Snowboard - Après son opération du genou, Pierre Vaultier vit « une renaissance »

L'Equipe.fr
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Dix jours après avoir annoncé son retrait des compétitions, en décembre, à cause de douleurs au genou, Pierre Vaultier s'est fait opérer pour poser une prothèse. Le double champion olympique de 33 ans et six fois vainqueur de la Coupe du monde de snowboardcross nous raconte ses premiers jours et son avenir avec ce genou « totalement bionique », toujours sur une planche.

« Deux semaines et demie après votre opération (le 21 décembre), comment vous vous sentez ?
Extrêmement bien ! J'ai retrouvé l'appui intégral sur ma jambe, dès le jour de l'opération, ce qui est incroyable. Et derrière, une évolution banale et tranquille, mais excitante pour moi, car jusque-là, j'étais loin de la normalité. Ça fait plaisir de voir une évolution où les médecins disent "c'est bien, ça progresse". J'ai eu 8 mois de régression, sans arrêt. Là, c'est incroyable juste d'avoir une progression. Je revis au quotidien, car je me sépare de mes douleurs. J'ai fait un somptueux lâché de béquilles, même si je n'ai pas trop le droit encore pour l'instant, mais je peux marcher sans béquilles, ce que j'avais oublié depuis deux mois. C'est vraiment une renaissance pour moi. Je croise les doigts pour que ça continue.

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Vous avez commencé la rééducation ?
Oui, dès le premier jour. J'étais debout le jour de l'opération. Je marchais, avec des béquilles évidemment, une douleur et des mauvaises sensations, car c'est quand même assez violent comme opération. Depuis, chaque jour, la rééducation monte en puissance. Au début, c'était 20 minutes par jour, maintenant, c'est deux heures par jour. C'est constructif, je retrouve mes capacités donc c'est stimulant.

Vous savez quand vous allez pouvoir reprendre le snowboard ?
Non, c'est pas encore dans les papiers même si, vu les progrès, j'ai l'impression que ça pourrait être après-demain. Mais quand même, il va falloir laisser le temps au temps. J'ai un mois et demi à m'adonner juste à la récupération des amplitudes. Après, on peut commencer à y aller un peu plus fort, reprendre une réathlétisation. La suite dépendra de mon adaptation. J'ai pas demandé exactement quand je pourrai remonter sur ma planche, mais mon docteur m'a dit qu'il n'y aurait pas de souci. Il faudra juste être prêt musculairement. Et il y aura du travail car ça fait longtemps que je suis au stand (sa blessure remonte à juillet 2019). Je ne table pas sur une reprise du snowboard cet hiver, mais par contre, s'il y a une opportunité et des bonnes conditions, j'irai sur le glacier des 2-Alpes, si c'est ouvert, au mois de juin. En juin, si je me sens bien et que j'ai le feu vert du chir (urgien), je serai sur la neige. Au moins pour reprendre des sensations, et pour la tête. J'ai quand même dans objectifs en glisse, même si c'est pas pour la compétition.

Vous allez rester dans l'univers du snowboard ?
Oui, c'est ce qui m'anime au quotidien. Même si ma dernière compétition importante, les JO en 2018, je l'ai gagnée (sa dernière Coupe du monde remonte à décembre 2018, avec une 49e place), je finis ma carrière sur une mauvaise note. J'ai pas l'impression d'avoir terminé au sommet. Toute cette régression physique qui a suivi... C'est pour ça que j'aimerais repartir, si mon genou me le permet, sur des projets glisse, qui seront plus tournés autour de la vidéo, de l'inspiration, de l'esthétique, plutôt que la performance. Je ne serai plus performant comme avant, mais j'ai encore des choses à faire en snowboard.

Vous avez déjà tourné quelques vidéos, mais vous allez découvrir une nouvelle facette du snowboard.
Complètement, c'est le pan de la créativité. Je suis persuadé que le snowboard est fort de cette créativité pour innover et attirer l'attention du public et des sports d'hiver. Je trouve ça extrêmement intéressant, car quand on est dans la compétition, on n'a pas nécessairement cette ouverture à la créativité. Le monde change vite, il y a beaucoup de choses à inventer et il faut arriver à changer avec lui. Je vais rester dans l'univers du snowboardcross, je ne vais pas faire du freestyle, encore moins avec une prothèse, ou du freeride, ce qu'a très bien fait Xavier De Le Rue (double champion du monde de snowboardcross et 3 fois vainqueur du circuit mondial de freeride) et ce que j'arriverai jamais à égaler. Mon créneau est ailleurs. Mais oui, j'ai des idées, même si c'est trop tôt pour en parler. Ça devrait arriver dès que mes capacités physiques seront retrouvées. »