Suzuki, la meilleure pépinière de talents du MotoGP

Matteo Nugnes
·7 min de lecture

Vingt ans après Kenny Roberts Jr, , vainqueur comme son coéquipier d'une des 14 courses de l'année.

Depuis son retour en Grand Prix en 2015, avec une équipe dirigée par Davide Brivio, Suzuki a souhaité prendre son temps. À la fois dans l'évolution de sa GSX-RR, une machine que l'on a vue avancer pas à pas − et qui s'est même autorisée un faux-pas après son retour à la victoire en 2016 lorsqu'un mauvais choix de moteur a plombé sa saison 2017 et a remis l'équipe en position de disposer des concessions réglementaires, droit accordé aux constructeurs affichant les résultats les plus faibles et ayant besoin d'un coup de pouce pour (re)trouver une performance permettant de rivaliser avec la concurrence −, mais aussi pour former les nouveaux rois du MotoGP.

Depuis le pas de côté de 2017, la croissance de ce projet a été constante et exponentielle. En 2018, le binôme formé par Andrea Iannone et Álex Rins a obtenu pas moins de neuf podiums (quatre deuxièmes places et cinq troisièmes places). Dans la foulée, le retour à la victoire a été possible en 2019, avec un premier succès arraché par Rins à Rossi au Texas, et un bis à Silverstone quelques mois plus tard.

2020 a permis de grimper l'échelon suivant, avec la confirmation de la capacité de la GSX-RR à gagner, mais surtout son triomphe au championnat. D'un coup d'un seul, ce sont deux trophées qui reviennent à Hamamatsu, alors que les responsables du programme peinaient encore à bien réaliser ce qui leur arrivait il y a tout juste quelques semaines.

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Le premier pari a concerné , choisi pour seconder Aleix Espargaró en 2015, alors que celui-ci, de six ans son aîné, avait déjà fait ses preuves au guidon de machines modestes de la catégorie reine et devait assumer le rôle de leader du binôme grâce à son expérience. Viñales, qui n'avait disputé que quelques courses en Moto2 après son titre en Moto3 (ça ne vous rappelle rien ?) lorsqu'il a été signé, venait pour apprendre, alors même que Suzuki relançait son programme.

Et l'année ne fut pas aisée, car la GSX-RR était encore rustre et manquait de puissance, et pourtant celui qui avait fait ses débuts mondiaux dans une équipe 125cc soutenue par les deniers de Paris Hilton a réussi à rapidement trouver ses marques dans l'équipe menée par Davide Brivio, au point de s'offrir deux belles sixièmes places, à Barcelone et Phillip Island. Il avait aussi contribué avec son coéquipier à un doublé inattendu des Suzuki lors des qualifications du Grand Prix de Catalogne, comme autant d'éclats prometteurs pour la nouvelle moto.

Ce n'était qu'un début, et le ton a changé en 2016. Dès Le Mans, le pilote espagnol s'offrait un premier podium, déjà entouré par les spéculations les plus pressantes en vue de la fin de son contrat, fixée pour sept mois plus tard. Quelques jours à peine après avoir soulevé son premier trophée, il était déjà annoncé par Yamaha, qui l'avait choisi pour être le successeur de Jorge Lorenzo une fois le Majorquin parti tenter l'aventure Ducati. C'est donc totalement libéré que Viñales a signé sa première victoire quatre mois plus tard, à Silverstone, heureux d'offrir un superbe cadeau de départ à l'équipe qu'il avait hésité à quitter tant il s'y était attaché. Si le top 10 du championnat pilotes s'était refusé à Suzuki la première année, Viñales offrait cette fois une quatrième place ô combien prometteuse.

Un second cycle avec Álex Rins

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Viñales avait été attiré par le prestige de l'équipe officielle Yamaha, mais Davide Brivio a toutefois vite digéré ce qui pouvait être perçu comme une sorte de trahison pour se tourner vers la suite. Inébranlable, et bien que conscient que ces pépites qu'il contribuait à révéler pouvaient quitter le nid dès qu'elles savaient voler pour offrir leur talent peaufiné à d'autres, il a maintenu sa ligne de conduite en continuant à miser sur la jeunesse.

