Surf - Série (1/4) - Série surf de gros (1/4) : la sécurité, un enjeu de taille

L'Equipe.fr
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Le surf de gros est devenu une discipline qui s'est énormément démocratisée ces dernières années. Toute cette semaine, nous revenons sur cet engouement, à travers quatre thèmes. Ce lundi, il est question de la sécurité, un enjeu considérable mais devenu très préoccupant car certains spots se retrouvent surpeuplés les jours de grand swell. Le surf de gros a pris ces dernières années une telle dimension que des dérives de plus en plus inquiétantes apparaissent au grand jour et, désormais, à chaque session sur certains spots. La pratique s'est démocratisée, les médias sont friands de ces belles images impressionnantes, et les réseaux sociaux se régalent. Ça, c'est la belle vitrine. Problème : dans la boutique, c'est la foire. La sécurité, qui devrait être érigée en priorité, n'est pas toujours - et c'est un euphémisme - respectée. Le spectre d'un drame à venir se rapproche dangereusement. Victimes de leur succès, des spots extrêmes comme Belharra, au large de Saint-Jean-de-Luz, sont parfois dépassés par les événements. Ils se retrouvent saturés d'embarcations et de surfeurs kamikazes qui ne sont pas toujours là pour les bonnes raisons. lire aussi L'actu du surf Belharra n'est, par exemple et par essence, pas Nazaré. « À Nazaré, les gars sont surentraînés, car là-bas il n'y a pas le choix », confirme le photographe réputé Sylvain Cazenave. « À Nazaré, tout le monde est à sa place, notamment parce que les enjeux sont tellement énormes », ajoute Peyo Lizarazu, surfeur de gros. En résumé, Nazaré ne permet pas à un surfeur de n'être ni au niveau ni de ne pas avoir la sécurité adéquate avec lui. À Belharra, c'est une autre histoire. Une histoire plus anarchique qui pourrait virer au drame si les abus et le non-respect de certaines consignes de base continuent à perdurer. « Ce n'était déjà pas très simple dès les premières sessions à Belharra en 2002 et 2003, se remémore Lizarazu, un des premiers à avoir surfé cette immense vague qui se dresse en hiver au milieu de l'océan. Au bout de deux heures, tu voyais des équipages débarquer et tu savais très bien qu'ils n'étaient pas trop allés surfer des grosses vagues à Guéthary ou à La Nord pour se faire la main. » Pour lui, surfeur de gros chevronné et pionnier du spot, des étapes essentielles sont souvent sautées par des surfeurs intrépides qui, du coup, mettent en danger les autres personnes présentes sur le spot. « Là, ça commence à être symptomatique, regrette-t-il. Il y a de plus en plus de gens qui veulent venir mais qui brûlent des étapes sans avoir conscience de ce qu'ils font. » Peyo Lizarazu « D'autres ont voulu se jeter dans les vagues avec des matelas pneumatiques... » Quelles sont ces étapes ? Aller surfer des grosses vagues à la rame, apprécier ça et faire ses gammes. On ne s'improvise pas surfeur de gros, quand bien même on se fait tracter. « Et on voit des choses aberrantes, souffle le frère de Bixente. On voit des gens qui veulent surfer Belharra avec des skis aux pieds... Au final, ils n'ont rien fait mais c'était ridicule. D'autres ont voulu se jeter dans les vagues avec des matelas pneumatiques... C'est bien beau de vouloir rigoler, on est tous là pour avoir du fun, mais il y a un moment où il faut respecter le truc et admettre que ça reste une grosse vague et que tu peux te faire peur. » Surfeur de gros talentueux et à l'éthique exemplaire, Pierre Rollet abonde dans ce sens : « À Belharra, on est déjà très limite dans la zone où les jets ont le droit d'aller. Le jour où il y en a un qui fait trop le con, ça va pénaliser tout le monde. »

Le sage et expérimenté Sylvain Cazenave était présent à Belharra fin octobre. Il raconte : « Il y avait beaucoup trop de monde. Il y avait des bateaux qui étaient à la limite de la vague qui cassait. Ils étaient là pour prendre des photos, parfois en amateur. Ils étaient trop près, ils gênaient les athlètes et les jets. Il faut du recul. Sinon, c'est très dangereux. » Certains surfeurs sont exaspérés Présent au line up, Pierre Rollet a vécu le 29 octobre dernier une drôle d'aventure qui, là aussi, symbolise bien la situation. « Mon second jet de sécurité est allé chercher et donc sauver un gars, dont je tairais le nom (un jeune surfeur qui a un nom dans le milieu), et qui a pris le plus gros wipeout à la rame. Le truc, en plus de ce qu'il s'est passé, c'est qu'il nous en parle pendant des lustres sur Instagram. Ok, je veux bien. Mais il n'est même pas venu me dire merci alors que mon jet est encore une fois venu le chercher. » La sécurité, la base du surf de gros, c'est quoi ? Peyo : « Quand tu fais du surf de gros, tu as certes besoin d'un jet-ski avec une personne qui le pilote, mais il faut aussi une autre personne sur le jet afin de remonter la personne inconsciente, car la personne qui pilote n'est pas en mesure de le faire. Il faut donc être idéalement trois. Certains se permettent de venir à Belharra sans jet-ski... »

Pourquoi cette exaspération explose-t-elle aujourd'hui ? « On est toujours restés un peu silencieux, avoue Peyo. C'est sensible et délicat à dire. C'est aussi pourquoi aujourd'hui on commence à mettre ce dossier sur la table pour que les gens soient conscients que ce n'est pas parce qu'on ne dit rien qu'on ne voit pas. Il y a un moment, il faut se regarder dans le miroir et se demander : "Qu'est-ce que je fais ici et pourquoi je fais ça, et suis-je à ma place aujourd'hui ?" » Quelles sont les solutions ? Si une auto-gestion semble compliquée, la préfecture maritime Atlantique (qui gère après 300 m au large) est aujourd'hui très à l'écoute de ces agitations à Belharra. Première action envisagée : une communication appuyée en forme de prévention par la Préfecture maritime avant, pourquoi pas - c'est à l'étude - de mettre en oeuvre un cadre un peu plus réglementaire. Cette prise en compte et en main devrait changer beaucoup de choses.