Soupapes : Yamaha dément toute tricherie et s'explique

Vincent Lalanne-Sicaud
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Yamaha a été sanctionné pour avoir utilisé des soupapes différentes de celles du moteur homologué en début de saison, ce qui lui a fait perdre des points aux championnats des constructeurs et des équipes, mais pas à celui des pilotes. Lin Jarvis s'est longuement exprimé pour justifier la cause de la pénalité, liée selon lui à un imbroglio technique. Selon le patron de Yamaha Motor Racing, le constructeur avait prévu d'utiliser des soupapes venant de deux fournisseurs, considérées différentes par la FIM mais pourtant de spécification identiques.

"C'est une longue histoire", a déclaré Jarvis au site officiel du MotoGP. "C'est une épée de Damoclès depuis le premier Grand Prix, quand nous avons eu la première casse sur le moteur de Maverick [Viñales], pendant les essais, et en course pour Valentino [Rossi]. Le problème fondamental a commencé dans la planification de la saison 2020. Nous avons eu un problème avec le fournisseur habituel de soupapes, que nous avions l'an dernier. Ils nous ont dit qu'ils ne pouvaient pas continuer la production du type de soupapes que nous utilisions et que nous avions l'intention de continuer à utiliser cette année. C'est là qu'au Japon, Yamaha a commencé à chercher des soupapes venant d'un autre fournisseur, avec des plans identiques, des spécifications identiques. Pour Yamaha, le règlement était respecté puisqu'il s'agissait des mêmes."

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De légères différences ont cependant été identifiées, ce qui a mené à la pénalité, mais Jarvis assure qu'elles n'ont aucune influence sur les performances des pièces. "En réalité, avec différents fournisseurs, on trouvera toujours certaines différences. Des différences marginales, rien qui soit lié à la performance, mais c'est la réalité des faits. Dans le moteur homologué, que nous avons comme référence en cas de contestation, [nous avions] les soupapes d'un fournisseur, et les huit moteurs [utilisés en début de saison] étaient équipés des soupapes de l'autre fournisseur. L'intention de Yamaha n'a jamais été d'avoir un avantage de performance, mais nous avions l'intention d'utiliser le stock que nous avions du fournisseur 1 [puis], dans la deuxième moitié de l'année, du fournisseur 2."

Yamaha a en plus rencontré des problèmes avec les soupapes montées sur les moteurs vus à Jerez. L'équipe a demandé à les remplacer, ce que les autres marques ont refusé. "Nous avons identifié, avec le fournisseur des soupapes, qu'il y avait un problème technique sur les premiers moteurs", précise Jarvis. "Nous avons mené des analyses et nous avons demandé à la MSMA de changer les soupapes. Nous avons dit ouvertement : 'Nous voulons changer les soupapes de ce fournisseur, qui sont défectueuses, pour prendre celle de l'autre fournisseur'. À ce moment-là, c'est là que le premier feu rouge est arrivé : 'Quoi ? Vous avez des soupapes de plusieurs fabricants ? Il est possible qu'elles soient différentes'. Nous n'avons pas pu apporter de preuves de la part de l'un des fournisseurs, donc nous n'avons pas remplacé les soupapes sur les moteurs."

Ces moteurs faisant courir un risque pour la fiabilité et le remplacement des soupapes étant interdit, Yamaha a décidé de ne plus les utiliser. "En fait, nous avons immédiatement suspendu ces moteurs", a précisé Jarvis à BT Sport. "La seule fois où nous les avons utilisés après la première course, c’était lors des essais libres et des qualifications du Grand Prix de Styrie, le cinquième, avec deux pilotes. Nous ne les avons pas utilisés en course."

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Le jugement de la FIM cette semaine a par ailleurs confirmé la non-conformité des blocs de Jerez, puisque les soupapes sont différentes de celles du moteur homologué, mais Jarvis estime que l'infraction concerne un "détail du protocole technique" et assure que les performances des deux spécifications sont identiques. "C'est Yamaha qui a demandé une analyse indépendante pour prouver que ces soupapes étaient identiques. Nous avons eu le résultat la semaine dernière et même s'il est évident pour tout le monde que les performances des soupapes sont identiques, que le design des soupapes est identique, nous ne pouvons pas dire qu'elles sont identiques à 100 %, parce qu'elles viennent de fournisseurs différents, et qu'il y a des différences de matériaux, etc. Cela veut dire que nous ne pouvons pas utiliser ces moteurs, cela signifie aussi que lors des courses où nous avons utilisé ces moteurs, c'est considéré comme une infraction technique, parce que nous aurions dû reconnaître que les soupapes étaient différentes et demander la permission à la MSMA."

"C'est une affaire vraiment malheureuse, c'est une incompréhension chez Yamaha Japon, de la part des ingénieurs responsables des moteurs. Nous en payons des conséquences depuis. Malheureusement, l'équipe Petronas et l'équipe Monster ont pris une pénalité, nous avons également perdu les points au championnat des constructeurs."

Jarvis satisfait que les pilotes soient épargnés

Jarvis a également tenu à répondre aux accusations de triche apparues après la publication du verdict. "Quand j’entends des gens dire 'Ils ont remplacé les soupapes', ce sont des âneries, nous n’avons jamais remplacé les soupapes, nous avons débuté la saison avec l’intention d’utiliser ces soupapes lors de la première moitié de l’année, et d’utiliser les autres lors de la deuxième moitié de l’année", rappelle-t-il.

"Tout le monde a son opinion, il y a beaucoup de rhétorique autour de la question, tout le monde à son avis selon son camp", a-t-il ajouté. "J’ai entendu et lu beaucoup de choses hier. La vérité est parfois plus étrange que la fiction, et c’est dur à croire : 'Est-ce vrai qu’ils ont fait une erreur de jugement ? Ont-ils vraiment fait ça ?'. Mais que peut-on faire, à part dire la vérité ? C’est la réalité."

La décision a également intrigué puisque les points perdus ne concernent que les championnats constructeurs et équipes, et pas celui des pilotes. Jarvis estime qu'il est logique que ces derniers soient épargnés.

"J'ai suivi [le dossier] depuis le premier jour, cela a été un poids sur nos épaules depuis ce moment-là, et c’est pour cela que je pense qu’au final, ce sont le constructeur et les équipes qui ont été pénalisés, et pas les pilotes. J’aurais été d’accord à 100% que [les pilotes] soient pénalisés s'ils avaient eu un avantage quelconque, un avantage de performance, mais je peux dire catégoriquement qu’il n’y a pas eu d'avantage de performance. Les gens peuvent dire 'Oui, je n’y crois pas, ce n’est pas possible, c’est ce qu’ils disent, c’est forcément différent'. Ce n’est pas le cas. Vous pouvez le croire ou pas, mais c’est la réalité."