Tous sports - Cluzel : « La voile est un formidable vecteur d'inclusion »

L'Equipe.fr
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Sophie Cluzel, secrétaire d'État auprès du Premier Ministre chargée des personnes handicapées, fait le point sur le handisport à l'occasion de la semaine olympique et paralympique à l'école jusqu'au 6 février. « Que vous inspire la réussite du skippeur Damien Seguin, né sans main gauche, 6e du Vendée Globe ?
J'ai suivi ses performances tout au long de la course et il nous a fait vivre de très beaux moments avec sa brillante et exemplaire réussite. Seul, il a réussi au-delà de toute espérance. Je le laisse souffler un peu avant de l'appeler pour le féliciter. Il est aussi prévu que je le rencontre, j'ai hâte ! C'est un grand sportif, talentueux, qui porte haut et fort ces valeurs de la voile pour tous comme il le fait avec son association (Des pieds et des mains), c'est à saluer. La voile est un formidable vecteur d'inclusion. C'est quoi une société inclusive, selon vous ?
J'aime bien la formule de Jean Le Cam « nous étions trois, le vieux con, le handicapé (Damien Seguin) et le branleur (Benjamin Dutreux) ». La société inclusive, c'est une société dans laquelle une personne en situation de handicap peut, comme tout un chacun, pratiquer dans le club de sport à côté de chez soi, quel que soit son handicap. Dans une société de droit commun, il est inconcevable que les personnes handicapées doivent aller chercher un sport adapté à leur besoin loin de chez elles. Alors que c'est possible, en faisant notamment appel aux spécialistes que sont les fédérations handisport et sport adapté ou les personnes qui accompagnent la pratique sportive dans les établissements médicaux sociaux. Le but est aussi de bouger de plus en plus dans l'école ou dans l'établissement médico-social. 12 millions Le nombre de personnes en situation de handicap en France sur un total de 67 millions d'habitants. Êtes-vous justement inquiète pour ces deux fédérations qui ont perdu entre 30 et 50 % de licenciés ?
Elles ont eu un rôle de conseil pendant les confinements et ont su aller chercher la personne chez elle, c'est toute l'agilité de ces associations qui sont expertes. Je reste optimiste car avec le temps, les contraintes vont se lever et tout redémarrer assez vite. Ce que j'attends de ces fédérations, et elles s'y emploient au quotidien, c'est que leur expertise soit totalement dédiée à la pratique à côté de chez soi, dans un club dit ordinaire de natation, de tennis, d'athlétisme etc. J'ai besoin d'elles pour travailler l'adaptation, la formation de l'éducateur sportif en charge de la pratique quelle qu'elle soit, pour enlever les tensions et les peurs, fournir du matériel spécialisé ou des conseils. « Les enfants ne doivent plus être exemptés de sport et rester sur la touche avec seulement le chrono en main » Sur quoi travaillez-vous avec le comité d'organisation des Jeux de Paris 2024 ?
La coopération avec les établissements médicaux sociaux et c'est vraiment une nouveauté. Nous en visiterons un jeudi (demain) car je serai en déplacement avec Roxana Maracineanu (ministre déléguée aux Sports) et Marie-Amélie Le Fur (présidente du Comité paralympique et sportif français) dans un établissement sociomédical et un collège qui développent une coopération très constructive. Cela conduit à une meilleure connaissance des uns et des autres, et permet d'accroître la pratique sportive. Bien souvent, il peut y avoir une appréhension des professeurs sur les compétences et les capacités de l'enfant et sa capacité d'intégration dans le groupe. Les enfants ne doivent plus être exemptés de sport et rester sur la touche avec seulement le chrono en main. Ces trente minutes à l'école (thème de la SOP et programme lancé avec l'Éducation nationale) vont avoir un impact important sur la pratique au quotidien. Où en est le projet de formation de 3 000 volontaires des Jeux (sur 50 000) en situation de handicap ?
La crise sanitaire a ralenti la mise en oeuvre du dispositif. Nous allons associer les établissements médico-sociaux pour travailler sur la formation de ces volontaires et donner ainsi le pouvoir d'agir aux personnes en situation de handicap. Elles vont être accompagnées dans leur formation et elles auront une attestation de compétences. J'y suis très attachée car cette démarche peut être dupliquée pour d'autres types de projets. Cette action est aussi l'occasion de montrer, avec le relais des médias, que la France émancipe les personnes en situation de handicap et leur donne le pouvoir d'agir car ce sont des citoyens avant tout. Ces volontaires seront un vrai levier du changement de regard sur le handicap. Avant Paris, il y a Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo l'été prochain...
Je ne peux qu'espérer que les Jeux de Tokyo se tiendront, comme tous les sportifs, para ou non. C'est un grand enjeu pour tous les athlètes. Le scénario d'une annulation ne paraît plus être sur la table. On ne peut que s'en réjouir. C'est au Japon, avec le CIO, de prendre les décisions les plus adaptées à la situation complexe que nous traversons. Les athlètes paralympiques pourront-ils se faire vacciner avant ?
Nous avons mis en oeuvre une stratégie vaccinale et nous nous y tenons fermement. Nous avons choisi de vacciner en phase 1 les plus vulnérables en priorité, vulnérabilité croisée pour les personnes en situation de handicap entre l'âge et les comorbidités qu'ils peuvent déclarer, selon une liste très précise. Pour l'instant nous gardons le cap. En temps et en heure, nous réfléchirons aux adaptations en fonction des risques que nous identifierons et du dialogue que nous aurons avec le mouvement sportif. »