Surf - Surf : Tiago Pires, que deviens-tu ?

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Premier Portugais à se qualifier sur le circuit pro (2008-2014), Tiago Pires est une légende dans son pays. Nous avons croisé ce tuberider d'exception à Anglet - il est président du jury du Surf Film festival - et il revient sur sa carrière atypique et sa vie d'après. Ses débuts : seul et le premier « Avant de me qualifier, je ne pensais pas que cela serait possible d'atteindre l'élite, pour moi c'était très dur, trop haut. J'avais gagné quelques QS, mais la porte à ouvrir me semblait très fermée. La première saison (2008), lors des premières compétitions, j'étais hyper stressé, je n'arrivais pas à montrer mon surf. J'étais trop « rookie » dans ma tête. J'avais trop de pression. J'étais le seul Portugais sur le Tour, je devais porter tout le poids d'un pays. Mais à Bali, je me suis hissé jusqu'en demi-finales, et je bats Kelly (Slater) dans des conditions parfaites. Ça m'a décoincé. » Peniche : trop de pression « Comme je le disais, porter seul les couleurs d'un pays, c'est très lourd. Ça inhibe. Tu n'es pas totalement toi, c'est un peu comme une guerre mentale. Je n'ai pas bien géré cet aspect psychologique, trop d'émotion m'a fait gaspiller trop d'énergie mentale. Ne pas avoir réussi à performer une fois à Peniche, ça a été super frustrant. C'est mon tendon d'Achille. Peniche est par ailleurs une vague très particulière, pas évidente, très changeante. Et j'ai souvent eu des conditions pas très jolies, pénibles, avec des manoeuvres alors que moi j'étais connu pour être un spécialiste des tubes. Une fois, j'étais dans une série avec Julian (Wilson) et « Ace » (Buchan), j'ai commencé avec un 9,43, et derrière je n'ai pas réussi à scorer un bon back up... La plage était pleine, les gens criaient mon nom, j'entendais même ma mère gueulait du bord... C'était tellement frustrant, j'ai pleuré, pleuré... » Les blessures : le début de la fin « Ce qui me laisse vraiment un goût amer, ce n'est pas vraiment Peniche mais plutôt ma blessure en 2013 (lésion au genou). J'ai mis du temps pour me qualifier sur le Tour (il avait 27 ans) et ensuite, en 2012, je me sentais vraiment très bien mentalement et techniquement. C'est au moment où je suis au pic de ma forme que je me blesse à l'entraînement. J'ai mis une année pour me rétablir. Et quand j'ai redémarré en 2014, je me suis blessé à nouveau, c'était en début de saison en Australie, juste avant la deuxième épreuve de Margaret River. J'ai raté la compétition et je me suis rétabli pour surfer Bells Beach, la suivante. Mais c'était le début de la fin. Malgré une 9e place à Teahupoo, je n'ai pas réussi à me requalifier, alors que j'aurais bien voulu continuer encore un ou deux ans. Mais mon corps m'a fait comprendre qu'il valait mieux arrêter là. J'ai entamé ma reconversion, je me suis marié et j'ai eu un premier enfant (il en a aujourd'hui deux, âgé de 6 ans et 1 an et demi). » Son film : pour raconter une carrière atypique « Je voulais trop faire un documentaire ("Saca"), c'était un projet très présent dans ma tête. J'ai travaillé dessus pendant un an et demi, ça a été comme une transition entre ma carrière et l'après. Je voulais faire connaître mon histoire, un peu différente des autres surfeurs. À mon époque, il n'y avait pas des parents autour de moi qui surfaient. Un jour, j'ai eu un déclic en voyant une compétition de surf à la télé, j'avais 13 ans. J'étais pourtant à fond dans le volley et le basket. Lors des premières épreuves, on venait jusqu'en France, en train ou en stop. On avait 14-15 ans, et évidemment pas d'argent. On dormait sur la plage, ou sur le site de compétition. C'est alors que j'ai rencontré mon entraîneur, mon mentor. J'ai aussi voulu raconter ma carrière, avec ses débuts atypiques, ses hauts et ses bas. L'idée était aussi de montrer aux jeunes d'aujourd'hui comment s'y prendre, et qu'il ne faut pas croire que tout est facile. Je voulais un film authentique. Il y a eu une grande avant-première à Lisbonne, avec des milliers de personnes. C'était une belle façon de boucler la boucle. »

Sa vie d'après : des projets à foison « En 2016, j'ai eu l'idée de créer une agence de talents, pour aider de jeunes surfeurs à arriver au haut niveau. Avec ReAct Sports Management, je suis donc devenu au sein de ma société une sorte d'agent, mais j'apporte aussi d'autres choses, comme tout une logistique autour d'eux, comme les bons coaches, les bons médias, pour qu'ils performent. J'ai eu avec moi Vasco Ribeiro et Teresa Bonvalot pendant deux ans. Mais ce n'est pas évident. Il faut que je m'identifie bien aux surfeurs, à leurs inspirations, et il y a aussi les parents à gérer. Et ça, c'est presque le plus compliqué... Ils ont une vision souvent trop proche de leurs enfants, ils manquent de recul. Actuellement, j'ai avec moi plusieurs jeunes qui sont parmi le plus forts au Portugal, et je m'occupe aussi du surfeur de gros Alex Bothelo. J'organise également des événements, j'apporte mon coté un peu créatif. En 2018, nous sommes entrés au Guinness Book avec la leçon de surf qui comportait le plus de monde. Nous étions environ 400. J'ai aussi mis en place un programme d'entraînement avec mon ancien coach, j'en suis très fier. C'est pour entraîner cinq espoirs du surf jusqu'à j'espère leur éclosion plus tard dans l'élite. Grâce à notre partenaire EDP, l'équivalent d'EDF-GDF, nous avons un gros budget. À côté de ça, je vais bientôt créer ma fondation, j'ai aussi investi dans des projets immobiliers, de restauration et un bar de plage à Ericeira. Et j'ai un joli projet en tête, avec un ancien surfeur très connu. Mais je ne peux pas à dire plus pour le moment, c'est encore secret. »

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