Surf - Vortex, l'enfer du surfeur

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À 35 ans, Ben Thouard est considéré comme l'un des meilleurs photographes de surf au monde. Dans « Turbulences », son deuxième livre, Il donne libre cours à sa fascination pour les vortex, ces turbulences sous-marines créées par la vague monstrueuse de Teahupoo. Pour « le Mag », il décrypte leurs reflets « glacés » dans une eau... à 25 ° C.

« Pouvez-vous nous situer votre parcours en deux mots ?

À la base, je suis photographe de surf. J'ai travaillé pour la plupart des marques de surf ainsi que pour de nombreux magazines spécialisés. J'ai fait une école de photographie à Paris (Icart), mais j'ai interrompu ce cycle en partant à Hawaï à l'âge de 19 ans pour une commande de photos de planche à voile et de surf. Ce travail m'a ensuite amené à Tahiti, un vrai coup de coeur, puisque j'y suis installé depuis treize ans.

Qu'est ce qui caractérise la vague de Teahupoo où vous prenez la majorité de vos photos ?

Sa particularité est de se heurter à un récif de corail peu profond. Elle crée ce tube parfait tant recherché par les surfeurs. C'est une ouverture très large qui permet aux meilleurs de s'y faufiler et d'en ressortir à toute allure. C'est cet aspect tubulaire qui la différencie des vagues de Jaws (Hawaï) ou de Nazaré (Portugal), qu'on connaît aussi, mais qui sont beaucoup plus hautes.

Progressivement, vous avez glissé de la photo de sport à la photo artistique...

Quand je travaillais pour des magazines, le but était de faire la couv ou une double page, ou encore un portfolio. Ce qui me plaît aujourd'hui dans la photographie, c'est de faire des livres (son premier ouvrage, Surface, est paru en 2018), des expositions, et de partager toute la beauté de ce monde aquatique. En tant que surfeur, j'ai observé des choses sous l'eau que je pensais inexistantes. J'ai halluciné sur ce que j'ai vu. Beaucoup de gens ignorent, notamment, le spectacle des vortex.

Dans votre deuxième livre, « Turbulences »*, ces vortex semblent avoir pris le pas sur l'élément humain. Il n'y a quasiment plus de surfeurs sur vos photos. Pourquoi ce choix ?

Je voulais pousser beaucoup plus loin le côté artistique de l'image, me concentrer en effet sur ces explosions qui apparaissent sous l'eau lorsque la vague se brise et qui vont donner lieu aux fameuses ''machines à laver''. Le vortex, c'est à la fois l'enfer du surfeur et son paradis, tant ces textures et ces mouvements d'eau sont emplis de violence et de beauté.

Comment vous y prenez-vous techniquement ?

J'utilise un appareil Canon qui shoote à 15, voire 20 images seconde, comme une sorte de photo-mitrailleur. D'ailleurs, je dispose d'une poignée que je tiens à bout de bras. Parfois, tu ne contrôles pas. Tu vas shooter dix, quinze photos, et tout jeter à la poubelle en rentrant à la maison. Tu peux rester six heures pour une session dans l'eau. C'est prenant, d'autant que le caisson flottant pèse dans les 3 kilos, tout comme l'appareil et son optique. J'ai donc environ 6 kilos que j'enclenche du bout de mon index. Avec mon autre bras, j'essaie de nager.

Quelle serait la hantise absolue dans votre job ?

De se retrouver enfermé dans la vague et de ne plus trouver de porte de sortie. À Teahupoo, il arrive que, face à la hauteur des vagues qui te tombent sur la tête, tu n'aies d'autre solution que de plonger le plus profond et t'y tapir en espérant un moment de répit. C'est un moment bref mais d'une puissance extraordinaire. La vague peut t'arracher le caisson de la main, les deux palmes en même temps, te plaquer à même le récif sans savoir dans quel sens te diriger. J'ai un métier de rêve... mais qui n'est pas de tout repos. »

* « Turbulences », de Ben Thouard. Éditions Mons, 55 euros.

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