Tous sports - Frédéric Pierrot: « Faut toujours plier les jambes »

L'Equipe.fr
·3 min de lecture

Le comédien de 60 ans à l'affiche de la série « En thérapie » sur Arte analyse dans « Fenêtre sur corps » son rapport avec le sport.

« Je pense être un sportif dans l'âme. Quand je dis dans l'âme, cela signifie au quotidien. Marcher, faire du vélo, descendre, monter les escaliers, se fader des kilos de courses, porter un enfant dans chaque bras quand ils étaient petits... On a longtemps habité au sixième étage, sans ascenseur. En tant que père de famille nombreuse, je m'en suis trimballé, des packs de flotte et de lait, et je garantis que c'est du sport, à la longue. En plus, j'ai toujours effectué des travaux de folie dans les lieux où on habitait. Du genre, refaire tout le plancher. Eh bien, je les montais tout seul, ces putains de planches, une à une, et il y en avait un paquet !

Je m'infligeais ce genre de défis un peu débiles, sans demander d'aide. Heureusement que de mon passé de machiniste, mon premier boulot dans le cinéma, j'avais gardé la technique pour encaisser les charges : plier les jambes. Faut toujours plier les jambes. Machino, là aussi, on est dans un registre sportif. Avec un collègue électricien de plateau, on partageait une cave dans le XVIe arrondissement. Et on enchaînait les courts-métrages. Depuis la cave, il fallait monter le matos, charger le camion, décharger sur place. Un ou deux jours plus tard, on rechargeait le camion, on redescendait le matos à la cave, et ça recommençait incessamment.

Je suis un marcheur invétéré. Je peux traverser tout Paris à pied. Rallier la porte d'Orléans depuis République, pas loin de là où j'habite, sans but précis, juste pour le plaisir d'être au milieu des gens. La marche a bien des vertus. Quand on n'a pas les idées claires, chaque pas fait avancer la pensée. Dès que je le peux également, j'enfourche mon vélo. Jeune comédien, j'avalais des dizaines de kilomètres pour aller d'un essai à l'autre. J'arrivais dégoulinant de sueur mais j'en avais rien à foutre.

On a tourné En thérapie juste avant les grèves de 2020. Du jour au lendemain, plus de métro, plus de bus. Depuis le XIe, je gagnais à vélo l'appartement du XVIe où on tournait et je faisais le trajet inverse le soir. Le psy que j'incarne ne quitte quasiment pas son fauteuil. Jouer soixante-dix jours durant en position statique n'est pas ordinaire. J'avais besoin de cette heure à vélo pour me sortir du personnage et me lâcher physiquement.

Enfant, je pratiquais le judo au Judo Club de Dieppe. Depuis mon village d'Auffay, j'allais à l'entraînement à bicyclette. Je me tapais 60 bornes aller-retour. J'en profite pour rendre hommage à monsieur Maur, celui qui m'a enseigné cette discipline. Un jour, alors que je participais comme machino à mon premier film documentaire sur les dockers du port de Dieppe, on tombe l'un sur l'autre. "Toi, Frédéric !" "Vous, monsieur Maur !" J'ai découvert ainsi que cet entraîneur d'une extrême douceur était docker dans la vraie vie. »