Tous sports - L'Homme est-il en passe d'atteindre ses limites ?

L'Equipe.fr

Les records sont faits pour être battus... mais le seront-ils éternellement ? Ilosport a posé la question à Geoffroy Berthelot, chercheur au sein de l'Institut de Recherche Bio-Médicale et d'Epidémiologie du Sport (IRMES) à l'INSEP.« Cela fait partie des gags de la science ». C'est ainsi que Geoffroy Berthelot, chercheur au sein de l'Institut de Recherche Bio-Médicale et d'Epidémiologie du Sport (IRMES) à l'INSEP, qualifie la théorie développée par l'universitaire Andrew Tatem en 2004. « D'après cette publication, selon un modèle linéaire de l'évolution de leurs performances, les femmes courraient le 100m plus vite que les hommes en 2156, avec des valeurs proches des 8 secondes, détaille-t-il. Cette assertion est complètement erronée, car basée sur une régression linéaire (une droite ajustée aux temps de victoire du 100 m). Si on poursuit le raisonnement, on finit par obtenir des valeurs négatives. C'est à dire que l'Homme pourrait un jour terminer une course... avant de l'avoir débutée. C'est un petit peu compliqué à admettre, n'est-ce pas ? »La stagnation des records du mondeMais comment peut-on alors évaluer la capacité de l'être humain à progresser, encore et toujours ? « En observant l'évolution de l'expression de la physiologie ultime : les records du monde », d'après Geoffroy Berthelot. « On s'aperçoit alors que ce n'est pas du tout linéaire. Cela tend même plutôt à ralentir. En natation, athlétisme, patinage de vitesse, haltérophilie, etc., on constate à peu près la même courbe : forte progression lors du XIXe siècle, ralentissement vers le milieu du XXe siècle et maintenant, au début du XXIe siècle, cela devient vraiment difficile de faire mieux. La progression est très, très lente. »Le record du monde n'est cependant pas l'unique indicateur à prendre en compte. Un homme ou une femme, seul(e), pouvant biaiser toute l'analyse globale, élargir l'échantillon s'avère nécessaire : « on se penche aussi sur les 10 meilleures "performeurs" annuels, pour avoir des informations sur la fluctuation, et on constate qu'ils plafonnent voire, notamment en lancer ou en saut, qu'ils régressent. Cela fait écho aux archives de la Stasi, à la grande ère de la RDA, où beaucoup d'athlètes étaient dopés. Une période... "hors norme". »Et pour "monsieur et madame tout le monde" ?Les athlètes d'exception peinent à faire tomber les références absolues de leur piédestal... mais le sportif moyen est-il lui aussi en train de plafonner ? « On a regardé les disciplines non-olympiques ("mile", 100 yards, Ironman). Cela nous offre une plus grande indication sur la population générale... mais cela n'en concerne encore qu'une petite partie. Les analyses globales sur l'ensemble de la population, cela reste compliqué : il y a tant de trajectoires individuelles différentes ! Cependant, lorsque l'on descend d'un cran au niveau de l'excellence sportive, on constate des similitudes dans les résultats. On peut donc penser que les facteurs que l'on étudie sont déclinables, mais rien ne permet de l'affirmer ».Selon Geoffroy Berthelot, l'hypothétique inflexion de la progression sportive de l'être humain risque d'être confirmée par les évolutions de notre société : « différentes études témoignent d'une baisse des performances anaérobie et aérobie des jeunes, depuis un peu plus d'une dizaine d'années. Une étude de Grant Tomkinson notamment, réalisée sur un très grand panel. Pourquoi ? Parce qu'ils ne bougent plus. On les met devant la télévision, devant les jeux vidéo, ils sont assis avec leur téléphone portable, etc. »Une tendance identifiée mais rien de démontréMalgré ces constats, Geoffroy Berthelot précise qu'il est impossible d'être péremptoire quant aux facultés de l'Homme : « il y a deux niveaux dans la science : la démonstration et l'inférence (ou faits qui tendent à démontrer que...), et la démonstration est très rare. Démontrer, c'est expliquer tous les processus qui mènent à un effet. On ne peut pas démontrer que notre corps est limité, parce qu'il y a trop de variables qui entrent en compte ! Ce que l'on peut faire, c'est noter un fort ralentissement des progrès et une absence d'évolution génétique. On est toujours le même génome, on n'a pas quatre jambes, on ne fait pas cinq mètres et 400 kilos : on reste conditionné par notre qualité d'être humain. »

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