le t-shirt de la discorde de l'Ukrainien Illia Kovtun aux Mondiaux

Illia Kovtun en février dernier. (A. Gora/AFP)

Médaillé de bronze mondial, l'Ukrainien Illia Kovtun (19 ans) portait samedi un t-shirt avec l'inscription « Stop war » (« arrêtez la guerre ») sur le plateau des Mondiaux à Liverpool.

Ce n'est pas un réfugié comme les autres. À 19 ans, Illia Kovtun n'a pu rentrer en Ukraine depuis le début de l'invasion russe le 24 février dernier, alors que sa mère et sa grand-mère vivent toujours sous les bombes à Tcherkassy. Lors de l'entraînement officiel des hommes sur le plateau des Mondiaux à Liverpool, samedi, le médaillé de bronze mondial de 2021 arborait ainsi un t-shirt aux couleurs de son pays portant l'inscription « Stop war » (arrêtez la guerre), écrite bleu sur jaune. Un message de paix que certains ont considéré comme un outrage alors que le jeune gymnaste n'a cherché qu'à utiliser la plus profonde caisse de résonance.

« J'aime vraiment ce t-shirt, a justifié sa coéquipière Margarita Kozlovska, ce dimanche, après en avoir terminé avec ses qualifications. Je comprends que certains ne l'apprécient pas, qu'ils disent qu'il n'aurait pas dû le porter. Mais, par ce biais, nous pouvons parler au monde, et c'est tout ce que l'on peut faire. »


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Le souci, c'est que cette protestation va à l'encontre du règlement de la Fédération internationale, mis à jour après le précédent du Russe Ivan Kuliak qui avait gravi le podium - qu'il partageait justement avec Kovtun - lors de la Coupe du monde à Doha de mars dernier, en affichant ostensiblement sur son sokol le Z symbolisant son soutien à l'armée russe. Un acte qui a valu au Russe une suspension d'un an.

Surtout, le geste silencieux de l'Ukrainien intervient quelques jours après que le président de la FIG, le Japonais Morinari Watanabe, s'est prononcé contre le bannissement des Russes et Biélorusses du Congrès de l'instance, considérant les émissaires des deux nations comme neutres. « Quand vous êtes élu membre d'une organisation internationale, votre position n'est pas liée à votre pays d'origine. Vous êtes neutre », estime Watanabe.

Vraiment ? On rappellera le cas de Vassili Titov, président de la fédération russe de gymnastique et dirigeant de la VTB Bank, banque d'état qui fut un sponsor majeur de la FIG et qui se trouve sous le coup de sanctions internationales pour son engagement dans le financement de la guerre en Ukraine. Conscients de ce conflit d'intérêts flagrant, plusieurs pays dont l'Ukraine évidemment, mais aussi la Norvège, la Pologne ou l'Estonie, ont décidé de boycotter le congrès de la FIG prévu en Turquie les 11 et 12 novembre prochains.


Un simple rappel à l'ordre et aucune pénalité pour Kovtun

Quant à Illia Kovtun, son t-shirt a semé davantage de troubles que l'été dernier, quand l'Arménien Artur Davtyan, médaillé de bronze olympique au saut en 2020, avait reçu une médaille d'argent aux Championnats d'Europe à Munich (Allemagne) avec un symbole en souvenir du génocide arménien perpétré dès 1915 par la Turquie, qui refuse toujours de le reconnaître. Cet acte-là aurait également pu être sanctionné par la FIG qui ne s'en était pas émue. Ce dimanche, l'instance a juste rappelé à l'ordre la fédération ukrainienne et l'interdiction d'afficher ce genre de signes, mais annoncé qu'elle n'infligerait aucune pénalité à Kovtun.


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