Surf - Handi - Thomas Da Silva, le surf pour appréhender la vie sans ses yeux

L'Equipe.fr
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Surfeur non-voyant, le Basque Thomas Da Silva est champion de France handi et 6e mondial. Il rêve des JO et de partir à Tahiti. Portrait.

Leash à la cheville, sur la plage d'Hendaye, le jeune surfeur tente de ressentir les conditions face à l'océan. Son binôme est à ses côtés et lui indique ceci : « Ce n'est pas très gros, il doit y avoir un mètre mais ça déroule bien ».

Au pic, impossible de le distinguer des valides. Thomas Da Silva (20 ans) est non-voyant. Si rien ne le prédestinait au surf, il y consacre aujourd'hui une grande partie de sa vie. Féru de moto-cross, Thomas a été victime d'un AVC en 2011, à l'âge de dix ans. Après un mois dans le coma, il a dû tout réapprendre. « C'était comme une deuxième naissance mais sans mes yeux », confie-t-il.

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Contraint d'abandonner sa passion, il n'envisage d'abord pas de reprendre le sport... jusqu'à ce qu'un ami lui présente Jean-Marc Saint-Geours, vice-président de la Fédération française de surf chargé du handicap et fondateur de l'association Surf santé. « Je n'avais jamais surfé, je n'attendais rien », assure-t-il. Après un entraînement intensif en piscine, son entraîneur repère ses prédispositions.

À 13 ans, le jeune homme atteint de cécité se lance sur sa première mousse, sur son spot de prédilection, le Marinella à Anglet, aux côtés de champions comme Pauline Ado, Kim Veteau et Fred David.

« Je me souviens encore de mes sensations incroyables. On se lève, on prend de la vitesse, on a l'impression de voler, je voulais recommencer tout de suite », se souvient-il avec enthousiasme. « Quand il est sorti de l'eau, il était métamorphosé », ajoute Saint-Geours, qui l'a pris sous son aile. Cette passion naissante pousse son père à apprendre le surf pour l'accompagner.

« Je suis ses yeux, on ne fait qu'un »
Deux ans après ses débuts, Thomas Da Silva fait la rencontre qui fera basculer sa carrière. Après douze ans à enchaîner les podiums, Amandine Sanchez suit une formation handisurf. « Je n'ai rien appris mais j'ai rencontré Tom, ça a été évident », avoue celle qui est devenue son binôme.

Le handicap du Basque l'empêche d'être autonome. Il doit surfer en duo afin d'être guidé avant d'entrer à l'eau et au line-up : « rame », « gauche », « droite ». « On a des codes entre nous », insiste Thomas. S'il a l'habitude de partager ses sessions, seule la championne réussit à lui préciser la distance qui le sépare de la vague afin de placer l'intensité de la rame.

« Je ne pense pas avoir de compétence particulière, souligne-t-elle humblement. Ce que je fais avec Tom, je n'arriverais pas à le faire avec un autre élève. On s'est trouvé, je suis ses yeux et on ne fait qu'un. Ce qui est incroyable avec lui, c'est qu'il vous donne l'impression que tout a été facile. On oublie souvent son handicap tellement il est à fond. On ne voit pas que pour arriver à ce niveau, il a dû fournir le double d'efforts. »

Avant de se lancer dans sa session, Thomas Da Silva prend une « vague test » pour appréhender la taille et la puissance de la houle. « Ce qui est cool, c'est que je n'ai pas ce blocage psychologique des grosses vagues, je ne les vois pas et ça prouve bien que tout est dans la tête. »

Les conditions que Thomas déteste le plus, c'est le vent. « Je n'arrive pas à me repérer et je n'entends plus les indications, parfois je me retrouve à ramer dans le mauvais sens. » Le soleil, au contraire, est un point de repère précieux.

Sixième mondial en Californie
Licencié au Bascs à Biarritz un an après, tout s'enchaîne pour lui. Il prépare ses premiers Championnats de France 2018 mais une embolie pulmonaire l'empêche d'y participer. L'année suivante, cet éternel optimiste est sacré champion de France de sa catégorie.

En 2020, il a signé une belle 6e place aux Mondiaux, en Californie. « À seulement deux points de la finale », souligne-t-il avec une pointe de déception.

« En compétition handi, le temps passé sur la vague rapporte des points, mais je suis là pour surfer, j'aime bien tenter des choses », explique le jeune homme qui envoie quelques manoeuvres comme des petits rollers, des re-entry et plus récemment des cutback, « depuis qu'[il a] appris qu'un américain non-voyant l'avait réussi ». Le parasurf prend de l'ampleur avec près de 400 licenciés en 2020 selon l'association Handi Surf fondée en 2012.

Cette année, le Bayonnais étudiant en BTS tourisme à Lourdes, se concentre sur son examen. En septembre, il espère intégrer l'université de Tahiti, pour surfer la mythique gauche de Teahupoo. « Ce serait l'occasion de continuer mes études tout en accordant une place plus importante au surf. »

Avec l'entrée de cette discipline aux JO, Thomas rêve des Paralympiques. « C'est un peu le Graal de tous les sportifs mais j'essaye de ne pas me projeter trop loin et rester concentré. » À plus court terme, Thomas Da Silva voudrait s'initier au tow-in, le surf tracté par un jet-ski. Un autre sacré défi.