Smash - Glutonny : « Je rêvais de ces moments-là »

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Vainqueur du Pound, son premier titre majeur remporté aux États-Unis sur Super Smash Bros Ultimate, dans la nuit de dimanche à lundi, le Français William « Glutonny » Belaïd (Solary) revient sur cette performance unique. Et se projette déjà.

« Vous êtes devenu le premier joueur européen à remporter un tournoi majeur aux États-Unis (le Pound, dans la nuit de dimanche à lundi). On se doute que les émotions se mélangent un peu dans votre tête aujourd'hui...
C'est difficile d'exprimer clairement ce que je ressens. Il s'est passé beaucoup de choses au moment de la victoire. Je suis satisfait d'abord, parce que j'ai vraiment bien joué. J'étais très content d'avoir su m'adapter en finale alors qu'il avait commencé en me démolissant (issu du loser bracket d'un tableau à double élimination, le n°1 mondial mexicain Leonardo « MkLeo » Lopez Perez a battu une première fois Glutonny avant que le Français ne remporte le deuxième affrontement et le titre). J'ai réussi à corriger mes défauts. C'était une libération, aussi. J'attendais ça depuis longtemps, je rêvais de ces moments-là, de gagner un Major contre Leo.

Je suis fier, aussi, de tout ce que j'ai accompli. Je me suis donné, donné, donné... Je pense être celui qui a le plus travaillé, j'ai beaucoup voyagé pour atteindre ce niveau. Je suis fatigué, mais cet investissement a payé. Et puis c'est amusant, mais le sentiment est différent du Genesis (l'équivalent des Mondiaux sur Smash Ultimate, Glutonny s'était incliné en finale contre MkLeo le dimanche précédent). Il y a une semaine, j'étais très heureux d'être allé jusqu'en finale. Je ressentais une forme de bonheur assez pure, malheureusement elle m'avait fait me relâcher à la fin. Je ne voulais pas reproduire la même erreur.

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« Ces dernières semaines j'ai beaucoup travaillé mon jeu au sol, qui me permet d'approcher beaucoup plus facilement mes adversaires. C'était la clé, je commençais à le comprendre mais passer du temps en l'Amérique m'a permis de le maîtriser. »

Vous tweetiez il y a une semaine, après cette défaite en finale du Genesis face à MkLeo, que la prochaine étape serait de le battre dans un match pour le titre. Finalement, ça n'aura pris qu'une semaine...
(rires) J'ai beaucoup joué contre lui récemment, ça m'a aidé. Je savais ce que je devais travailler, ce qu'il fallait changer. J'ai beaucoup réfléchi, je me suis adapté. Ce qui me surprend, c'est que vendredi, lors du premier jour du Pound, je n'avais plus d'énergie. Je suis loin de chez moi depuis un moment, je ne me pensais pas capable d'être à 100 %. J'expliquais à mes entraîneurs qu'il ne faudrait pas attendre un truc de dingue de ma part...

Mais même dans cet état, j'ai extrêmement bien joué. Certaines choses sont donc devenues naturelles pour moi. J'étais fatigué, moins motivé qu'au Genesis et j'ai encore mieux joué, avec un tableau démoniaque. Avant, je perdais contre tous les Sonic, Olimar... Des personnages chiants pour moi. Là, je les ai tapés un par un. D'habitude j'ai toujours beaucoup de mal contre Dabuz (Samuel Buzby, États-Unis, l'une de ses bêtes noires). Ce week-end, je l'ai battu. Je suis fier de ce parcours.

Ce mois passé aux États-Unis et au Mexique, à jouer avec les meilleurs, vous a permis de progresser et d'être plus constant ?
Clairement. Ma façon de travailler est la suivante : je joue, si je perds c'est qu'il y a des raisons pour cela, alors je dois combler les lacunes. Soit ce sont des choses que je sais et que je n'ai pas appliquées, soit je n'ai pas compris et il faut se poser pour trouver quoi. Avant, je perdais trop souvent de la même manière : je passais trop de temps en l'air et c'est une façon de jouer risquée, qui me demandait d'être très précis.

Ces dernières semaines j'ai beaucoup travaillé mon jeu au sol, qui me permet d'approcher beaucoup plus facilement mes adversaires. C'était la clé, je commençais à le comprendre mais passer du temps en Amérique m'a permis de le maîtriser. Je fais en sorte de punir la moindre erreur, tout le temps. Leo m'a inspiré. Il est comme ça : tu n'as pas le droit de mal jouer contre lui.

Le battre en finale, ça ajoute quelque chose à votre performance ?
Si tu gagnes un Major mais qu'il n'est pas là, ce n'est pas pareil. C'est vrai pour tout le monde. C'est lui le boss de fin et en grande finale il t'oppose toujours son meilleur jeu. Je l'attendais, c'était mon rêve de gagner un titre ici face à Leo... J'ai un profond respect pour lui. C'était indispensable que ça se fasse contre ce joueur. Si j'avais gagné contre quelqu'un d'autre, le sentiment aurait été différent. Et puis c'est tellement satisfaisant de le battre deux fois (Glutonny l'a envoyé en loser bracket)...

« Rien n'est fini, ce n'est que le début. Rester au top, c'est le plus difficile. Je vais prendre du repos pour retrouver de l'énergie, mais je n'ai pas atteint ce niveau pour me reposer dessus. Clairement pas. »

Vous évoquiez un break à venir dans votre interview d'après-match, mais ce n'est pas parce que vous avez gagné un Major que tous vos objectifs sont atteints...
Loin de là ! Rien n'est fini, ce n'est que le début. Rester au top, c'est le plus difficile. Je vais prendre du repos pour retrouver de l'énergie, mais je n'ai pas atteint ce niveau pour me reposer dessus. Clairement pas. Et puis mon jeu n'est pas parfait, je vais revoir les matches, ce que j'aurais pu faire de mieux, notamment ceux contre Leo. C'était tout de même très serré.

Et puis un truc me dérange déjà : j'arrive à prendre régulièrement un gros avantage en début de match contre lui et il parvient souvent à me retourner pour prendre la partie. Je veux comprendre si c'est moi qui fais n'importe quoi ou si c'est lui qui est trop fort. Parfois, j'ai l'impression de ne plus être capable de le toucher. Je dois revoir ces détails, je ne veux pas que ça recommence.

Dernière chose : à quelpoint la hausse du niveau global en France a eu une influence positive sur votre façon de jouer aux États-Unis, jusqu'à remporter ce titre ?
Ça a joué, mais si quelque chose a eu un véritable impact sur moi ce sont mes défaites contre Raflow(Arda Imrek) en finale du tournoi DOSE2SEL(à Lyon, en février). Avant, je gagnais même sans bien jouer, avec mes défauts. Ce jour-là j'ai eu le sentiment que ce n'était pas normal de perdre. Que je devais bosser sur des points spécifiques de mon jeu, notamment au sol, sinon j'allais finir par me faire battre en Europe. Cette défaite m'a permis de me remettre en question.

Après, au niveau de l'entraînement en général, ce n'est pas encore ça parce qu'on connaît trop les styles de chacun et beaucoup font un peu trop souvent la même chose. Il faut qu'ils voyagent pour faire évoluer leurs styles de jeu. Ceci dit, je suis plus exigeant qu'avant également. J'ai besoin du top mondial pour corriger des détails. Un mois d'entraînement au Mexique et aux États-Unis, c'est l'équivalent d'un an en France. Mais tout le monde s'améliore depuis quelques mois et j'en suis très heureux. »

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