Tous sports - Camélia Jordana : «J'étais en comparaison permanente avec les autres»

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La chanteuse et actrice de 28 ans, nommée aux prochains César le 12 mars prochain, se raconte dans la rubrique « Fenêtre sur corps » du magazine L'Équipe.

« On a la chance, nous les artistes, d'avoir un corps qui nous fait honneur. Il sait, il sent. Il accepte de lâcher et laisser le mental prendre le dessus. On peut être malade ou blessé et ne pas s'en rendre compte avant la fin du projet sur lequel on travaille. C'est assez fascinant et rassurant de se dire que l'esprit peut gérer en cas d'urgence ! C'est même un peu émouvant. En revanche, après, en ce qui me concerne, c'est des trucs... Parfois, ce ne sont même plus des maux de dos, c'est que je ne peux plus marcher ! Ça me prend les cervicales, tout est coincé.

Alors, j'ai appris à soigner mon corps. À en prendre soin. Grâce au sport, notamment. J'en faisais beaucoup quand j'étais petite. Toutes les disciplines possibles et imaginables, de la natation synchronisée au judo, du volley au hand, du rugby au badminton. Pas mal de basket, aussi, j'adorais ça. Mais à 16-17 ans, quand je suis arrivée à Paris, j'ai complètement arrêté. Je buvais de l'alcool, je mangeais n'importe comment.

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Vers 22 ans, j'ai commencé à faire de grosses séances de sport sur de longues périodes, à me nourrir sainement. J'ai réappris l'effort physique et j'y ai repris goût. Voir son corps évoluer, c'est satisfaisant. Il y a évidemment aussi un côté esthétique qui fait que je me sens mieux quand je me vois d'une certaine manière, mais le sport m'est nécessaire. J'en fais plutôt le matin, du renforcement musculaire, du cardio, chez moi. C'est le meilleur moyen de commencer ma journée, ça me permet d'évacuer et de gérer davantage mes émotions, d'être plus patiente, plus à l'écoute.

« J'ai l'impression d'avoir déconstruit beaucoup de choses »

C'est une grande chance d'avoir été éduquée par une femme qui m'a appris à être à l'écoute de mon corps et à l'accepter. Jamais je n'aurais pu espérer être à ce point en accord et en accueil avec ce corps-là. Il traîne encore des complexes, bien sûr, il y a toujours des choses qu'on aimerait évacuer, mais même s'il me reste du travail, j'ai l'impression d'avoir déconstruit beaucoup de choses. Cela n'a pas toujours été simple parce qu'en évoluant dans des industries où l'image est à ce point centrale - ce que j'adore, par ailleurs -, je suis soumise en permanence à mon propre regard en plus de celui des gens, et c'est intense !

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Il y a le regard des autres, mais il y a aussi le corps des autres. Il a longtemps été très influent pour moi. J'étais en comparaison permanente. Aujourd'hui, j'essaie de l'être le moins possible parce que ça n'a vraiment aucun intérêt et que c'est très polluant, mais on est dans une société où l'on est tenu de se regarder tout le temps, de s'épier, de se comparer, c'est très complexant. Enfin, ça l'a été. Dès l'adolescence, j'ai été dans une quête de la minceur, voire de la maigreur. Aujourd'hui, ça ne m'intéresse plus du tout. Ce qui m'intéresse c'est d'accepter, d'embrasser et d'aimer ce que je suis, y compris le moins normé. »