Le sport d'après - Foot - En finir avec le mépris pour le foot féminin

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Pour prolonger l'effet Coupe du monde et maintenir la compétitivité de ses clubs sur la scène européenne, la professionnalisation de la Division 1 féminine semble inéluctable. L'ancienne internationale Camille Abily nous donne son avis sur les pistes qui peuvent y mener. Rendre obligatoires les sections féminines dans les clubs pros C'était l'idée de départ de Noël Le Graët quand il a été élu à la présidence de la Fédération française, en 2011. Il y avait renoncé, préférant l'incitation et la motivation à la contrainte. Aujourd'hui, seuls trois clubs de Ligue 1 (Rennes, Angers et Nîmes) n'ont pas de section féminine. S'adosser à un club professionnel permet aux joueuses d'avoir des meilleures conditions d'entraînement et un meilleur suivi. « Je suis un peu partagée. En tant que Rennaise, cela me désole qu'il n'y ait pas de section féminine au Stade Rennais. J'aurais adoré jouer avec ce maillot. Et cela serait bien que les filles de ces régions-là puissent s'identifier au club phare. Mais, d'un autre côté, il faut des gens qui aient envie de le faire. Si c'est juste pour avoir une section, sans s'y intéresser, ce n'est pas la peine. L'idéal serait qu'ils le fassent d'eux-mêmes, avant que cela soit obligatoire. En plus, pour l'image d'un club, cela peut être très profitable. » Le titre décerné à Lyon Accorder le statut pro et un salaire minimum aux joueuses de Division 1 Gérée par la Fédération, la Division 1 féminine n'a pour l'instant pas de ligue professionnelle. Mais plus de 160 joueuses touchent des salaires via des contrats fédéraux, souvent à temps partiel. Accorder le statut pro avec un salaire minimum permettrait à toutes les joueuses de se consacrer uniquement à leur sport. En Espagne, la professionnalisation a été décidée et les Ligues américaine et anglaise ont desserré les règles de leur « salary cap » afin de pouvoir attirer les meilleures joueuses dans leur Championnat. « Ce serait l'idéal. De toute façon, il faudra passer par là. Pour les infrastructures, les conditions d'entraînement, c'est nécessaire. Cela fera augmenter le niveau du Championnat. C'est un cercle vertueux. Cela va donner plus d'intensité et augmenter la qualité des matches qui seront plus spectaculaires, plus indécis. Du coup, on attirera plus de sponsors. Il ne faut pas traîner parce qu'avec l'Euro (en 2022) et les JO à Paris (en 2024), les échéances arrivent vite. Il ne faudra pas se retrouver à la traîne. » Programmer des matches en lever de rideau de ceux de Ligue 1 Les audiences télé de la Coupe du monde 2019 ont montré qu'il y avait un potentiel public très important pour le football féminin en France. Malgré une hausse des affluences de 30 %, les retombées n'ont pas été spectaculaires pour la Division 1. Coupler les matches de Division 1 à ceux de Ligue 1 permettrait de valoriser l'esprit club. « Je trouverais cela fantastique, même si c'est difficilement réalisable pour des impératifs de diffuseurs notamment. Mais quand on supporte un club, on supporte aussi les jeunes, les filles... On connaît les rivalités, par exemple, d'un OL-ASSE. Quand les moins de 19 ans jouent, la tribune est pleine. Si on arrive à créer la même ferveur, cela ne peut être que positif. » Garantir des places aux filles dans les centres de formation À l'heure actuelle, la formation des joueuses de haut niveau est assurée par les huit pôles Espoirs fédéraux. Pour les clubs professionnels, les centres de formations (hormis à l'OL, au PSG ou à Montpellier) sont réservés aux garçons, qui peuvent générer des revenus en cas de transfert. Les obliger à accueillir des filles dans les meilleures conditions de formation permettrait de rehausser et d'homogénéiser le niveau de jeu de la Division 1. « À Lyon ou Montpellier, on est prêts mais ce n'est pas le cas de tout le monde. Il faut encore cinq, six ans avant de pouvoir atteindre cet objectif. Il faut que les pôles Espoirs de la Fédération deviennent des pôles de préformation avant que les joueuses puissent intégrer les centres de formation des clubs. Mieux former les jeunes, c'est le défi. Pour l'instant, les joueuses ont le discours d'un coach en semaine et d'un autre le week-end. Elles sont entre deux eaux. » L'effet Coupe du monde Favoriser une répartition plus solidaire des droits télé Former et professionnaliser le haut de la pyramide des 200 000 licenciées a un coût que le 1,2 million d'euros de droits télé payés par Canal + pour diffuser la Division 1 ne couvrent pas. Pour mutualiser les efforts, en attendant que le football féminin professionnel devienne rentable, accorder une part des droits télé de la Ligue 1 spécifiquement aux clubs de Division 1 et Division 2 permettrait à tous de franchir un palier. « On prend... mais je ne pense pas que les garçons soient d'accord (rires). Ce qui est sûr, c'est qu'on a besoin d'un coup de pouce. Au début, l'OL perdait de l'argent avec sa section féminine. C'est moins le cas aujourd'hui, parce qu'on a des sponsors. Il faut juste enclencher la machine. En Angleterre, une part des droits télé va être orientée vers les féminines. On peut prendre du retard si on n'a pas un Championnat attractif. »

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