Solary face aux lecteurs de L'Équipe : « Les fans, c'est le coeur de notre projet »

Diego « Taipouz » Mames Andres, Pierre « Steeelback » Medjaldi, Sakor « LRB » Ros, Baptiste Doussaint et Alexandre « Narkuss » Mege (de gauche à droite) ont répondu aux lecteurs. (Jean-Marie Hervio/L'Équipe)

Cinq représentants du club tourangeau d'esport Solary ont rencontré un panel de lecteurs de L'Équipe, vendredi, pour évoquer le cinquième anniversaire de la structure, sa récente réorganisation et ses ambitions.

Habitués à parler ou à commenter des compétitions quotidiennement devant des milliers de personnes, cinq représentants de Solary, l'un des plus grands clubs d'esport en France, ont eu l'occasion de se confronter à un panel bien plus restreint, ce vendredi. Après avoir mis en pause leur partie sur le dernier Pokémon et pris un train pour Paris, ils ont pu répondre aux questions de neuf lecteurs de L'Équipe, réunis au siège du journal, pour évoquer l'actualité et l'avenir de leur structure.

Cette rencontre survient à un timing charnière pour Solary. Fondé en 2017 par une bande de streamers devenus actionnaires, le club vient de fêter ses cinq ans et d'annoncer un changement de modèle, puisque sa WebTV sur Twitch ne retransmettra plus 24h/24. Un tournant pour l'organisation, qui a longtemps bâti son identité autour de la création de contenus, et qui met désormais l'esport au coeur de son projet. Présente sur plusieurs jeux, dont Rocket League, Fortnite, ou Super Smash Bros : Ultimate (avec William « Glutonny » Belaïd, meilleur joueur d'Europe), elle sera donc attendue au tournant en 2023 sur le plan des résultats.

Un mercato ambitieuxInévitablement, le sujet du mercato sur League of Legends, qui bat actuellement son plein, a très vite été amené sur la table par les fans. Pour l'heure, seule la prolongation de Pierre « Steeelback » Medjaldi, le capitaine, a été officialisée. Présent lors de l'entretien, ce dernier s'est dit « satisfait » de l'identité de ses nouveaux coéquipiers. « On s'y est pris beaucoup plus tôt cette année, ce qui fait qu'on a pu approcher des meilleurs profils plus vite. On a pu rapidement sécuriser des bons joueurs et dès que tu en as, c'est plus facile d'en attirer d'autres », a confirmé Diego « Taipouz » Mames Andres, directeur esportif chez Solary.

Alors que les noms des nouveaux joueurs circulent déjà avec insistance sur les réseaux sociaux depuis quelques jours, une information a fuité au cours de l'entretien : aucun des arrivants chez Solary ne sera français. « On était initialement partis sur cinq joueurs français, mais il n'y avait pas d'alchimie, alors on est partis sur d'autres profils, a reconnu Sakor « LRB » Ros, président du club, répondant aux inquiétudes d'Alexandre, 22 ans. On a quand même un capitaine français, le staff technique qui sera français. » « C'est pas Football Manager, quoi, où tu peux empiler les noms que tu veux », s'est amusé Alexandre « Narkuss » Mege, streamer et actionnaire.

Un attrait grandissant pour l'esportQuoi qu'il en soit, le nouveau cinq aligné sur LoL par la « team d'amis » devrait être le plus ambitieux de l'histoire de la structure, alors même que le budget qui lui est alloué est « légèrement en dessous » de celui de l'année dernière. Ce qui traduit une ambition plus importante pour Solary, à mesure que son secteur, l'esport, grandit. « On sent que l'attrait pour le milieu est beaucoup plus fort, valide Baptiste Doussaint, directeur général de la structure. Des marques comme Cetelem ou Aldi se tournent vers nous pour communiquer, toucher des audiences différentes. Avant, c'étaient beaucoup de marques liées au gaming ou à l'esport, maintenant elles en sont complètement décorrélées. »

De quoi obtenir des fonds pour se lancer sur de nouveaux jeux ? Interrogé sur le sujet par Yann, 58 ans, LRB n'a pas esquivé la question, évoquant son « appétence » naturelle pour les jeux de combat, mais aussi la possibilité d'une arrivée sur Counter-Strikeou Valorant. « On suit toutes les opportunités, toutes les sorties de jeu, mais on préfère se solidifier sur ceux sur lesquels on est déjà en place. C'est aussi une question de budget, il faut y aller à petits pas. » « La logique de Solary, c'est de se dire qu'à partir du moment où on aime un truc, on peut se lancer dessus, abonde Narkuss. On a déjà réfléchi à prendre à un joueur d'échecs par exemple, mais ça ne s'est pas fait. On a aussi pensé à travailler avec le club de football de Tours, on a même rencontré des gens pour... »

Un déménagement envisagéInstallé là-bas depuis sa création, le club a en effet un fort ancrage dans la vallée de la Loire, où tous les actionnaires sont installés. Mais l'actuelle recherche de nouveaux locaux pourrait les forcer à changer d'air. « On adorerait rester à Tours, mais la ville ne nous aide pas, déplore Baptiste Doussaint. Personne à la mairie n'a d'intérêt pour l'esport, on n'est pas aidés pour les locaux ou les évènements. Ça devient hyper bloquant pour se développer. » « Beaucoup de concurrents sont financés par des régions et des villes, ça crée une concurrence déloyale, regrette Taipouz. Mais un déménagement ça se réfléchit, parce que c'est un choix qui nous engage pour cinq à dix ans. »

Devant une audience captivée, Solary a tenu à terminer par un remerciement pour ses fans, de plus en plus dévoués, et désormais capables de se réunir en nombre en tribunes pour les compétitions en physique. « Depuis que j'ai rejoint l'équipe (en décembre 2020), il y a toujours eu les ultras derrière nous, même dans la défaite, a salué Steeelback. C'est hyper important, parce que des fois tu n'y arrives pas et que des gens continuent à t'encourager, ça te pousse. » « Des structures qui existent depuis des années et qui n'ont pas de fanbase, je ne sais pas comment elles font, a conclu Taipouz. Nos fans, c'est ce qui nous fait avancer, le coeur de notre projet. » Repartis chez eux avec le sourire, leur selfie et leur maillot dédicacé, ceux qui étaient présents sur place peuvent en témoigner.