Sterling, une tempête dans un verre d’eau

QUALIFICATIONS EURO 2020 - Privé du 1000e match de l’Angleterre face au Montenegro après s’être accroché avec Joe Gomez, Raheem Sterling n’a pas été exclu du groupe et pourra jouer contre le Kosovo dimanche. C’est la décision de son sélectionneur. Trop dur pour certains, pas assez pour d’autres.

L'accrochage Sterling-Gomez pendant Liverpool-Manchester City (photo Getty Images)
L'accrochage Sterling-Gomez pendant Liverpool-Manchester City (photo Getty Images)

Il faut croire que la vie de l’équipe d’Angleterre était devenue un long fleuve un peu trop tranquille, que Gareth Southgate avait besoin d’un peu de piment après une reprise en mains, consécutive à la destitution de Sam Allardyce, parfaitement gérée, une Coupe du monde réussie (première demi-finale depuis 1990), une place au Final Four de la Nations League et une qualification pour l’Euro 2020 en vue avec la première place du groupe. Même l’épisode des supporters racistes en Bulgarie n’avait pas ébranlé le navire anglais. Mais, lundi, la terre a tremblé du côté de la petite ville de Burton upon Trent, où est exilé le centre d’entraînement des Trois Lions.

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Moins de vingt-quatre heures après s’être accroché sur la pelouse d’Anfield lors du match endiablé entre Liverpool et Manchester City, Raheem Sterling et Joe Gomez ont remis ça lors de leurs retrouvailles en sélection. Si les versions divergent quelque peu, l’attaquant des Citizens, alors attablé à la cantine de St George’s Park, aurait refusé la main tendue par le défenseur des Reds et l’aurait attrapé par le cou. Leurs partenaires auraient d’abord cru à une blague de Sterling avant de voir les esprits s’échauffer et le plateau repas du Mancunien voler dans les airs. Gomez s’en est tiré avec une belle griffure sous l’oeil droit qui n’a pas échappé aux photographes présents à l’entraînement.

3 ans, 1 mois et 15 jours sans accroc

C’est le premier accroc dans le veston du costume trois pièces si élégamment porté par Gareth Southgate depuis son arrivée à la tête de la sélection anglaise en septembre 2016. Et il lui aura fallu attendre trois ans, un mois et quinze jours pour vivre son premier tourbillon médiatique. Mais, plutôt que de tirer sur le fil au risque d’agrandir le trou, Southgate a pris une paire de ciseaux et l’a coupé, court et net, mettant fin à l’affaire Sterling avant même que celle-ci ne soit montée en épingle par les tabloïds. En accord avec certains cadres, il a puni le joueur en le privant du match de la qualification face au Montenegro, ce jeudi à Wembley, mais sans l’écarter pour autant de la sélection qui affrontera le Kosovo, trois jours plus tard.

En d’autres temps, le sélectionneur de l’Angleterre aurait renvoyé le joueur chez lui, ce qui aurait provoqué un raz-de-marée médiatique à n’en plus finir, ou alors mis la poussière sous le tapis en espérant naïvement qu’aucun tabloïd ne l’aurait découvert. Mais, outre-Manche, tout se sait, toujours et très vite. Par l’intermédiaire d’un joueur, d’un proche de joueur, d’un membre du staff ou en graissant la patte du personnel naviguant à coups de quelques centaines de livres qui arrondissent les fins de mois. Quelques heures après l’altercation, The Daily Mail a ainsi révélé l’« affaire ».

Certains lui reprochent d’avoir été trop sévère (à l’instar de Rio Ferdinand), d’autres d’avoir minimisé les faits et cherché à conserver son meilleur joueur dans la dernière ligne droite des qualifications. Parce que deux joueurs d’une même équipe en sont venus aux mains ? Cela arrive dans tous les clubs, dans toutes les sélections, sur le terrain d’entraînement comme dans le vestiaire, la salle de soins ou, dans ce cas, au réfectoire, entre le coleslaw et le fish and chips.

Les rivalités de clubs ont “tué” la Golden Generation 

En bon père de famille soucieux de ramener la paix sociale dans son groupe, Gareth Southgate s’est surtout souvenu des effets dévastateurs des rivalités de clubs passées au sein de l’équipe d’Angleterre. Il y a deux ans, presque jour pour jour, Rio Ferdinand, Steven Gerrard et Frank Lampard, assis tous les trois dans le studio de BT Sport après un match à Anfield, avaient raconté comment la rivalité qui opposait leurs clubs respectifs (Manchester United, Liverpool et Chelsea) avait déchiré la sélection anglaise pendant des années et anéanti les rêves de succès tant promis à la Golden Generation (avec Terry, Beckham, Scholes, Neville, Rooney…), comment Red Devils, Blues et Reds se retrouvaient à trois tables bien distinctes à cette fameuse cantine sans même s’adresser la parole, la faute à un sélectionneur (Eriksson, McClaren puis Capello) qui n’avait pas su ou voulu intervenir. “Cela a tué cette équipe d’Angleterre, cette génération”, regrettait Ferdinand. Une cicatrice que Southgate a bien l’intention de ne pas voir se réouvrir devant la rivalité émergente opposant, depuis deux ans, Manchester City et Liverpool.

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