Surf - La Réunion - Christophe Mulquin : « S'orienter vers une pratique encadrée » du surf à La Réunion

L'Equipe.fr
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Chargé de mission, Sports et activités nautiques au Centre Sécurité Requin à La Réunion, Christophe Mulquin nous décrypte les perspectives du dispositif visant à réduire le risque d'attaques sur le spot de Saint-Leu. « Le dispositif visant à réduire le risque requin à Saint-Leu est parti pour une expérimentation de 18 mois. Pourquoi cette durée ?
Ce que le Centre Sécurité Requin, avec l'association Leu Tropical Surf Team, a mis en place, c'est un laboratoire d'expertise. Nous avons été orientés là-dessus le 5 novembre dernier par monsieur le préfet. On a six mois pour avoir un premier retour d'expérience avant de commencer à travailler sur la duplication de ce dispositif vers d'autres spots de façon à ouvrir au plus grand nombre de surfeurs. Sur Saint-Leu, on vise 240 jours d'ouverture dans l'année. Après ce retour d'expérience à l'issue de six mois, on saura combien de personnes ont été concernées, si tout le monde joue le jeu et si ce n'est pas trop lourd en termes de gestion. Après ça, on verra à s'interroger pour diminuer le rideau défensif (engins de pêche avec des alertes de capture, installés aux abords des spots et présence de jet-skis), car là on est dans une sécurité très élevée et très chère. On fera un bilan de façon à réfléchir à la façon de dupliquer ce dispositif sur les spots de l'Étang Salé, l'Ermitage, Trois Bassins et les Roches Noires. lire aussi On peut enfin surfer à Saint-Leu, en toute légalité Quelles sont à ce jour les problématiques rencontrées ?
Nous sommes dans une réserve marine qui a une réglementation stricte. Donc on ne peut pas pêcher n'importe où. Aujourd'hui, on peut déployer la pêche sur la zone de protection standard mais pas sur la zone de protection renforcée. Les plages de Boucan Canot et les Roches Noires sont en zone de protection renforcée, et il y a une réflexion et un travail qui est entamé entre le Centre Sécurité Requin et la réserve marine pour pouvoir trouver des solutions pour la pêche des requins bouledogues. Si, malgré ce dispositif, un requin arrive à se faufiler dans la Baie de Saint-Leu, que se passe-t-il ?
On considère que, si le requin bouledogue n'a pas été pris par la pêche de nuit, il devrait être pris par la pêche de jour. Si ce n'est pas le cas, et qu'il se rapproche des usagers de la mer, on ose espérer le repérer avec les jets. Avec leurs lunettes polarisées, la waterpatrol a une super vision des fonds marins, à plus de 8 m de fond. Si le requin passe entre les deux jets, et qu'il approche d'un surfeur équipé d'un EPI de bonne qualité, le requin prendra alors une décharge et il fera demi-tour. Évidemment, les jet-skis seront alertés dans la seconde et le spot est évacué. « Il y a une grosse adhésion de la communauté des surfeurs. Ils se sentent beaucoup plus en sécurité avec des jets autour d'eux » Même s'il faut six mois pour un premier vrai bilan, quels sont les premiers retours que vous avez de ce dispositif ?
Que la partie "opérationnelle" sur l'eau fonctionne bien. Il y a une grosse adhésion de la communauté des surfeurs. Ils se sentent beaucoup plus en sécurité avec des jets autour d'eux. Il y a toutefois encore des ajustements à faire, notamment sur l'information et la sensibilisation sur le fait d'être impérativement équipe d'un EPI (Équipement de protection individuel, installés sur les planches de surf, ils ont un rôle de répulsion) pour entrer dans l'eau. Car si ce n'est pas le cas, ils sont encore sous le régime d'un arrêté préfectoral. Il y a aussi le volet logistique qu'il faut prendre en compte, comme le délai de déploiement. Le temps de mettre les deux jet-skis dans l'eau, de les sortir, de les laver, de faire le test de turbidité de l'eau... C'est chronophage et, pendant ce temps, il n'y a pas de déploiement sur l'eau. Quelles sont les perspectives de ce dispositif ?
Aujourd'hui, nous sommes dans un régime d'interdiction du surf. Seules les zones expérimentales proposent des sessions sécurisées donc autorisées. Le but du jeu est de retirer cette interdiction de surfer et de s'orienter vers une pratique "encadrée". Ce qui signifie qu'à l'avenir, le surfeur de ces spots aura l'obligation de porter un EPI pour être "légal". C'est une situation extrêmement particulière et qui s'adosse à notre problématique tout aussi particulière du requin bouledogue à La Réunion. C'est aussi une façon de se responsabiliser. Actuellement, nous sommes dans cette réflexion et orientation. Sachant que notre premier indicateur, et curseur, est le résultat de la pêche des requins bouledogues qui nous permettra d'ajuster notre réflexion. » 900 000 C'est la somme engagée en euros pour mettre en place le dispositif de réduction du risque requin. Ce dispositif est financé par l'Etat, la région, le département, la mairie de Saint-Leu et la communauté de communes. Cette expérimentation de 18 mois (900 000 euros) s'appuie sur cinq rideaux défensifs : le « Programme Réunionnais de Pêche Préventive » pour capturer les requins, la pêche de jour, une surveillance waterpatrol (jet-skis), les EPI (équipement de protection individuel) et l'analyse environnementale (clarté de l'eau, courant, ensoleillement) afin d'ouvrir ou non le spot aux surfeurs.