Surf - Nazaré - Surf : Justine Dupont et Kai Lenny ont fait le show à Nazaré

L'Equipe.fr
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Les plus grands surfeurs de gros étaient présents ce jeudi à Nazaré pour profiter d'une houle exceptionnelle. La Française Justine Dupont et l'Hawaiien Kai Lenny ont fracassé le spot de Praia do Norte. Ceux qui ont fait le déplacement depuis l'autre bout du monde pour surfer ce jeudi à Nazaré ne regretteront assurément pas cette incroyable session au long cours vécue dans des vagues gigantesques, qui culminaient facilement à plus de vingt mètres. Cette première grosse houle de l'hiver est une des plus belles vues à Praia do Norte depuis des années. Tout a donc commencé très tôt, bien avant l'aube, pour finir très tard, au coucher du soleil. Une parenthèse enchantée, de la nuit à la nuit. Il était 6h20 quand une horde de voitures a déboulé à tout berzingue au port. Que des berlines, garés sportivement devant un entrepôt, celui des athlètes Red Bull. Cela ne s'invente pas. Kai Lenny et Lucas Chianca sont déjà surexcités. Vingt minutes plus tard, alors qu'il fait encore nuit noire, Justine Dupont arrive à son tour, bien réveillée et toujours avec le sourire. Mais la tension est palpable, et le temps compté. Elle et Fred David, son compagnon et partenaire de jet-ski, sont déjà en tenue, la double combinaison ayant été enfilée à la maison. De l'électricité dans l'air La veille, le jet de Justine et Fred a fait des caprices. Un souci moteur, avant une session l'après-midi pour le moins tendue. La Brésilienne Maya Gabeira leur a tout bonnement foncé dessus... Les deux clans ne s'apprécient guère, c'est un euphémisme... Cette fois, l'engin démarre tout seul. C'est le soulagement. Justine Dupont court un peu dans tous les sens. Elle ne veut pas perdre une miette de cette journée qui s'annonce historique. Aucune seconde n'est à gâcher. Il est 7h, l'heure des premières lueurs. Le ciel est dégagé. Les pêcheurs du coin filent vers le large, le soleil comme allié, en quête d'une pêche fructueuse. Justine Dupont quitte le port à son tour, escortée par deux jets, drivés par ses amis de la safety Clément Nantes et Pierre Caley. Ils sont une quinzaine à s'installer au line up, une bonne dizaine de milliers calés sur la célèbre falaise pour assister à ce spectacle hors norme. À 9h45, un surfeur prend une grosse boîte. Trois jets partent à sa rescousse dans l'immense écume blanche. Au bout de trente secondes infiniment longues, les sauveteurs récupèrent le miraculé sous les applaudissements d'un public qui ne cessera de mettre l'ambiance à chaque vague prise. La beauté et le son des ténèbres Une brume épaisse enveloppe le spot et fait même disparaître du paysage les éoliennes, plantées au milieu de la forêt derrière le phare. La très faible visibilité n'altère en rien l'ardeur des surfeurs en quête d'adrénaline. Le ballet des jets assure le spectacle entre deux vagues. Ça enchaîne presque sans répit. Le surf de gros, ça se regarde avec les yeux grands ouverts, des yeux d'enfants. Mais ça s'écoute aussi. L'un ne va pas sans l'autre. Les vagues s'écrasent avec fracas, ça tonne à tout va, comme une symphonie. La beauté et le son des ténèbres. À 10h10, Justine Dupont prend une bombe en droite face au phare. Elle est suivie de peu par Kai Lenny. L'Hawaiien, formidable waterman, s'envoie en l'air sur la crête. Lenny a toujours eu le sens du spectacle. À Nazaré, il assure le show. À 10h36 a lieu l'acmé de la matinée : deux surfeurs partent encore sur la même vague, chacun dans son coin, sauf que là, leur ride va se croiser, l'un venant percuter l'autre avant de chuter. Trajectoires folles et insensées, image rare. Si le temps s'est arrêté, la catastrophe a été évitée. De peu et on se demande encore comment. Juste avant midi, Justine Dupont reprend une bombe, encore une. Praia do Norte est son jardin. Cette fois, elle a été tractée par la légende Garrett McNamara. Le boss des lieux l'a déposée sur deux vagues géantes, avec un savoir-faire déconcertant. Deux avions de chasse survolent le spot et fracassent le ciel azur sans tache. Après cinq heures à défier cette houle magique mais éreintante, la Française se met alors en retrait à gauche du spot, au sud, côté ville. Sur le jet, avec Fred David, elle temporise. Ça sent la pause déjeuner bien méritée. Les vagues se calment, les food-trucks font le plein. Infatigable et insatiable, Kai Lenny a dégainé le foil. Il prend vague sur vague, bien calé sur sa planche volante et sa dérive géante. Les bras allongés, tel un albatros, il est le roi du spot. L'après-midi, la houle sera plus calme, moins désordonnée, les vagues un peu moins creuses. Mais quelques bombes continuent d'arriver, d'alimenter l'appétit sans fin de ces fous de la glisse. Après un gros break, Dupont repart à l'eau. Pour profiter jusqu'au bout, jusqu'au coucher du soleil, de cette journée magique, qui assurément fera date. Justine Dupont « Être avec lui (Garrett McNamara), la légende, c'était juste magique » « Je veux toujours faire mieux, donc j'aurais aimé avoir de meilleures lignes sur mes vagues, nous a confié Justine Dupont, ce jeudi soir une fois revenue au port. C'était dur le matin, parce que ça allait très vite. On n'a pas l'habitude d'avoir un swell aussi gros. C'était vraiment très puissant, beaucoup plus que lors de la compétition (WSL) en février dernier. Donc j'ai eu un peu de mal au début. Mais il y a eu un moment super : Garrett (McNamara) a accepté de me tracter. Grâce ça lui, j'ai pris deux super bombes. Être avec lui, la légende, c'était juste magique. Aussi, avec Fred (David), Clément (Nantes) et Pierre (Caley) j'étais super bien entouré, cela ne pouvait pas être mieux, je suis la chanceuse de la session. »