Surf - Molécule (dj) : « Nazaré m'a profondément marqué »

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Célèbre dj-producteur, le Français Molécule sort ce vendredi un nouveau disque complètement barré : il a capté des sons d'ambiance de la vague de Nazaré. Un maxi 5 titres et un documentaire sortent ce vendredi. « Vos disques sont très conceptuels : il y a eu l'album « 60°43' Nord » enregistré sur un chalutier (2016), le suivant «-22.7°C » au Groenland (2018) et aujourd'hui vous avez mis le cap sur Nazaré et sa vague aussi mythique qu'impressionnante. Pourquoi Nazaré ?
À chaque fois, je recherche des environnements où la nature est dominante, où je peux l'entendre, l'écouter, l'enregistrer et vivre des émotions fortes. Quand j'ai vu les premières images de Nazaré avec Gareth McNamara, j'ai été profondément marqué. Je n'entendais pas le son mais je me suis dit que c'était un événement sonore. C'est resté dans un petit coin de ma tête et puis, un beau jour, j'en ai parlé à mon équipe. On a rencontré des gens super dans le Sud-Ouest et on a monté un team pour mener à bien ce projet. Ce vendredi : avant-première du documentaire au Grand Rex et release party au Rex Club Avant ce flash, quelle était votre relation au surf, à l'océan ?
Je suis un proche de la mer donc, l'élément marin, l'eau, c'est quelque chose qui me parle. Esthétiquement, ce sport m'a toujours fasciné. Petit, je lisais beaucoup de magazines de surf alors que paradoxalement je n'ai jamais surfé dans ma jeunesse, je n'ai pas cette culture. Ce milieu, c'est aussi une découverte : les acteurs, l'esprit... parce qu'il y a un vrai esprit. Il colle à votre univers ?
Il colle en tout cas parfaitement à ma démarche. À chaque fois, pour mener à bien mes projets, j'essaye de convaincre les gens de me suivre. Il y a un côté humain important qui fait que j'arrive à les réaliser même si les gens ne comprennent pas toujours trop bien. Là, il y a eu une vraie sensibilité commune à la nature, à la mer et à l'écoute finalement. Car, si le milieu du surf a depuis longtemps mis l'accent sur l'esthétique des images, ce n'est que récemment qu'il s'est vraiment préoccupé du son. Ce projet a fait écho dans la communauté surf parce que je suis arrivé avec un challenge artistique et technologique. Capter l'esprit et l'ambiance d'un spot comme Nazaré, c'est un sacré challenge, non ?
Effectivement ! D'ailleurs, beaucoup de gens m'ont dit : « Tu ne commences pas par le plus facile » (rire). Mais, j'aime les défis et je n'ai pas été déçu.
Comment avez-vous capté ces sons ?
Déjà, ce qui m'intéresse, ce sont les enregistrements immersifs, pour à l'écoute, créer une immersion totale. On a utilisé différents types de procédés et de micros, et on a tenté des choses, certaines ont marché. On a perdu beaucoup de matériel. Il y a quelque chose qui m'a beaucoup marqué, c'est le silence sur le spot. Quand on est sur la côte, on entend toutes ces vagues, cette déferlante qui crée une espèce de marasme sonore, c'est très fort, très bruyant. Mais quand on est sur l'eau, c'est complètement silencieux parce que la vague emporte avec elle tout le son. C'est assez étonnant. J'ai fait une expérience, où j'ai mis deux micros à l'entrée des conduits auditifs d'Othmane Choufani. C'est une expérience assez intense, on voit toute l'énergie, toute la violence de l'élément. On a aussi installé des micros sur deux autres surfeurs, Alex Bothelo et Benjamin Sanchis, sur des bouées au large, sur moi qui étais en jet-ski, etc. Et ces sons viennent s'imbriquer dans des morceaux que vous créez et qui sont inspirés par ce que vous avez vécu pendant ces deux jours sur le spot ?
C'est exactement ça. Le disque comprendra cinq tracks. Chaque morceau de l'album décrit une facette du projet. Comme la découverte : c'est un morceau assez anxieux, assez ténébreux. Un autre, c'est l'intensité du ride, du spot. Il y en a un beaucoup plus convivial parce que c'est aussi une aventure collective et que les surfeurs sont des bons vivants. Il existe une sorte de fraternité, une chaleur humaine très forte, c'est une communauté. Et puis, il y a un dernier morceau qui est sur les réminiscences. Ça m'arrive, un an après encore, de me réveiller en sueur avec l'impression qu'il y a des choses derrière moi qui vont me tomber dessus. J'ai dans la tête des images très fortes, ce n'était toutefois pas la plus grosse session de Nazaré. Il y avait entre 15 et 20 mètres, mais ça déjà c'est terrible. La phase de création a-t-elle été facile ?
Oui. Sur des projets comme ça, je me laisse guider par les enregistrements, par le vécu, et les notes de musique viennent se poser dessus. C'est comme ça que je procède, j'essaye d'être le plus naturel et le plus tranquille possible. Le mieux, c'est d'écouter ce disque en fermant les yeux ?
Il y a différents types d'écoute. Ça peut s'écouter en dansant, en rigolant, seul, dans quelque chose de très immersif... Il n'y a pas de règles en fait (rires). » Pedro Winter (producteur) : « Avec Nazaré, Molécule a commencé fort » « Romain (Molécule) est un voisin d'Ed Banger dans le 18e (arrondissement de Paris). On s'est croisé pas mal de fois et j'avoue que j'ai toujours été excité par ses projets d'expérimentations sonores. Son premier projet, qui était de partir pour trois semaines sur un chalutier enregistrer des bruits du matériel de pêche pour en faire ensuite un album de musique électronique, cela m'avait intrigué. J'avais participé à ma façon en fabriquant un vinyle, c'était son premier disque physique. Ensuite, il est parti au Groenland enregistrer des craquements de neige. Et là, ce projet d'aller capter les plus grosses vagues... Avec Nazaré, il a commencé fort. Pourquoi pas Peahi (Jaws à Hawaï) et Teahupoo un de ces jours, si on arrive à mettre tout ça en place. Pour Nazaré, il est venu me présenter le projet. Je n'ai pas réfléchi très longtemps. J'ai eu envie de l'accompagner, de participer, d'une part parce que c'est une culture qui me passionne, même si je n'en fais pas partie - je fais du surf une fois par an mais je suis fasciné par l'océan et transcendé par les surfeurs et notamment ceux de grosses vagues. Ce qui m'a plu et convaincu, c'est l'idée de combiner ça à la musique électronique, avec ce côté expérimental et un peu aventurier de sa part. Moi, je n'aurais pas le courage de faire ce qu'il a fait, que ce soit le chalutier, le Groenland et Nazaré. Tout cela m'a beaucoup plu et j'ai donc décidé de l'accompagner à ma façon, comme producteur avec mon label Ed Banger. Je suis aussi éditeur, pour la partie musicale, on cofinance aussi le documentaire. »

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