Un temps de référence pour la GTMC

Pour attirer l'attention sur la GTMC (Grande Traversée du Massif Central), l'ultra-cycliste Thomas Boury voulait y établir un premier FKT (fastest known time). Il a placé haut la barre, couvrant les 1 400 km et 26 700 m D + en 6 jours et 36 minutes.

Le temps est loin où les destinations touristiques se répartissaient entre la mer, la montagne et, disons, la « campagne ». Aujourd'hui, les offices de tourisme se sont sérieusement affûtés, et les moyens de faire valoir la singularité d'un territoire sont nombreux. Au rang des arguments, la vogue du sport outdoor, de l'itinérance et du tourisme sportif a pris de plus en plus d'importance. Ainsi les terroirs sont-ils parfois présentés comme des sortes d'immenses de terrains de jeu.

Une trace rallongée, et difficile !

La Grande Traversée du Massif Central (GTMC) s'inscrit dans cette tendance - sur laquelle elle fut même en avance. Le développement, l'entretien, l'actualisation des données du parcours sont confiés à un coordinateur, au titre de l'IPAMAC, association des Parc Naturels du Massif Central.

Créée en 1995, la trace originale reliait initialement Clermont-Ferrand à Sète, déroulant environ 700 km qui firent le miel des premiers vététistes au long cours. Or, pour pionnière et mythique qu'elle fût, la trace vit sa fréquentation s'éroder doucement au fil des ans.

Mais avec son allongement par le Nord et par le Sud en 2018, c'est presque d'une seconde naissance qu'il faut parler, puisque la distance fut carrément doublée. La GTMC relie désormais Avallon (Yonne), dans le parc du Morvan, au Cap d'Age (Hérault), sur les bords de la Méditerranée. Elle traverse dix départements, pour un total de 1 400 km et près de 27 000 m de dénivelé positif.

Comme tous les athlètes contemporains, Thomas Boury a le sens de la communication, et les moyens de renvoyer l'ascenseur à ses partenaires. À trente ans, il a, dit-il, « un vrai métier », puisqu'il est acheteur pour Cyclable, ce réseau de magasins spécialisés « vélo art de vivre. »

Mais il faut croire que nos vies ne sont plus celles de nos parents, et Thomas poursuit « un double projet, professionnel et sportif. » Ces locutions que l'on réservait jusqu'ici à la vie étudiante concernent désormais le parcours professionnel.

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Cycliste d'ultra-distance - après une première vie de coursier en fixie qui, à raison de 25 000 km annuels, lui a donné la caisse -, il s'entraîne six jours sur sept pour un total hebdomadaire de dix à quinze heures, et s'octroie deux épreuves ou aventures par an. Il s'est déjà classé deuxième d'un Biking Man France, aligné au départ de la Two Volcano Sprint, cette épreuve qui relie le Vésuve à l'Etna.

Souvenirs d'enfance

Né non loin d'Avallon, la tête pleine du souvenir de ses vacances d'enfant au Cap d'Agde, Thomas Boury ne pouvait que tenter de s'approprier la GTMC. Après avoir découvert le nouveau tronçon Clermont-Avalon, en 2018, il s'était promis de revenir. Non seulement pour rouler la nouvelle trace en intégralité, mais pour en établir un premier « temps de référence », selon les exigences de la charte FKT (fastest kown time).

C'est chose faite, depuis dimanche dernier. Et cette première marque est placée haut, puisqu'il a parcouru les 1 386 km (pour 26 700 m de D +) en 6 jours et 36 minutes ! Soit une moyenne de 230 km par jour, en VTT singlespeed et non-suspendu : une sobriété heureuse dans une débauche d'effort.

« J'avais prévu de le boucler en cinq jours, raconte-t-il. Mais c'était sans compter sur les dégâts qu'avaient fait les orages avant mon départ. Les arbres au milieu du chemin, entre deux murs de ronces, ça fait baisser la moyenne. J'avais aussi sous-estimé la difficulté de certains passages. J'ai fait remonter l'info au coordinateur de l'IPAMAC : la trace est supposée ouverte à tout le monde, mais parfois les montées caillouteuses à 20 % imposent de trouver des alternatives. »

Ultra-moderne solitude ?

Le reste relève de l'aventure personnelle, pour ne pas dire de l'intime. Thomas Boury a déroulé les cinq chapitres de cette trace très isolée, très sauvage, où les villages et les supérettes où se ravitailler sont rares : le Morvan, les plaines de l'Allier, les volcans d'Auvergne, la partie Cévennes Gorges du Tarn, puis le Sud, le Gard et Hérault pour arriver au Cap d'Agde. L'ont particulièrement marqué la beauté sous la pluie du Morvan serti de lacs, les vignobles de Saint-Pourçain à la « golden hour », ou certaines descentes des gorges du Tarn sous les étoiles.

Il a progressé à coups de siestes et micro-siestes, ne cumulant qu'à peine six heures de sommeil sur les six jours. Thomas Boury dit chercher à peler couche par couche l'oignon du « Moi », jusqu'à en atteindre « le rocher brut ». Ce que cherchent les rouleurs au long cours, dans les paysages reconfigurés par la privation de sommeil et les douleurs, c'est sans doute une forme de solitude. Même si le live tracker, cumulant 14 000 clicks, a mené jusqu'à lui quelques compagnons de route occasionnels, dont cet homme fraichement affecté d'un deuil douloureux, venu chercher un peu de consolation dans l'effort et sur les chemins.

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Le cyclisme ultra dessine donc les contours d'une solitude post-moderne, choisie et bien réelle, mais adossée - et comme renforcée par contraste - à la publicité des réseaux sociaux.

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