Surf - Aventure : Louison Sentenero, une vie de surf en Islande

L'Equipe.fr
·5 min de lecture

Louison Sentenero est un surfeur français expatrié en Islande. À 27 ans, il s'épanouit dans un environnement sauvage, en communion avec une nature brute et spirituelle. Rencontre.

Louison Sentenero est ce qu'on pourrait appeler un chineur de vagues. Les yeux rivés sur les prévisions de houle, il traque l'arrivée du swell. Son terrain de jeu n'a pas d'égal : 5 000 kilomètres de côtes, d'innombrables fjords et montagnes à franchir pour atteindre le spot convoité. Et c'est bien là où l'originalité de son histoire prend tout son sens.

lire aussi
Toute l'actu du surf

Basque d'origine, il prend goût au surf dès son plus jeune âge sur la côte vendéenne, là où il grandit. Etudiant à La Rochelle en tourisme sportif, il commence à entrevoir les prémices de son aventure islandaise par le biais d'une rencontre - avec celle qui deviendra sa copine - puis d'un souhait commun, celui de partir s'installer ensemble dans un nouveau pays. « Je voulais un territoire sauvage où la nature a encore tous ses droits, explique Louison Sentenero. L'Islande était la destination idéale. »

Le Français pose d'abord ses valises dans la capitale, Reykjavik, mais en a « vite marre de la ville », et s'installe à 500 m, dans un village de pêcheurs à l'ouest de l'île, Patreksfjörður, un territoire isolé. « Les routes sont régulièrement coupées par la neige », ajoute-t-il.

Le jeune homme trouve un poste de mécanicien dans un garage pour « payer les frais d'aventure » et précise à ses patrons que, dès qu'il y a du surf, il ne faut pas compter sur lui... « Ils m'ont un peu pris pour un fou mais ont accepté. » Un mode de vie assumé mais qui aura raison de son couple. « J'étais toujours à droite à gauche », reconnaît-il.

Sa mobilité quasi constante, la plupart du temps en solitaire, le Vendéen la doit à son van, un Mitsubishi de 1991. « C'est ce qui se rapproche le plus de ma maison. Il m'a permis de me développer, de vivre mes passions. »

Au volant de celui qu'il surnomme le « Black Pearl », il sillonne les routes islandaises à la recherche des meilleures vagues en s'aidant des cartes terrestres et marines, et des prévisions météorologiques. « C'est de l'exploration à l'ancienne, un retour aux origines du surf. »

De longues heures de prospection qui peuvent parfois s'avérer infructueuses. « Des fois, toutes les conditions sont réunies et ça ne marche pas. C'est aussi ça la magie du surf. J'ai déjà attendu pendant cinq jours à faire des feux sur la plage. Mais quand ça fonctionne, je me retrouve seul à surfer, entouré de montagnes enneigées, un pur bonheur. » Une topographie qui lui permet d'allier surf et montagne, sa seconde passion. « À certains endroits, je sais que de grands couloirs enneigés finissent sur un spot. Je descends la vallée à skis avec mon surf sur le dos. »

Cela fait maintenant cinq ans que Louison Sentenero parcourt la terre de glace et de feu. Il a fait le choix, depuis deux ans, de revenir en France pour y passer le printemps et l'été, afin de retrouver sa famille et ses amis et de gagner un peu d'argent par le biais de son activité de charpentier.

À l'approche de la saison hivernale, il reprend la route direction l'Islande. « C'est une atmosphère particulière où l'homme n'est plus en contrôle de rien, ça permet une sorte d'introspection. »

En osmose totale avec l'environnement qui l'entoure, le Français a appris à « lire l'océan et à comprendre ce qui se passe dans l'eau. » Quand il sent qu'il dérange, il n'hésite pas à sortir. « Si les phoques sont en train de couver leurs bébés, quel droit tu as, juste pour ton propre plaisir, à venir déranger un écosystème ? questionne-t-il. Il s'agit d'être respectueux. Ce que je suis venu chercher ici, c'est la possibilité de vivre en harmonie avec la nature et mes instincts. »

Le surfeur expatrié doit également faire face à la rigueur des éléments avec une eau à deux degrés et une température extérieure avoisinant les -13°C. « J'ai mis en place un entraînement de bains froids, c'est devenu une sorte de drogue. Même bien entraîné, des fois je me pèle », concède-t-il d'un sourire. Il s'équipe d'une épaisse combinaison, de gants et chaussons. « J'ai aussi la cagoule intégrale et je badigeonne tout ce qui dépasse de vaseline pour éviter de geler. »

L'arrivée d'une nouvelle génération de surfeurs
Ils sont de plus en plus à braver le froid et à se mettre à l'eau sur les côtes islandaises. « Quand je suis arrivé, il y avait une trentaine de surfeurs réguliers, dont 29 à Reykjavik, plaisante-t-il. L'Islande n'est pas un pays de surfeur. C'est un pays de pêcheurs. Ils cherchent à éviter les vagues. » Il voit cependant une nouvelle génération émerger et prévoit, dans les prochaines années, de produire un film sur « la beauté de l'Islande » mais aussi pour « alerter sur la surpêche, les fermes à saumons et la pollution des fjords. » De quoi continuer à rendre à cette île tout ce qu'elle lui apporte.