Sophie De Goede (Canada), le brassard en héritage

Sophie De Goede ballon en main face à l'Angleterre en demi-finales. (D. Rowland/Reuters)

Opposé à la France pour la 3e place du Mondial samedi (4h30), le Canada pourra compter sur l'épatante Sophie De Goede, capitaine de la sélection, tout comme ses parents avant elle.

Le leadership se transmet-il dans les gènes de la même manière que le capital physique ? La famille De Goede pourrait pousser les scientifiques à se pencher sur la question. C'est que Sophie, actuelle numéro 8 et capitaine du Canada, prochain adversaire de la France samedi pour la petite finale du Mondial, n'est pas la fille de n'importe qui.

Sa mère, Steph, a été la capitaine de la première équipe féminine canadienne lors de la Coupe du monde 1991 au pays de Galles. Et son père, Hans, a lui guidé la sélection nord-américaine durant le tout premier Mondial organisé en Nouvelle-Zélande en 1987. Trente-cinq ans après, Sophie prolonge cette incroyable épopée familiale sur les mêmes terrains que son paternel.

Toute petite, elle s'émerveille devant les All Blacks« Papa a toujours plein de conseils à me donner, expliquait-elle récemment au magazine Rugby World. Il m'envoie régulièrement des mails avec des notes sur le leadership, sur comment façonner une équipe, parler aux joueurs. Je suis une jeune capitaine, donc avoir le point de vue de mes parents est fantastique. J'ai de la chance de les avoir et j'en profite, je leur pose beaucoup de questions. »

Toute petite, Sophie De Goede a été baignée dans la culture du rugby. Avec ses frères, dont Thyssen, qui a obtenu deux capes avec les Canucks en 2015 (sans en être capitaine, rassurez-vous), elle préfère s'émerveiller devant les matches des All Blacks plutôt que ceux de la sélection nationale de hockey sur glace. « Et c'est très rare au Canada », rigole-t-elle.

Lorsque le Canada a rallié la finale de la Coupe du monde féminine en 2014, après avoir éliminé la France en demi-finales à Jean-Bouin (18-16), elle saute avec ses parents dans le premier avion pour Paris, afin d'assister à la finale, finalement perdue contre l'Angleterre (9-21).

Huit ans plus tard, c'est elle qui a mené la sélection face aux Red Roses la semaine passée en demies. Et au bout d'un épique combat, elle n'a pu renverser le sort (19-26), rejoignant ainsi la France dans le triste rendez-vous des recalés aux portes de la finale (samedi, 4h30). Les Bleues savent qu'il faudra se méfier de cette troisième-ligne centre de 23 ans, incroyablement talentueuse, capable de tous les gestes techniques grâce à sa formation de demie d'ouverture.

« C'est un peu un couteau suisse, note la deuxième-ligne Madoussou Fall. Elle ne passe pas inaperçue, elle se balade partout sur le terrain. On l'a un peu ciblée, il faudra qu'on la garde à l'oeil parce qu'elle peut faire très mal. » Indispensable à son équipe, De Goede est la joueuse qui a le plus porté le ballon lors de ce Mondial : 90 courses, loin devant sa dauphine, l'Australienne Grace Hamilton (71).

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La détermination des plus grandes leaders« Quand on travaille le jeu de l'adversaire à la vidéo, on essaye d'étudier les facteurs X, et elle est ressortie directement, ajoute la jeune troisième-ligne tricolore Charlotte Escudero. Sur le terrain, elle arrive à alterner toutes les formes de jeu : elle peut jouer derrière la 10, en pénétrant avec les avants... c'est un peu l'électron-libre de leur système de jeu. » En plus de tout cela, De Goede s'est ajouté la responsabilité du tir au but. Plutôt avec succès pour le moment (24 points au pied, 62 % de réussite).

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Au sein d'une équipe canadienne encore totalement amateure, contrairement aux meilleures nations qui se sont professionnalisées à différents niveaux (Angleterre, Nouvelle-Zélande, France), De Goede estime qu'elle et ses partenaires ont une mission lors de cette Coupe du monde : « Nous ressentons la responsabilité de faire une grande performance lors de cette compétition car nous voulons montrer que le Canada est une équipe importante, actuellement et pour le futur. Si nous parvenons à cet objectif, nous aurons un argument de poids sur lequel nous appuyer pour demander plus de moyens, afin de progresser encore dans les prochaines années. »

Y compris hors du terrain, De Goede porte ainsi des revendications plus larges qu'elle-même, avec la détermination des plus grandes leaders. Comme si elle avait ça dans le sang.