Surf - CT - Pipe Masters/Maui Pro - John John Florence triomphe enfin au Pipe Masters, Tyler Wright remporte le Maui Pro

L'Equipe.fr
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John John Florence a enfin remporté, ce dimanche sur le spot de Banzaï Pipeline à Hawaii, le Pipe Masters, première manche de la saison 2021. Tyler Wright s'est, elle, imposée lors du Maui Pro. Pendant le compte à rebours, avant même que le coup de trompe ne retentisse, la foule a exulté. Cris et applaudissements se sont élevés pour célébrer la victoire de l'enfant chéri du coin, John John Florence, à ce drôle de Pipe Masters. Le kid d'Haleiwa en a rêvé toute sa vie, le voici enfin aux anges. Enfin, car le sort semblait s'acharner sur lui, lui qui surfe cette vague de Pipeline depuis qu'il est gosse, lui qui la surfe à la perfection et les yeux fermés, lui enfin qui n'avait pas encore mis la main sur ce Graal qui le fuyait, comme en 2013 et 2017 quand, respectivement Kelly Slater et Jérémy Florès lui ont volé la vedette. L'Hawaiien a eu beau décrocher deux couronnes mondiales, ce qu'il avait depuis toujours en ligne de mire - il nous l'a avoué lors d'une interview chez lui en mars 2015 -, c'était de triompher sur ce spot mythique de Banzaï Pipeline, devant son public, ses amis, sa famille. C'est désormais chose faite. L'astre "JJF" a brillé en finale cette 50e édition du Pipe Masters en éclipsant la machine Gabriel Medina.

Il était écrit que ce Pipe Masters ne ressemblerait à aucun n'autre, qu'il serait hors des standards. Il a démarré un peu miraculeusement, en plein coeur d'une pandémie mondiale, où les Etats-Unis sont en état d'alerte maximum avec plus de 300 000 morts. Mais qu'à cela ne tienne, la World Surf League a redoublé d'efforts et de motivation pour lancer cette saison 2021, après une année 2020 blanche. Et pendant longtemps, l'affaire a tourné au fiasco. Une attaque de requin mortelle est venue déposer un grand voile noir sur le Maui pro, l'épreuve féminine, avant que des cas positifs au Covid-19, malgré un protocole très strict, ne viennent suspendre ce Pipe Masters au scénario complètement fou et à l'issue du coup très incertaine. Finalement, et alors qu'une houle magique a déferlé sur Banzaï Pipeline pendant cette suspension de cinq jours, la compétition a repris jeudi avant de s'achever de la plus belle des manières ce dimanche, avec la présence, aux deux extrémités du site, d'un public bouillant. Cette dernière journée est par ailleurs historique avec pour la première fois - en compétition - la présence des surfeuses pros. On y reviendra. Ce dimanche, John John Florence aura surfé trois séries : il a d'abord surclassé Leo Fioravanti en quarts, avant un duel épique avec Kelly Slater. Les tubes étaient alors monstrueux et, sur la plage, l'ambiance folle. Le temps semblait alors s'être arrêté. Malgré les masques (plus ou moins porté il faut bien l'avouer), cette sinistrose liée au Covid semblait loin, très loin. Et l'élève a éclipsé le maître Slater, toujours aussi inoxydable à bientôt 49 ans. Et en finale, après un début de série compliqué, où Medina a imposé son rythme et mis sa pression habituelle, l'Hawaiien a su se montrer patient, pour choisir les bonnes vagues, les bombes qui allaient lui permettre de décrocher la lune.

Florès éliminé en quarts Ce Pipe Masters a confirmé plusieurs choses. Le retour au sommet de Florence, après ses saisons 2018 et 2019 pourries par des blessures, sans quoi il aurait sans doute - il était parti pour à chaque fois - raflé au moins un autre titre mondial. Que Medina et Ferreira seront à n'en pas douter ses plus féroces adversaires pour le titre. Que Kelly Slater est loin d'être fini, sa motivation est toujours aussi intacte. Et enfin que Jérémy Florès demeure bien un des meilleurs surfeurs à Pipe. Le Français a été éliminé en quarts de finale par Italo Ferreira, lequel s'est blessé à une hanche pendant la série, ce qui l'a fortement handicapé en demies face à son compatriote Medina. Florès a longtemps subi avant de trouver la lumière sur Backdoor, mais les juges n'ont pas été séduits plus que ça par cette démonstration qui aurait pourtant pu/dû mériter mieux. Eternel débat... Maui Pro : le hold-up de Tyler Wright Au coeur de cette journée à rallonge, les dernières surfeuses en lice du Maui Pro se sont invitées à la fête. Rien d'évident pour elles, sur un spot qu'elle ne fréquente que très rarement, de temps en temps pour certaines, jamais pour les autres. Et cela s'est vu. Mais on ne peut pas leur en vouloir. Poussée par un public extatique à chaque fois qu'elle s'engouffrait dans un gros barrel, Carissa Moore a été la seule à véritablement émerger. L'Hawaiienne maîtrise un minimum cette vague et ces derniers matins elle était à l'eau au lever du soleil pour une intense session de freesurf. Mais cela n'a pas suffi. Championne du monde en titre, Moore a survolé sa demie face à Tatiani Weston-Webb avant de se faire voler la vedette en finale par Tyler Wright, laquelle a réussi le hold-up parfait avec une dernière vague à 3,17 sur Backdoor qui lui a permis de renverser la vapeur dans les ultimes instants. Dans cette série lénifiante où les bonnes vagues étaient absentes, Moore n'a pas su trouver un back up à la hauteur de ce qu'elle méritait. Le destin est parfois cruel.

Pour Tyler Wright, c'est un retour fracassant après deux années plombées par une obscure et inquiétante maladie, qui l'a mise à terre aussi bien physiquement que psychologiquement. Durant cette première manche, l'Australienne aura marqué les esprits lors du quart de finale contre Stephanie Gilmore, avec un surf quasi parfait, puissant et radical. Tous les surfeurs du circuit pro vont rester à Hawaii jusqu'à la prochaine étape, programmée du 19 au 28 janvier sur une vague un peu plus au nord, la très compliquée Sunset Beach. Une autre histoire.