Tous sports - Politique - Sport et présidentielle : ce que proposent les candidats

L'Equipe.fr

Pour ou contre Paris 2024 ? Quelles propositions pour le sport de haut niveau ? Qui est favorable au développement de l'économie du sport et qui se méfie du «sport business» ? A quelques jours du 1er tour, petite revue des propositions des candidats. Quasiment absent de la campagne, ce n'est sûrement pas le sport qui fera la différence au premier tour de l'élection présidentielle, dimanche. Même pas de polémique à se mettre sous la dent comme en 2012 quand la mesure de François Hollande taxant à 75% les salaires au-delà de 1 M€ avait mis le feu au foot pro (encore que Mélenchon s'y essaie en proposant une taxe plus lourde). Non, quand ils ont parlé sport, les prétendants ont tous dit à peu près la même chose, unanimes notamment pour plaider en faveur du «sport pour tous» et du «sport santé», ce b-a-ba des programmes depuis des lustres. Le sociologue Patrick Mignon pointe des paroles «très vagues» et des portes ouvertes enfoncées sur le mode «le sport c'est éducatif, c'est bon pour la santé»...Le «11» présidentiel a joué en 5-3-3 Certains ont quand même mouillé le maillot un peu plus que d'autres et des oppositions ont pu apparaître, comme sur la candidature de Paris aux Jeux 2024. Selon le chercheur Arnaud Saurois, spécialiste du management du sport à l'université de Poitiers, le «onze» des candidats a évolué en 5-3-3 : cinq ne s'y sont quasiment pas intéressé, trois - Hamon, Mélenchon et Le Pen - sont restés superficiels et les trois autres - Fillon, Macron, Dupont-Aignan - ont présenté un projet plus élaboré. Ce bilan, établi à quinze jours du premier tour, est à nuancer. les équipes de Mélenchon ont produit depuis un livret de 24 pages... Le candidat de la France insoumise est d'ailleurs l'un des plus «clivants». Pas seulement pour son hostilité - qu'il partage avec Arthaud et Poutou - à Paris 2024. Il est aussi défavorable au «naming» des stades et condamne, avec Le Pen, la «financiarisation du sport professionnel». Dans le même esprit, Cheminade avance que «les salaires des sportifs doivent être plafonnés à 20 fois le SMIC». Dupont-Aignan partage avec Fillon l'idée d'assouplir les règles du mécénat pour contribuer au financement privé du sport. Le candidat Les Républicains prône la création d'une Haute Autorité de l'intégrité... sportive.L'exception VendrouxFrançois Fillon (Les Républicains) Ses 15 mesures pour le sport visent notamment à ouvrir aux «concours privés» le financement du Centre national de développement pour le sport (CNDS) qu'il entend transformer en Agence nationale du développement du sport (ANDS). De même, il veut favoriser le financement des clubs par le mécénat et le sponsoring (Dupont-Aignan propose la même chose pour les fédérations), inciter les clubs à devenir propriétaire de leur stade et leur permettre de percevoir la taxe d'apprentissage. Sa proposition n°9 consiste à «créer une Haute autorité de l'intégrité sportive qui veillera scrupuleusement au respect de la règle, de l'arbitrage et de l'éthique pour un sport propre». L'ancien Premier ministre a confié lors d'une visite en Savoie qu'il pratiquait la course à pied et le vélo pour «faire baisser son niveau d'agressivité» dans ces «deux mois (de campagne qui) n'ont pas été entièrement sympathiques». Il a aussi jugé qu'il était «le plus en forme et de loin» des candidats. Marine Le Pen (Front National) Deux de ses «144 engagements présidentiels» concernent le sport. Le premier consiste à «créer un "contrat sportif de haut niveau" d'une durée de trois ans renouvelable», le second à «soutenir les petits clubs afin de permettre la présence d'un maximum de joueurs français (...) et lutter contre la financiarisation du sport professionnel». Elle veut aussi «imposer le respect strict de la laïcité et de la neutralité dans tous les clubs sportifs». Lors d'un déplacement en Corse, elle s'est engagée à interdire sur l'île la tenue de matches les 5 mai, date du drame de Furiani, en 1992. Depuis 2015, aucun match ne peut avoir lieu un 5 mai, mais seulement quand il tombe un samedi.Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) «Le sport est malade de l'argent, il faut le définanciariser, a expliqué le candidat à Jacques Vendroux, dans le droit fil de son programme pour le sport. Je suis contre le «naming» (donner le nom d'un stade à une entreprise en échange d'une contrepartie financière). La cotation (des clubs) en Bourse, je ne vois pas de raison que cela continue. Ce marché (des transferts), j'y suis absolument hostile.» Il dit encore : «Je ne suis pas favorable aux Jeux à Paris. Les Jeux sont des machines à sous qui détruisent beaucoup autour d'eux.» S'il accède à l'Elysée, deux autres de ses propositions risquent de faire tousser le football business. Dans le JDD du 2 avril, il explique en substance qu'il faut payer ses impôts en France pour jouer en équipe de France. Cette mesure exclut-elle les Bleus évoluant à l'étranger ou devront-ils payer un supplément d'impôts en France en plus de leurs cotisations dans le pays résident ? Une autre proposition consiste à taxer à 90% la part des salaires supérieure à 400 000 € annuels. Beaucoup plus pénalisant pour les gros salaires du foot que la taxe Hollande de 2012 (75% sur la part des salaires supérieure à 1 M€ annuel).Emmanuel Macron (En Marche !) Le quatrième des cinq objectifs pour le sport affichés par l'ancien ministre de l'Economie consiste à «valoriser le sport professionnel». Il insiste sur la reconversion : «Nous ferons en sorte que d'ici la fin du quinquennat, l'ensemble des sportifs de haut niveau soient en formation ou en contrat avec une entreprise.» Il soutient «pleinement» la candidature de Paris à l'organisation des Jeux 2024 qu'il voit comme «un formidable levier de rayonnement pour notre pays», «un atout pour l'économie française». Il prône aussi un «maillage» volontariste du territoire en équipements sportifs de proximité. En déplacement dans la station pyrénéenne de La Mongie, le 12 avril, il a rappelé qu'il avait assisté en juillet à l'étape Pau-Luchon «où Christopher Froome avait obtenu le maillot jaune. Il a eu le maillot jaune là et ne l'a plus lâché. Donc il faut garder le maillot jaune quand on l'a», a-t-il ajouté dans une allusion transparente à sa position dans les sondages.Benoît Hamon (Parti socialiste) En dehors de son soutien à la candidature de Paris 2024, le vainqueur de la primaire de la Belle alliance populaire se focalise sur le sport pour tous et le sport santé, passages obligés de tout programme. Il entend notamment «lutter contre le manque d'activité physique dès le plus jeune âge», un constat qui vient d'être confirmé par des chercheurs cités cette semaine par Le Figaro. Le candidat propose de combattre cette tendance en «multipliant les équipements sportifs légers aux abords des écoles». Plus loin, il écrit : «J'établirai, pour chaque élève, un parcours éducation-santé, avec plus de sport, l'apprentissage de la nutrition et des comportements favorables à sa santé.»Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) Il avance une solution nouvelle pour financer le sport de haut niveau. En s'inspirant du modèle de la Grande-Bretagne où une agence indépendante, UK Sports, s'est substituée à l'état, le candidat préconise de ponctionner 100 M€ environ sur les profits de la FDJ «au bénéfice des sports nous offrant les plus hauts potentiels de médailles pour les compétitions (para)olympiques».Jacques Cheminade (Solidarité et progrès) Son programme contient une charge contre ce qu'il nomme «les jeux du cirque» : «Les salaires des sportifs doivent être plafonnés à 20 fois le Smic. Et puisque les sportifs sont des êtres humains et pas des canassons, les paris sportifs seront interdits. Après tout, le sport, ce n'est pas les jeux du cirque !»Les autres candidats Les autres candidats - François Asselineau (Union populaire républicaine), Jean Lassalle (Résistons), Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) et Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste) - ont peu écrit ou parlé sport. Pas une ligne dans le programme du premier nommé. A peine davantage dans celui de Lassalle, pourtant papa de Thibault, deuxième ligne au Castres Olympique, y compris dans un long entretien à So Foot par ailleurs bourré d'anecdotes. De leur côté, les deux candidats d'extême-gauche ont surtout dit leur opposition à l'organisation des Jeux Olympiques à Paris en 2024. Poutou a réagi lundi sur France Inter aux incidents de Bastia pour «dénoncer le pognon dans le foot et les préjugés qui sont présents dans le foot et notamment l'homophobie et le racisme. Ce serait bien que le sport soit débarassé de tout ça.» Arthaud a chargé le sport pro dans un entretien à So Foot : «Ces sommes éhontées que l'on met dans le milieu professionnel, il faudrait qu'elles aillent aussi dans les équipements publics accessibles aux classes populaires.»

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