Les spécificités de la préparation d'un VTT de descente expliquées

Souvent qualifiés de « Formule 1 du VTT » dans le milieu, les vélos des descendeurs peuvent supporter une grande vitesse et des chocs violents tout en restant maniables. Les équipes travaillent en permanence à optimiser les performances des véhicules. Arthur Quet, directeur technique de Commencal, nous explique.

En cette semaine de Championnats du monde de VTT de descente aux Gets, Arthur Quet a peu de temps libre. Toute son attention n'est portée que sur un objectif : maximiser les performances des pilotes le jour de la grande finale. Ancien coureur, Arthur Quet est désormais directeur technique du team Commencal/Muc-Off, équipe en tête du classement général de la Coupe du monde. Le technicien nous détaille les différents éléments centraux dans la préparation d'un VTT de descente pour une course.

Les suspensions, « 50 % de la performance »

« Sur un VTT de descente, les suspensions, c'est 50 % de la performance du vélo », lâche d'emblée Arthur Quet. Et pour cause : les suspensions sont l'élément central du VTT, qui permet aux descendeurs de garder une vitesse maximisée malgré les grosses aspérités du terrain, les trous ou les racines. « À l'avant, on a des suspensions qui fonctionnent à la fois avec un système pneumatique, qui va provoquer un effet ressort, et un système hydraulique, qui permet d'apporter encore plus de stabilité », détaille Arthur Quet.

lire aussi

Que vient faire Peter Sagan aux Mondiaux en VTT électrique ?

Ce système d'amortissement apporté par la fourche située à l'avant du vélo permet de contrôler à la fois les chocs provenant du sol - trous, racines, sauts - mais aussi les impacts générés par le pilote selon ses mouvements. Les suspensions permettent aussi au pilote de gérer, sur l'ensemble de la descente, le contact du VTT avec le sol.

« En 3 minutes de descente, le vélo va absorber près de 15 000 chocs. Pour nous, l'objectif est d'arriver à avoir des roues qui bougent, mais un vélo stable, et un pilote encore plus », note le directeur technique. À l'arrière, sous l'assise, un autre amortisseur, plus petit, permet aussi d'harmoniser la stabilisation de l'appareil.

La géométrie du VTT

« Un autre grand point important réside dans la géométrie de l'engin, explique Arthur Quet. Cela regroupe à la fois les dimensions du VTT, les angles, et tout ce qui va permettre au pilote de se sentir bien dessus ». Mais attention, pas question de viser uniquement le confort du pilote ; la performance, et donc la vitesse, reste l'objectif absolu des techniciens. « Il faut trouver un juste milieu entre un confort limité qui va permettre au pilote de tenir physiquement jusqu'à la ligne d'arrivée, et un inconfort qui va augmenter les performances », décrypte le technicien.

Maximiser les performances grâce à la technologie et l'ingénierie

Pour tenir une moyenne de 40 km/h en descente, sur des terrains très accidentés et avec des pointes allant jusqu'à 70 km/h, les techniciens travaillant sur les VTT de descente utilisent des logiciels de traitement de données précis pour choisir les pièces les plus adaptées. Celles-ci vont changer en fonction du terrain, du pourcentage de dévers de la piste, du type de sol (dur, meuble, boueux...) ou des obstacles sur la descente.

lire aussi

Toute l'actualité des sports extrêmes

« Il ne suffit pas de choisir séparément tous les éléments qui pourraient être les plus efficaces : il faut s'assurer qu'en les assemblant ensemble, ils donneront les meilleures performances », ajoute-t-il. Des micrologiciels permettent de choisir le matériel le plus adapté. « Ensuite, on étudie les retours de données, notamment des entraînements, qui permettent de valider ou non les réglages choisis. Sur une course de 3 ou 4 minutes avec des écarts si faibles, de quelques dixièmes de secondes, même en changeant 2 à 4 % des réglages, cela peut faire passer le coureur de la 1re à la 5e place », remarque Arthur Quet.

L'importance de l'analyse vidéo

L'étude vidéo de la piste et des runs d'entraînement est l'une des bases du travail des pilotes et de leurs équipes. Sur une semaine de Championnat du monde, un peu plus longue que les week-ends de Coupe du monde, les athlètes vont effectuer jusqu'à une quinzaine de descentes. Leur travail ne se limite donc pas à tout donner sur une course en finale, loin de là.

« Sur chaque run, ils sont filmés à la fois en caméra embarquée et avec des appareils de bords de piste. Ça leur permet de travailler les trajectoires notamment, et aux techniciens d'avoir des éléments visuels sur le terrain, qui change aussi au fil des jours », décrit Arthur Quet. Les mécaniciens vont aussi pouvoir étudier la position du pilote sur son vélo, sa manière de se placer dans la descente, pour ajuster le véhicule en fonction.

« Il faut savoir prendre des risques », sourit le membre du team Commencal/Muc-Off. Limités néanmoins, tant les analyses des données des pilotes sont poussées. Avant le début de chaque saison, plusieurs semaines d'essais sont effectuées, qui permettent d'engranger des données de performances, de valider les connaissances et d'apporter de la confiance à l'équipe et au pilote.

Adaptabilité aux terrains et aux conditions climatiques

« On a appris à étudier assez précisément l'évolution des conditions climatiques », explique Arthur Quet, en montrant un logiciel de prévision météo assez poussé installé sur son smartphone. La présence ou non de pluie va changer la nature du sol, mais les changements de températures ou même le vent peuvent aussi avoir leurs conséquences. Et même avec des conditions météorologiques favorables, des surprises peuvent se remarquer en piste : la seule vérité est toujours celle du terrain. « Par exemple, pour ces Championnats du monde, on s'attendait à avoir un vélo souvent en contact avec le sol, mais aujourd'hui c'est un peu moins le cas que prévu », analyse Arthur Quet.

Et pour savoir si le travail effectué par Arthur et son équipe porte ses fruits, il faudra attendre samedi. Après les qualifications, Amaury Pierron (2e), Thibaut Daprela (4e) et Myriam Nicole (1re), les trois pilotes du team Commencal/Muc-Off apparaissent dans de bonnes dispositions pour jouer les premiers rôles.