Surf - Laird Hamilton : «Si tu veux être intelligent, il faut que tu aies peur»

L'Equipe.fr

Laird Hamilton a 53 ans. Sa mère a accouché de lui dans de l'eau salée, son père les a abandonnés. Il a rencontré son beau-père sur une plage d'Hawaii avant de bâtir toute une vie sur les plus grosses vagues de la planète. La peur, le plaisir, l'océan : avec ce philosophe du surf, l'interview « leçons de vie » s'impose.Ce que vous aimeriez que l'on retienne de vous ?« Que j'étais quelqu'un d'honnête, d'honorable, de loyal, de courageux, de humble. Mais aussi un bon mari, un bon père, un bon ami. Et dans le surf, que j'ai su partager et bien représenter l'esprit véritable du surf, à travers une certaine liberté. J'aimerais aussi que l'on retienne ce que j'ai influencé, tout en ayant conservé les bases polynésiennes et hawaiiennes. Ils ont créé le surf et l'ont développé. J'ai représenté leur intérêt à travers ma philosophie. »Le plaisir ?«La façon dont je transmets le plaisir du surf aux gens est ma manière de surfer. Je crois que si vous voyez les choses que je fais, vous serez convaincu que je prends beaucoup de plaisir. Mes enfants, je veux qu'ils me voient quand j'en aurais fini avec le surf de grosses vagues. Et qu'ils se disent : wouah ! papa a fait ce truc, il a le feu sacré !»La liberté ?« C'est la même chose que le plaisir. La façon dont je surfe, mon approche des choses, et la façon dont je vis ma vie, c'est un aspect de la liberté. J'ai élaboré ma vie pour être libre. Je le suis autant qu'il est possible de l'être. Quand le vent souffle, je bouge avec. J'ai si peu de contraintes dans ma vie, alors que je suis marié, père... J'ai des amis, je vis en société. On peut être libre sans forcément être un sans-abri. C'est aussi pour ça que j'ai préféré le free surf à la compétition, je ne me suis pas restreint. Je n'ai pas eu à contenter des gens. Enfin, je l'ai fait mais de la manière que je voulais. »Votre philosophie ?« Ma philosophie est qu'il n'y a pas une bonne et une mauvaise façon de surfer une vague. Il y a juste plusieurs manières de faire. Il s'agit surtout de prendre du plaisir soi-même. La seule mauvaise direction est si vous ne prenez pas de plaisir. Ma philosophie est donc d'être inspiré par des choses que l'on veut vraiment faire, que l'on aime faire. Si j'avais perdu mon désir de surfer, ça aurait été un péché, comme une culpabilité. Le surf m'a apporté les meilleures choses dans ma vie. Je n'ai jamais voulu perdre cet amour et ce plaisir. Perdre ça, ça aurait été la pire chose de ma vie, ça aurait été terrible. »Le courage ?« Surfer dans les plus grosses conditions te rend courageux. Et ça rejaillit dans tous les aspects de ta vie. Quand tu accomplis quelque chose par ton courage, ça t'apporte de la confiance et de la force. Mon courage m'a permis de survivre.»La peur ?« La peur est une nécessité. Elle est très importante. Quand tu évalues ou essaies de comprendre les conséquences de la vie, tu te rends compte à quel point il est facile de mourir. Ça peut prendre une seconde. Vivre est un peu plus compliqué. Ma plus grande peur est sans aucun doute de ne pas vivre la vie intensément et ne pas utiliser tout son potentiel. Et la peur permet de vous garder vivant et de comprendre le pouvoir de l'océan, d'une vague, d'une femme... La peur est un élément qui t'amène à respecter les choses mais aussi à te rendre plus intelligent et plus compréhensif. Donc, si tu veux être intelligent, il faut que tu aies peur. »La plus grosse peur pendant une session ?« Il y en a eu plein. Dans ma jeunesse, j'ai souvent eu peur. Je suis devenu familier de la peur, comme un client. J'ai eu plusieurs fois très peur, à Jaws par exemple, mais également à Teahupoo. J'ai eu des peurs très intenses. C'était parfois très chaud avec ma foil board, je me suis même un jour perdu en mer. Chaque année, il m'arrive une grosse frayeur. »La nature ?« La nature est vivante, le monde est vivant. Nous en sommes une partie. Quand nous détruisons la nature, nous nous détruisons nous-mêmes. Nous sommes connectés à la nature, et la nature est nous. Il n'y a pas de séparation. La terre est malade et les hommes le sont aussi. Nous ne sommes justement pas assez connectés à elle, il existe comme une forme de déni. La destruction de la nature prouve à quel point nous sommes ignorants et bêtes. Tuer tous les poissons, détruire les rivières, raser les forêts, cela a des conséquences sur nous. Pour moi, ça heurte ma compréhension et ma relation avec l'océan. Pour que les gens changent de mentalité, je leur conseille d'avoir plus de plaisir, de faire plus de sport et d'être en meilleure santé. Ces choses-là font la différence. »Optimiste ou pessimiste ?« Je suis toujours optimiste. Mais cela ne m'empêche pas d'être réaliste. Je suis conscient que certaines choses ont de profonds effets néfastes. Mais il est parfois compliqué de modifier les rayures du tigre (sic). Pour nos enfants, il est important de changer les choses, du moins d'essayer. »

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