Le sport d'après - Les pistes de Clarisse Agbegnenou et Sarah Ourahmoune sur l'après-coronavirus

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Les championnes de judo et de boxe Clarisse Agbegnenou et Sarah Ourahmoune évoquent des pistes pour transformer en dynamique durable l'engouement pour la pratique du sport né durant le confinement. C'est un élan né fortuitement, entre quatre murs, ou sur un bout de trottoir. Ces deux derniers mois, des millions de Français, dont de nombreux convertis, se sont mis au sport, dans leur salon ou en pratiquant le jogging, l'un des rares motifs d'autorisation de sortie de son domicile. Mais cette dynamique peut-elle être prolongée au-delà du confinement ? Et comment capitaliser sur elle ? Quadruple championne du monde de judo, Clarisse Agbegnenou estime qu'il s'agit d'abord d'une question de volonté individuelle. Et de temps. « Pendant le confinement, les gens en ont eu, ils avaient de l'énergie, rappelle-t-elle. Il n'y avait que le sport pour l'exprimer. Avec le déconfinement, leur rythme va progressivement revenir à la normale, il s'agira de savoir prendre le temps, même quelques minutes, le soir, le week-end, pour continuer à pratiquer le sport. » Consciente du défi que représente cette démarche, Agbegnenou souligne le rôle qu'auront les entreprises, elles-mêmes fragilisées par la crise : « Il faudrait que ce soit pensé plus haut pour laisser le temps aux employés de faire du sport. Que des créneaux puissent être imposés, par exemple aux heures du déjeuner. Des fédérations sportives pourraient aussi se rapprocher des entreprises pour faciliter les abonnements des salariés, à des clubs ou des salles de sport », ajoute la judoka, qui aimerait devenir coach de vie à l'issue de sa carrière sportive. Vice-championne olympique de boxe en 2016, Sarah Ourahmoune pense aussi que les fédérations auront un rôle important à jouer. « Elles vont d'abord devoir soutenir les clubs, les associations sportives, bousculés par la crise sanitaire et économique. Il faudra un gros plan de relance pour les aider », note-t-elle. Pour Ourahmoune, qui possède son propre club de boxe à Paris, les associations sportives devront aussi moderniser leurs offres. « Elles vont devoir développer des outils et des services plus attractifs, donner envie aux gens de venir dans les clubs, à travers notamment le développement de licences alternatives. Pourquoi pas des licences qui n'engageraient que sur deux ou trois mois, et non un an ? Des licences découvertes, avec un carnet pour tester plusieurs sports. Ce pourrait être une bonne porte d'entrée. Les gens vont aussi avoir besoin de se retrouver, partager. Les associations sportives devront continuer de créer des temps festifs, de rencontres, faire en sorte que les adhérents ne reviennent chez eux pas que pour le sport, mais aussi pour le vivre ensemble. » Sarah Ourahmoune « Il y a peut-être un nouveau mode de consommation de sport qui se développe. » La championne, qui propose depuis un an sur son compte Instagram des cours de sport, très suivis durant le confinement, a également pu mesurer l'intérêt pour les séances en ligne, qu'elle conçoit comme une offre alternative pertinente. « Pour mon club de boxe, je compte continuer les cours en ligne une fois par semaine, en complément des cours en présentiel. J'ai reçu beaucoup de demandes en ce sens. Il y a peut-être un nouveau mode de consommation du sport qui se développe. Ça peut permettre à certaines personnes de raccrocher le wagon, ne pas se décourager. » Plus globalement, Ourahmoune soutient que la prolongation de l'intérêt du grand public pour le sport passe par sa valorisation dans la société. « Il faudra continuer de communiquer sur les bienfaits du sport sur la santé. Il y a eu une vraie prise de conscience à ce niveau-là pendant le confinement. Il faudra l'encourager, proposer plus de sport, y compris à l'école, pour que ce soit une matière valorisée. Et qu'il y ait une vraie culture du sport. »

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