lignes possibles et de leur difficulté », explique Laurent Besse, chef des juges sur le FWT. La créativité a aussi un gros poids dans ce critère : la nouveauté et le sens artistique sont largement valorisés.

La vitesse : Elle va de pair avec le choix de la ligne. Il n'y a pas de chronomètre, mais la vitesse adoptée par les athlètes selon les parties de la face et leur difficulté peut leur faire gagner ou perdre des points.

La technique : La technique du rider désigne sa façon de descendre la pente. « Dans le Freeride World Tour, ce critère est finalement peu pris en compte, car le niveau des athlètes est très élevé et ils sont tous très bons techniquement. Mais cet élément est intimement lié au suivant : le contrôle », précise Laurent Besse.

Le contrôle : Une erreur technique se manifeste souvent par un problème de contrôle, qui est pris en compte dans la notation. « Souvent, ces erreurs sont dues à une vitesse trop élevée à un endroit spécifique », souligne Laurent Besse. Le rider peut alors perdre le contrôle et risque la chute, ce qui le pénalise largement. La perte d'un ski lors de la descente entraîne automatiquement une note de 0.

Le « air & style » : Ce dernier critère combine tout ce qui concerne les sauts : leur amplitude, leur hauteur et les figures réalisées. Les juges pénalisent les erreurs faites juste avant le saut ou à la réception. Quelle que soit la taille du saut, ils peuvent pénaliser de la même valeur une erreur. « Un backslap (lorsque le dos ou le sac de l'athlète tape en arrière lors d'une réception) va coûter 15 à 25 points quel que soit le saut effectué. Mais cette perte va être compensée par des points supérieurs accordés au saut s'il était plus difficile », décrit le chef des juges.

L'importance de la subjectivité
Au-delà de ces critères précis, les juges ont chacun leur ressenti, leur point de vue et leur propre manière de rider. « Nous sommes des humains, avec notre sensibilité. C'est donc normal qu'il y ait des critiques, tous les choix sont critiquables, reconnaît Laurent Besse. Mais on s'efforce de faire le moins d'erreurs possible et d'être toujours impartial. »

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À la fin de chaque descente, les juges peuvent ajouter à leur note une marge de plus ou moins 5 points, qui correspond au « Wow factor ». « C'est l'impression générale laissée par un run, sa brillance, son éclat. Pour une grande nouveauté réalisée sur une face et qui nous a scotchés, on peut rajouter des points à ce moment-là par exemple ! », précise Laurent Besse. La note a donc peu de valeur intrinsèque, puisqu'elle sert surtout au classement et dépend aussi des performances des autres compétiteurs.

Les juges s'efforcent de considérer chaque rider comme un autre, et de garder une distance professionnelle malgré la proximité naturelle qu'ils peuvent avoir du fait qu'ils se côtoient une grande partie de l'année. Malgré tout, les juges sont régulièrement la cible de critiques de la part des athlètes comme du public.

« Nous avons une position privilégiée pour voir l'ensemble du run, en étant face à la descente. C'est un point de vue différent des spectateurs devant leur télévision, ou des riders eux-mêmes, qui n'ont pas forcément le recul sur leur descente », note Laurent Besse. La diversité des origines et des spécialités des juges est aussi là pour gommer d'éventuelles affinités avec une certaine façon de rider.

Échanges et prise en compte du danger
Juges et riders échangent en permanence informations, conseils et points de vue, ce qui permet à chacun de s'adapter et d'évoluer de concert. La question de la sécurité des athlètes est au centre des préoccupations sur le Freeride World Tour. Pour diminuer les risques qu'ils peuvent prendre, les juges ont instauré un système de pénalité en cas de mise en danger.

« Si quelqu'un fait une petite faute au-dessus d'une grande barrière, même s'il ne tombe pas, il sera pénalisé en conséquence, parce qu'il aura pu risquer la mort, affirme Laurent Besse. Cela n'empêche pas la créativité mais permet d'éviter de trop gros risques sur ces compétitions où les athlètes mettent beaucoup d'engagement ». Cette règle vient d'une demande unanime des riders effectuée il y a déjà plusieurs années.

De même, les « backslaps » ont été largement pénalisés, car ils entraînaient un laps de temps durant lequel il était impossible pour les athlètes de maîtriser leur trajectoire et de freiner.

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« Chaque année, des riders viennent discuter avec nous de questions de points, de valeur. Nous ne sommes jamais fermés à la discussion, et souvent en expliquant nos choix, ils les comprennent », ajoute le chef des juges. Et d'ajouter : « Par le passé, nous avons réuni les riders en leur demandant de noter des runs. On s'est aperçu que leurs notations étaient largement différentes, ce qui les a étonnés. Ça permet de prendre conscience qu'il faut une certaine habitude pour noter et que c'est toujours un exercice délicat ! »

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