Tandis qu'Andrea Iannone faisait son arrivée, succédant à Aleix Espargaró en qualité d'expert de la formation, l'équipe a fait appel à Álex Rins pour compléter le line-up. Une nouvelle étoile montante à qui Brivio souhaitait mettre le pied à l'étrier, alors qu'il venait de boucler deux saisons dans le trio de tête du Moto2.

Là aussi, les débuts furent compliqués, à la fois pour le jeune pilote qui s'est lourdement blessé dès les essais hivernaux, mais cette fois aussi sur le plan technique puisqu'un mauvais choix de moteur a été à l'origine d'un championnat complexe qui allait même refaire basculer Suzuki dans le groupe des constructeurs bénéficiant des concessions réglementaires, que la marque venait pourtant de perdre grâce à ses performances de 2016.

Pour Rins, les progrès ont commencé à apparaitre en fin de saison avec deux entrées dans le top 5. Puis, comme Viñales avant lui, c'est lors de sa deuxième année qu'il a explosé, s'octroyant la cinquième place du championnat. Seule la victoire en course lui manquait encore, malgré cinq podiums, mais elle allait s'ajouter à son palmarès dès le début du championnat suivant.

Avec Joan Mir, Suzuki mise tout sur la jeunesse

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Avant même l'accession de Rins à la victoire, l'équipe avait décidé de cette fois tout miser sur la jeunesse. Le Catalan n'avait encore que 23 ans lorsqu'il a été rejoint par Joan Mir, 21 ans. Titré en Moto3 à sa deuxième année, le pilote majorquin n'avait disputé que quelques courses en Moto2 lorsqu'il a été choisi. Il disposait pourtant d'un pré-contrat avec Honda, qui l'avait également courtisé précocement, mais a été recruté de manière décidée, n'en déplaise à ceux qui jugeaient qu'il aurait gagné à prendre de la bouteille dans les petites catégories avant de faire le grand saut.

À nouveau, Davide Brivio avait les idées claires. Il s'agissait de se charger de la formation du jeune Espagnol et de le faire monter en puissance durant la deuxième saison, dans un timing idéal pour stimuler Rins, désormais l'expert du binôme, avant d'envisager de plus grand succès après un renouvèlement de contrat pour une troisième année. Tandis que Rins signait ses premières victoires en 2019, Mir apprenait donc le métier discrètement, et ce malgré une lourde blessure à la mi-saison.

Mais 2020 a chamboulé le scénario prévu, d'abord avec la blessure de Rins dès l'entame de la saison puis la stabilité acquise par Mir sitôt son premier podium obtenu, au guidon d'une machine qui n'avait cessé elle aussi de progresser pour devenir l'une des armes de pointe du championnat. Le reste, c'est déjà une page d'Histoire du MotoGP, puisqu'en dépit du retour en force de Rins une fois sa condition physique améliorée, Mir a réussi à cumuler sept podiums (avec au passage sa première victoire) et deux autres entrées dans le top 5 pour aller chercher ce titre que personne à Hamamatsu n'espérait si tôt.

Et si le meilleur était encore à venir ?

Miser sur la jeunesse n'est certainement pas chose aisée, et surtout lorsqu'il s'agit de mener un programme nouveau et qui ne s'appuie que sur deux pilotes de course, sans team satellite. Mais au vu du succès triomphal fêté au terme de ce premier chapitre de six ans, il est indéniable que la stratégie a bel et bien payé, Suzuki s'étant octroyé les services de pilotes qui, non contents d'avoir signé leurs premiers succès, se sont affirmés comme des hommes forts du futur.

Une stratégie qui change toutefois précisément au moment où son succès est acté, puisque l'équipe a réussi à renouveler les contrats de ses deux pépites pour deux années supplémentaires, ce qui lui permettra pour la première fois depuis son retour de compter sur le même binôme pour quatre saisons de suite. Après un premier chapitre ayant ramené la marque au succès, est-ce le début d'un second cycle durant lequel Suzuki pourrait cette fois tenter de dominer ? L'avenir nous le dira...

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