Surf - Tahiti - Matahi Drollet, après son ride exceptionnel à Teahupoo : « Mon cerveau était bombardé d'adrénaline »

·6 min de lecture

Comme Kauli Vaast, Matahi Drollet a flambé, vendredi, à Teahupoo. Le jeune surfeur tahitien a marqué l'histoire du surf avec un ride exceptionnel sur la plus grosse vague de l'histoire de ce spot mythique. « Vous confirmez avoir vécu une journée exceptionnelle vendredi, comme il n'en arrive qu'une fois tous les dix ans ?
C'était le plus gros swell que j'ai surfé, ça, c'est sûr. J'étais présent au Code Red en 2011, mais juste en tant que spectateur parce qu'à cette époque, je n'avais que 13 ans. J'étais sur le bateau toute la journée et j'ai vu la vague de Nathan Fletcher, la plus grosse que j'ai vue en vrai. Du bateau, j'avais l'impression que tout le chenal allait fermer. J'ai aussi eu la même impression quand j'ai vu la vague de Kauli (Vaast) se lever. Il y avait un mur énorme, et c'était assez tôt le matin. Du coup, je savais que cela allait être une journée mémorable. Et qu'il y aurait d'autres grosses vagues dans la journée. lire aussi La session de vendredi en images Dans quel état d'esprit et quelle forme physique étiez-vous ?
D'habitude, quand je suis à la rame, j'essaie de prendre beaucoup de vagues. Mais là, c'était un peu différent. Cinq jours avant, je m'étais déboîté l'épaule, je savais donc que je n'étais pas à 100 %. Jamais je ne vais à Teahupoo sans un corps complètement apte, prêt physiquement et mentalement. Je me sentais à 80 %. Mais là, je savais qu'il y aurait un truc exceptionnel. J'ai été à l'eau avec le "game plan" d'aller prendre une bonne vague. Pas forcément la plus grosse mais une assez solide. Avec Manoa (Drollet, son frère), on s'est dit qu'on irait au fond en attendre une belle. Sauf que je ne m'attendais pas à attendre aussi longtemps.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

« Je savais que c'était surement ma dernière chance d'avoir une vague. Il ne fallait pas que je tombe car j'avais déjà l'épaule en vrac. Après, quand je suis sorti de la vague, j'ai entendu tout le monde qui applaudissait » Vous avez attendu plus de neuf heures au large avec votre frère... Comment avez-vous géré cette attente ?
Lors de sessions précédentes, j'avais déjà attendu entre trois et cinq heures pour une vague. Là, au bout de sept heures, ça commençait à être dur mentalement. Tu te demandes si tu es vraiment en train de faire ce qu'il faut. Il était possible que je rentre chez moi sans avoir pris aucune vague. Mais j'étais décidé à patienter jusqu'au bout. À 16h45, j'ai vraiment commencé à me poser des questions. Mais on a senti dans l'océan que ça bougeait un peu. Et mon frère a vu la vague arriver. Et il a senti que c'était celle-là la bonne...
Oui. Et on a compris que c'en était une grosse par rapport aux autres, elle ressemblait un peu à celle de Kauli (Vaast). De toute façon, à ce moment-là, la seule chose que je voulais c'était ''enjoy le ride'' et juste profiter. Quand tu lâches la corde, ce n'est que du plaisir. J'ai tout le temps cette sensation. Vraiment, que du plaisir ?
Oui. La première fois que j'ai fait du tow in, j'avais 14 ans et je flippais. Je me souviens que, quand j'ai lâché la corde, c'était un feeling unique de voir tout le monde te regarder. J'avais carrément kiffé. Depuis, cette sensation revient tout le temps. Cette fois, je n'avais pas vraiment vu la taille de la vague, je me suis dit que j'allais juste la surfer, et tenter de ne pas me blesser. Et à quoi pensez-vous quad vous êtes dans la mâchoire du monstre ?
Moi, je regarde l'avant de ma planche, la sortie, et je vise les bateaux. Je me fous de ce qu'il y a derrière et au-dessus de moi. Quand j'ai lâché la corde, c'était juste fun. D'autant que j'avais attendu tellement longtemps. Je savais que c'était surement ma dernière chance d'avoir une vague. Il ne fallait pas que je tombe car j'avais déjà l'épaule en vrac. Après, quand je suis sorti de la vague, j'ai entendu tout le monde qui applaudissait. Mais je ne pensais pas que c'était par rapport à la grosseur de la vague, mais juste parce que j'en avais pris une. Quand avez-vous réalisé ?
Quand Tikanui (Smith) est venu me voir avec le photographe Kirvan et m'a montré la photo de ma vague. J'ai halluciné. Et j'ai réalisé que c'était ma plus grosse vague ridée. « J'étais soulagé d'être rentré sain et sauf, et que Kauli (Vaast) ne se soit pas fait mal » Avez-vous ensuite été submergé par l'émotion ?
J'étais dans un premier temps super content. En plus, tous mes amis étaient là en jet-ski ou en bateau. Ils m'ont raconté ce qu'ils avaient vu. J'étais heureux mais neuf heures d'attente, c'était fatigant, stressant... À chaque instant, il peut y avoir une vague énorme. Donc l'adrénaline ne fait que monter et descendre. C'est vraiment éprouvant. Le soir, j'étais épuisé. Je n'arrivais pas à dormir. Mon corps n'en pouvait plus mais mon cerveau était bombardé d'adrénaline. Du coup, j'ai passé une partie de la nuit à regarder mes photos. Notamment pour voir ce que j'aurais pu faire de mieux. Mais j'étais soulagé d'être rentré sain et sauf, et que Kauli (Vaast) ne se soit pas fait mal. Sa vague, c'était un monstre. Franchement, il a des c... Sur sa vague, comme j'étais aussi dessus, quand on s'est croisé du regard, j'ai vu qu'il était prêt. Il est passé par-dessus (la corde) tranquille, il ne me regardait plus, il a mis toute son attention sur la vague. Quand je me suis retourné et que j'ai vu le mur, j'ai trouvé ça dingue, très flippant. Ça fait quoi de se dire qu'on a surfé la plus grosse vague à Teahupoo ?
Ça fait plaisir. Après, ça dépend de qui viennent les éloges. Moi je trouve qu'il y a eu d'autres très grosses vagues, peut-être pas aussi bien ridées mais bon... Je me dis qu'il y aura toujours mieux de toute façon. Par le passé, il y a eu la vague de Malik (Joyeux), celle de Nathan (Fletcher), celle de Koa (Rothman). Si ça se trouve, dans six mois, il y aura un swell encore plus fat. Avec Kauli (Vaast), on est encore jeunes. On a toute la vie devant nous. Et je suis prêt à surfer toutes les prochaines houles. Et pourquoi pas prendre une vague encore plus grosse avec un tube plus profond. On apprend encore. Dans le futur, on fera mieux. »

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles