Tous sports - Ils ont été les « Poulidor » de leurs domaines

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Raymond Poulidor était si populaire que son nom est devenu une expression, synonyme « d'éternel second ». Tous les sports, tous les milieux possèdent ainsi leur Poulidor, une personnalité de renom souvent privée du premier rôle. Un chiffre suffit à résumer l'étrange destin d'Elgin Baylor, qui fut par ailleurs la superstar des Los Angeles Lakers dans les années 1960 : en quinze ans de carrière, l'ailier a joué huit finales NBA, mais n'en a gagné... aucune. Six fois, il a été battu par les grands Boston Celtics. All-Star à onze reprises, attaquant hors-norme (plus de 38 points de moyenne en 1961-1962), l'Américain a mis un terme à sa carrière fin 1971, alors que la franchise californienne venait de débuter sa saison. Fait incroyable : au lendemain de l'annonce de sa retraite, les Lakers se sont imposés... puis ils ont gagné la rencontre suivante... puis encore la suivante... et ceci pendant trente-trois matches d'affilée, série de victoires qui reste aujourd'hui encore la plus longue de l'histoire de la NBA ! Dans son armoire à médailles, Merlene Ottey, la sprinteuse jamaïcaine naturalisée slovène sur le tard, possède neuf breloques olympiques. Celles-ci témoignent de son incroyable longévité (elles couvrent la période allant des Jeux de Moscou en 1980 à ceux de Sydney vingt ans plus tard)... mais aucune d'entre elles n'est en or ! Surnommée « la reine de bronze » pour ses six troisièmes places, elle a notamment fini deuxième sur le fil du 100m et du 200m (battue par Marie-José Pérec) en 1996. Poursuivie par la poisse pendant toute sa carrière, ses victoires sont moins marquantes que ses désillusions, comme celle des Mondiaux 1993, où l'or lui avait échappé en finale du 100m pour quelques millièmes, ou des Mondiaux 1997, où elle n'entendit pas le rappel du faux départ en finale du 100m... La F1 possède aussi son champion sans couronne : le Britannique Stirling Moss, devenu vice-champion du monde quatre années d'affilée (1955, 1956, 1957, 1958), troisième les trois saisons suivantes (1959, 1960, 1961), avant qu'un grave accident ne mette prématurément un terme à sa carrière, l'empêchant de corriger cette injustice. Moss n'a eu qu'un seul vrai rival, Juan Manuel Fangio, qui ne lui a jamais laissé saisir sa chance en dominant outrageusement son époque. Il a aussi - fait exceptionnel dans ce sport individuel s'il en est _, contesté en 1958 une pénalité infligée à son adversaire (!) Mike Hawthorn, qui finira par être couronné... pour un petit point devant Moss. Raymond Poulidor raconte cette anecdote dans l'un de ses livres-confessions (Champion !) : « François Mitterrand, encore simple député de la Nièvre, venait souvent me féliciter [...] et me confier qu'il rêvait à une unanimité comparable à la mienne. ''Savez-vous qu'un journal m'a surnommé le Poulidor de la politique ?'', m'avait-il indiqué après sa deuxième défaite aux élections présidentielles, en 1974. » Mais Mitterrand, lui, finira par gagner en 1981. Alors que son contemporain Michel Rocard n'a jamais accédé à la fonction malgré une carrière brillante : il a joui d'une forte popularité, a été une figure majeure de la gauche française, une personnalité incontournable de la vie politique pendant près de cinquante ans, mais est passé à côté de son destin présidentiel. Si Jacques Anquetil était Jean-Paul Belmondo, Poulidor était Charles Gérard, l'éternel second rôle - à une différence près : Belmondo et Gérard étaient les meilleurs amis du monde, ce qui n'était pas vraiment le cas des deux champions cyclistes. Décédé en septembre 2019, Charles Gérard n'a jamais accédé à la postérité, bénéficiant de rôles sur mesure dans les films de Claude Lelouch (il est apparu dans une vingtaine de longs-métrages du réalisateur) sans jamais en être l'acteur principal. Cet acteur méconnu admettait sans mal ne pas avoir « les épaules » pour être une tête d'affiche comme ceux qui l'entouraient. Poupou aussi (« je n'étais pas un gagneur, pas un tueur »), mais il en a davantage souffert.

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