Surf - Série (3/4) - Série surf de gros (3/4) : surfer à la rame, ça veut dire quoi ?

L'Equipe.fr
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Le surf de gros est devenu une discipline qui s'est énormément démocratisée ces dernières années. Toute cette semaine, nous revenons sur cet engouement, à travers quatre thèmes. Ce mercredi, il est question de l'appellation controversée du « surf à la rame ».

Dans l'univers du surf de gros, il existe un grand flou et des incompréhensions sur l'appellation de "surf à la rame", qui enrage certains. Notamment parce que le mythe a toujours bien été entretenu. Basiquement, et pour les non-initiés, il s'agit de chevaucher une vague, en l'occurrence là une grosse vague, sans l'aide d'un jet-ski qui vous tracte (tow-in) mais à la simple force de ses bras pour vous propulser sur l'onde monstrueuse qui déferle. C'est en partie vrai, mais c'est surtout une définition incomplète du sujet.

Pour le surfeur de gros Peyo Lizarazu, cette appellation donc de "surf à la rame" est tout simplement, et dans la plupart des cas, aberrante. « Les gens qui font du surf de gros savent très bien qu'il y a des jet-skis pour les sécuriser, recadre-t-il. Et même quand ils prennent une vague sans être tracté, tout le monde est d'accord pour dire qu'à la base, sans un jet-ski, rien de tout cela ne se passerait. »

Fervent défenseur de cette discipline du surf de gros et de ses valeurs notamment sécuritaires, Lizarazu, qui fait partie des pionniers à Belharra, souhaite élargir le débat sur cette notion de surf à la rame qu'il trouve restrictive et qui, selon lui, ne reflète pas la bonne philosophie. En effet, pour lui, c'est tout l'environnement qui compte, toute l'assistance autour et les moyens que le surfeur a mis en oeuvre pour arriver jusqu'au pic. A Belharra par exemple, spot situé à 3 km au large de Saint-Jean-de-Luz, tous les gladiateurs de l'extrême (sauf exception très rare) se rendent au line up en jet-ski, et non en partant seul à la rame du fort de Socoa par exemple.

Pour les puristes, et pour schématiser, on peut appeler "surf à la rame" la pratique qui consiste à se rendre au large seul, en ramant, et sans s'appuyer ensuite sur une assistance jet-ski. « Certains revendiquent un surf à la rame et font croire qu'ils viennent seuls face à l'élément, qu'ils se débrouillent comme s'ils allaient faire une session à la Côte des Basques », ironise Peyo Lizarazu. Certains spots de gros n'ont toutefois pas la même configuration que Belharra. A Jaws (Maui, Hawaii), Mavericks (Californie) et Nazaré (Portugal), il est tout à fait possible de rejoindre le line up à la rame. Mais là encore, une fois sur place, y surfer sans assistance s'apparente à un véritable suicide.

Belharra pas fait pour la rame ?
Habitué du spot de Belharra, Pierre Rollet se dit « entièrement d'accord avec ça », comme pour confirmer qu'il existe bien quand même au sein de ce microcosme une forme de consensus sur la question. « Quand on parle d'une manière populaire de surfer à la rame, c'est uniquement le fait de démarrer la vague à la rame, c'est tout. Waimea (Oahu, Hawaii), ça c'est du vrai surf à la rame. »

En plus de l'irresponsabilité notoire de se rendre sur un spot comme Belharra sans assistance, Rollet trouve de toute façon des limites à surfer le spot basque à la rame. « Je ne dis pas que c'est une connerie d'aller surfer à la rame à Belharra et qu'il faut en interdire sa pratique les jours de gros, mais, de mon point de vue, je n'en vois pas l'intérêt. C'est très aléatoire, il faut avoir de la chance... J'ai déjà essayé mais je ne le referai plus. Dans ma tête, ce n'est pas une vague pour ramer. Un jour de grand swell, j'ai envie de m'éclater, de prendre plein de vagues, de driver le jet pour déposer mon partenaire sur de belles vagues. Les petits jours, j'aime bien ramer. Belharra en tracté, on peut faire des courbes. Belharra à la rame, c'est une grosse dévalante et je n'en ai jamais eu de belles ainsi. Surfer Belharra à la rame, c'est comme aller sur un circuit de F1 avec une Renault Clio. »

Vincent Duvignac, qui au demeurant fait partie des meilleurs surfeurs européens, a sorti ce lundi un documentaire, « A la rame » (voir vidéo ci-dessus), lequel offre un éclairage très intéressant sur la question. Alors qu'il est un excellent tuberider et spécialiste du spot de La Nord à Hossegor, « Duvi » s'est essayé le 29 octobre dernier à surfer Belharra « à la rame »... enfin, sans être tracté mais avec un jet d'assistance. Et cela fut un échec. Le Landais n'a pas pris une vague.

Malgré ça, certaines âmes insistent à vouloir surfer Belharra à la rame lors de grosses sessions où seule la pratique tow-in semble à ce moment-là vraiment légitime. « Ça devient d'ailleurs problématique car il va falloir que tout le monde arrive à cohabiter, enchaîne Pierre Rollet. Il faudra peut-être se dire que, lors de certaines sessions, le surf à la rame n'est pas possible. Et l'admettre ! » A bon entendeur.