Tous sports - Patrice Martin, candidat à la présidence du CNOSF, veut « être le président de tous les sportifs français »

L'Equipe.fr
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Patrice Martin, ancien champion du monde et président de la Fédération française de ski nautique et wakeboard depuis 2009, annonce sa candidature à la présidence du CNOSF le 29 juin 2021.

Patrice Martin se lance. Pas vraiment une surprise. L'ancien champion du monde de ski nautique et président de sa fédération, 56 ans, prépare depuis de longs mois sa candidature à la présidence du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) où il vise à succéder à Denis Masseglia le 29 juin prochain. Il s'explique pour L'Équipe.

« Pourquoi briguez-vous la présidence du CNOSF ?
Notre responsabilité est de construire le sport de demain en phase avec les besoins de la société. Je ne dévoilerai pas de programme mais des idées. L'union de tout le Sport, avec un grand S, et de tous les sports, on en parle mais il va falloir s'y atteler car toutes les disciplines et les structures contribuent à un objectif éducatif, social, sanitaire, sociétal et économique. La solidarité des plus forts vers les plus faibles, des plus grands vers les plus petits... On dispose tous d'un levier que l'on peut exprimer et on est plus fort ensemble que tout seul.

Avec qui partez-vous en campagne ?
Je ne dévoilerai pas non plus de soutiens parce que je ne veux pas ajouter du trouble au trouble dans une période de campagne et d'élections dans les fédérations. Il y a un temps pour tout. J'ai une équipe structurée en deux pôles ; un pôle technique avec des personnes en charge de l'économie, de l'international, des relations avec le ministère, du développement de nouvelles activités et une partie politique avec des présidents de fédération, des candidats olympiques et non olympiques.

Concrètement, vers quoi souhaitez-vous aller ?
Aujourd'hui, il y a deux éléments que l'on va devoir faire évoluer. D'abord, le modèle sportif français qui a soixante ans et que l'on a du mal à transformer complètement. Il a réussi parce qu'il y a eu des réussites sportives mais ce modèle a été éprouvé. Si on veut encore progresser, il faut faire autre chose. Le deuxième modèle à changer est le modèle associatif. Il a plus de cent ans et il faut qu'il soit toujours au coeur des fédérations mais en y ajoutant demain un peu plus d'économie et de politique.

Pouvez-vous citer une mesure qui vous tient à coeur ?
On parle depuis des mois des violences sexuelles et de la discrimination dans le sport. Le mouvement sportif et les fédérations n'ont ni le pouvoir de police ni de justice. Il faudrait créer une juridiction du sport, comme la conférence des conciliateurs au sein du CNOSF, gérée en toute indépendance et où les victimes seraient libres de parler.

Que pensez-vous de la réforme du haut niveau présentée par Claude Onesta ?
Le socle d'Ambition Bleue est bon. On n'est pas dans un modèle qu'il faut revoir complètement, au contraire. Il faut travailler dessus et s'assurer qu'on soit dans cette culture de la performance et surtout de la gagne. C'est un peu ce qui nous manquait. On a des médailles de bronze, d'argent, mais on manque de médailles d'or. Un modèle comme celui d'Ambition Bleue est plus engageant pour les athlètes, il va leur imposer d'aller chercher les médailles d'or, c'est ça qu'on veut à la fin. Dans ma carrière, si j'allais à une compétition, c'était pour la gagner. Ambition Bleue est là pour pousser le modèle vers les médailles d'or.

Vous avez échangé avec (le président de la fédération française de ski) Michel Vion et (le champion olympique 1980 de judo) Thierry Rey, les deux autres candidats potentiels...
J'ai beaucoup parlé avec Michel parce qu'on se connaît depuis longtemps et on s'apprécie beaucoup. Je pense qu'on a une vision à peu près similaire de ce qu'est le sport. Dans l'évolution de nos fédérations, on a fait des choses différentes mais qui se ressemblent. On s'entend bien. On s'est dit les choses clairement et en tous les cas, je suis certain qu'après l'élection, on s'entendra bien. Thierry m'a appelé. On se connaît là aussi depuis longtemps : on a tous les deux été champions du monde en 1979. On a échangé longuement. Cela a été assez convivial et je pense que sur certains points, on pourra échanger, on pourra travailler. Il y a une vraie ouverture. Peu importe l'issue de la campagne, il y a des choses qui se feront en commun. C'est un programme contre un programme, une vision contre une vision, mais pas un homme contre un homme. On peut ne pas avoir la même vision, mais à la fin on veut une chose, c'est qu'on réussisse.

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Avec les Jeux à Paris en 2024, est-ce le bon moment pour avoir un président de CNOSF qui ne soit pas issu d'une fédération olympique ?
Est-ce que c'est un problème ? Pour certaines fédérations olympiques, ça peut l'être... Mais être président du CNOSF, ce n'est pas seulement être président du CNO, c'est être président de tous les sportifs français. Quelque part, l'important, c'est de rassembler, de dire qu'on représente tout le sport français. C'est le sport français qui, en partie, est olympique, et il y a beaucoup de sportifs français de sports olympiques qui pratiquent des disciplines non présentes aux Jeux. Au fond, on a tous cet esprit olympique dans ce sens qu'on veut tous participer, qu'on veut tous gagner. Au sein du CNOSF, la majorité des voix est accordée aux fédérations olympiques, ça ne me dérange pas. C'est écrit dans les textes et ça doit l'être pour assurer la représentation olympique. Pour moi, ce n'est pas un problème. Le nouveau président, qu'il soit olympique ou pas, sera le président de l'ensemble des fédérations sportives et l'important, c'est qu'il rassemble tout le monde.

Si vous vous donniez un pourcentage de chance de réussite...
Je ne suis jamais parti perdant. Si je vais quelque part, ce n'est pas pour perdre. Maintenant, à partir du moment où tu te lances dans la bataille, tu sais que ce n'est pas toujours gagné. Je me présente avec une envie d'évoluer, de transformer. Accepter le changement, ce n'est pas évident. Il faut maintenant qu'une majorité de fédérations se reconnaissent dans cette volonté. »