Tous sports - Maracineanu : « Je peux entendre que cela ne suffit pas mais pas qu'il n'y a rien »

L'Equipe.fr
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Roxana Maracineanu, ministre déléguée aux Sports, a souhaité réagir à notre reportage sur les associations sportives en grande difficulté dans les quartiers réputés difficiles de Roubaix. « Que souhaitez-vous dire à propos de notre reportage paru jeudi sur le sport à Roubaix ?
J'ai demandé à mon équipe d'appeler les associations citées une par une, ce matin (jeudi). De fait, elles ne connaissent pas les dispositifs d'aides à leur disposition. Que doivent-elles faire ?
Il faut qu'elles s'adressent aux têtes de réseau. Soit la municipalité, via le directeur des sports par exemple, qui va les envoyer vers les bonnes personnes et les aider à remplir les dossiers pour percevoir des aides. Certaines municipalités ont mis en place des services spécifiques pour cela et c'est très bien. Sinon, il faut s'adresser à la fédération à laquelle on est affilié ou, quand on est une association « socio sportive », aux réseaux comme l'Agence nationale pour l'éducation par le sport (Apels) ou l'association Sport dans la ville. Ils doivent jouer leur rôle. L'Apels a raison de faire signer des tribunes (dont une publiée sur notre site le 22 novembre), mais c'est encore mieux de mettre en ligne sur son site les informations nécessaires pour obtenir les aides de l'État, des collectivités, des fédérations. À quelles aides peuvent prétendre ces associations ?
Il y a un fonds de solidarité général et je me suis mobilisée pour que les associations sportives y soient éligibles. Parmi les 380 000 associations, 40 000 sont employeuses et peuvent donc pleinement bénéficier de ce fonds qui est ouvert aux structures à partir d'un salarié. Mais sur ces 40 000 associations sportives employeuses, il y en a seulement 2 900 qui ont émargé au fonds de solidarité pour un montant total de 12 M€ alors qu'aujourd'hui on en est à 8 milliards distribués ! Ce n'est pas assez ! « Dès que des situations alarmantes nous remontent, on contacte les clubs au cas par cas » Plusieurs disent que c'est très compliqué...
Il faut aller sur le site des impôts, renseigner son code APE, indiquer si on a une perte de chiffres d'affaires ou de revenus... Il faut simplement renseigner la baisse enregistrée correspondant à la perte de licenciés ou de revenus entre 2019 et cette année. L'association peut percevoir entre 1 500 et 10 000 euros par mois en fonction de la perte. Elles sont aussi pleinement éligibles au régime d'activité partielle sans reste à charge. Il y a un autre fonds de 30 M€ spécifiquement pour les associations y compris pour celles qui ne sont pas employeuses à Bercy dans le portefeuille d'Olivia Grégoire. Enfin, nous avons ouvert un autre fonds placé à l'Agence nationale du sport (ANS) de 15 M€ pour les petites associations qui n'ont pas de salariés et sont gérées par des bénévoles. Les 15 premiers millions ont été distribués en intégralité cette année à près de 3 000 associations. Il est reconduit en 2021. Vous comprenez que beaucoup de clubs soient perdus ?
Dès que des situations alarmantes nous remontent, on contacte les clubs au cas par cas. C'est vrai que dans le Nord, aucune association n'a postulé au fonds de solidarité de l'ANS car elles ne savent pas que cela existe. Mais l'Office municipal des Sports de Roubaix (OMS) et Roubaix foot et culture sont aidés aujourd'hui. Roubaix foot et culture, par exemple, a reçu 12 000 euros au titre de l'emploi en 2020 (son dirigeant ne s'en est jamais caché). Depuis 2016, cette association a reçu de la part de l'État près de 96 000 euros. Je peux entendre que cela ne suffit pas mais pas qu'il n'y a rien ! « Je crois à l'insertion par le sport des personnes en difficulté dans notre société, à l'éducation par le sport et à l'inclusion par le sport » Ces associations ont aussi l'impression de ne pas être considérées ?
Au contraire et cela fait partie de notre feuille de route sur les valeurs de la République. Dans le projet de loi qui sera présenté en 2021, deux articles importants concernent le sport. D'abord, nous allons renforcer le contrat de délégation avec les fédérations. Aujourd'hui il ne porte que sur l'organisation sportive de la discipline. Nous allons y ajouter un engagement sur l'aspect sociétal, et en faire des relais plus impliqués et performants de l'éducation par le sport. Cela permettra par exemple à l'association citée dans votre article (Association Boxing Club Roubaisien) d'obtenir des financements par la Fédération de boxe pour remplir cette obligation. Quel est l'objectif ?
Notre idée est de créer beaucoup plus de clubs fédérés dans les quartiers. Que l'on s'appuie sur des clubs aux valeurs républicaines pour avoir quelque chose d'alternatif à proposer à la jeunesse et une attention particulière sur les équipements sportifs des QPV qui méritent une rénovation. Aujourd'hui, sur les 40 millions d'euros consacrés chaque année aux équipements par l'Agence, 25 vont exclusivement dans les QPV. Sans compter les aides de l'Agence nationale de la cohésion des territoires et l'Agence nationale de la rénovation urbaine. Il faut continuer. Je crois à l'insertion par le sport des personnes en difficulté dans notre société, à l'éducation par le sport et à l'inclusion par le sport. Je sais que c'est au niveau des associations et des territoires que l'on y arrivera. Quelle est la prochaine échéance ?
Il y aura une réunion importante organisée par Michel Cadot (président de l'ANS et délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques) le 4 janvier pour voir comment dans ces quartiers il peut y avoir un renouveau du sport en vue des Jeux et n'oublier personne en route. Et aussi valoriser le sport dans les zones rurales qui doivent être revitalisées. Le sport a toute sa place à y jouer et les moyens seront là ».