Surf/Snow - Interview croisée Marion Haerty - Justine Dupont : « C'est tellement beau de voir des nanas pousser comme ça leur sport »

L'Equipe.fr
·7 min de lecture

En marge de la dernière étape du Freeride World Tour à Verbier, nous avons réuni la snowboardeuse quadruple championne du monde Marion Haerty et la surfeuse de gros Justine Dupont. Un bel échange entre deux athlètes hors norme. « Marion, vous faites du surf lors de vos temps libres, et vous Justine du snowboard. Faire ces sports « cousins », cela vous aide-t-il à mieux rider dans votre propre discipline ?
Marion Haerty : Entre les deux, il y a en tout cas des similitudes. Tu te déplaces sur le côté, donc tu as déjà un peu cet instinct... de crabe (rires).
Justine Dupont : Je n'avais jamais fait la comparaison avec un crabe (rires). Le surf de gros, on peut le comparer avec une pente raide de snow, les manoeuvres peuvent aussi nous inspirer. Kai Lenny l'a d'ailleurs déjà dit. Cet hiver, j'ai regardé pas mal de vidéos de snowboard pour voir ce que je pourrais transposer dans mon surf de grosses vagues. Ce n'est pas évident à intégrer. Mais, si j'étais meilleure en snow, ce serait plus facile.
MH : Quand tu vois Kai Lenny qui fait des 360 sur des vagues...
JD : C'est un mouvement qui est plus similaire au snowboard, même si lui, ça vient plus du kite je pense.
MH : Ce n'est pas que technique, c'est aussi tout un environnement qui est similaire entre le snow et le surf de gros. On a en commun toute une logistique, la sécurité... lire aussi Justine Dupont et Marion Haerty surfent en SuisseIl y a aussi ce côté aventure, avec des spots que vous avez envie de découvrir, de défricher...
JD : Même si ce sont des spots connus, tu vas avoir envie de les rider différemment. Tu vas vouloir le faire avec des lignes différentes. Il y a effectivement le côté aventure, le côté team...
MH : La partie projet est également importante. Tu as envie de créer et raconter de belles histoires.
JD : Dans nos sports, nous ne sommes pas beaucoup soutenus. Il y a donc ce côté « débrouillardise ». Tu dois t'impliquer, trouver des projets, du financement, etc.
MH : Personne ne va pondre des projets pour toi, en effet. C'est ta petite entreprise, tu décides de tout, tu tires les ficelles, et c'est génial.
JD : C'est beaucoup de facettes à maîtriser et de choses à apprendre. Mais après, tu es tellement content.
MH : Je ne sais pas si toi c'est pareil mais, moi, le snowboard ce n'est finalement que 10 ou 20 % de mon temps sur une année. Le reste, c'est de la gestion de projet. Aller chercher une face dans le Mont-Blanc, tu peux mettre deux mois à le préparer. Verbier, c'est pareil, tu as 45 secondes de descente mais tellement de préparation avant...

Suivez-vous l'autre dans ce qu'elle entreprend et réalise ?
JD : Tout à fait, et j'ai lu la dernière interview sur le site lequipe justement. Marion, tu expliquais que tes émotions changeaient beaucoup. Ça pouvait aller très haut comme très bas. Dans les grosses vagues, c'est un peu pareil. Je peux lâcher une petite larme de joie, ou même de peur, avant une session. Et là, tu te questionnes, tu te dis : « C'est bizarre je pleure alors que je vais dans l'eau, c'est que je n'ai pas envie ? » En fait, c'est un tout. Comme je dis souvent, c'est un saladier d'émotions. Tu as de tout et tu vis au milieu de tout ça.
MH : C'est exactement ça. Et ce n'est pas forcément dans le quotidien, ce sont vraiment des émotions indescriptibles qui montent et qui descendent.
JD : Le « down », c'est moins rigolo mais c'est ça aussi qui te fait remonter.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Marion, êtes-vous admiratives des exploits de Justine ?
MH : Totalement, j'ai beaucoup de respect pour mademoiselle Dupont (rires). C'est tellement beau de voir des nanas pousser comme ça leur sport, puiser leurs forces au plus profond, repousser les limites. C'est hyper inspirant. Je suis aussi d'autres filles comme Myriam Nicole (VTT) et Nouria Newman (kayak extrême). Ça te donne des idées sur comment toi aussi tu peux pousser ton sport et comment tu peux aller plus loin.
JD : Je m'inspire aussi beaucoup des autres sports, comme l'apnée, alors que ce n'est pas la même pratique. Mais il y a des choses en commun, comme l'approche, l'humilité, le respect.
MH : C'est aussi sur plein de petits trucs comme ta façon de voir les choses, le fait d'être positive tout le temps, d'utiliser les bons mots, les bonnes techniques.
JD : Comme on est tous différents, je pense qu'il n'y a pas de schéma tout tracé, un seul chemin à suivre. Plus jeune, je pensais que c'était le cas, qu'il y avait une recette, alors que pas du tout.
MH : On apprend un peu en lisant les bouquins et les articles des autres. Vous qui survolez chacune votre discipline, avez-vous conscience d'être hors norme par rapport aux autres ?
MH : J'aime tellement mon sport, j'en suis amoureuse à un point que je n'aime pas me comparer aux autres, et dire qui est meilleur.
JD : Tu es différent, c'est évident, donc tu n'as pas de repères de qui tu dois suivre. Comme on le disait avant, tu t'inspires un peu de quelques personnes. Marion Haerty « Le fait de vieillir aussi, de prendre de l'expérience, ça aide. Tu te prends moins de taules, moins de claques aussi » Être au top de votre sport vous donne-t-il une sensation de plaisir et de fierté particulière ?
JD : On est peut-être au top, là en ce moment, mais, dans 10 ans, on sera peut-être ridicules.
MH : Tu es content car tu vois que, ce que tu mets en place, ça marche. Ça donne donc encore plus envie de continuer dans cette voie. Tu te fais aussi plaisir, il y a une osmose avec plein de choses, et à la fin c'est la montagne et moi. À la base, tu ne cherches pas plus de performances et de médailles, mais plutôt la voie du plaisir. Tout en me poussant et en essayant de ne pas trop me faire mal.
JD : C'est pareil entre l'océan et moi. Si on vous avait dit ça il y a dix ans, que vous domineriez autant votre sport, vous l'auriez cru ?
MH : Mon rêve de gamine, c'était de décrocher un titre. Je ne pensais pas que je serai capable d'aller en chercher plusieurs. Du coup, quand j'ai eu mon premier titre, j'avoue que j'étais un peu perdue. Je me suis demandé quel serait mon prochain objectif. Et en fait, j'ai compris que c'était juste de continuer le rêve.
JD : Moi j'ai toujours eu du mal à me mettre des objectifs. C'est juste que j'ouvre des portes et, quand il y a des opportunités, de la lumière, je m'embarque dedans. Cette sensation de réussite, elle est agréable car tu repenses à ces années où c'était plus compliqué. Jaws, j'ai vécu un super moment en janvier dernier mais j'ai dans le passé vécu des trucs en mode « up & down », les plus hauts et bas de ma vie, avec une blessure sérieuse par exemple.
MH : Le fait de vieillir aussi, de prendre de l'expérience, ça aide. Tu te prends moins de tôles, moins de claques aussi. Ça stabilise les choses. Au début, quand je suis arrivée au freeride, j'avais tendance à me faire peur, à faire un peu n'importe quoi. En avançant, je pose un peu tout ça et c'est appréciable, ça fait du bien. »

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.