Tennis - ATP - Gilles Simon : « Beaucoup de trucs nous énervent »

·7 min de lecture

Après un long break, Gilles Simon, de retour à Cagliari, a battu mardi Stefano Travaglia (1-6, 6-3, 6-4) et jouera au tour suivant contre Lorenzo Sonego. À nouveau motivé dans son jeu et mordant dans ses réponses dans un contexte très particulier pour les joueurs.

« Une bonne grosse bagarre pour reprendre, il n'y a rien de mieux, même si vous avez mal démarré...
C'est sûr que j'ai vu le moment où j'allais prendre 6-1, 6-1 en 43 minutes. Mais voilà. Je suis venu tout seul, tranquille, je n'avais pas de grosses attentes. Je ne connaissais pas trop ce joueur contre qui je n'avais joué qu'une fois, par équipe et en salle. Bref, j'y suis allé comme ça, ça ne se passait pas bien et finalement ça a tourné. Même si ça a été dur à la fin.

lire aussi
Gilles Simon renoue avec la victoire

Comment vous sentez-vous après cette ''trêve'' ? Requinqué ?
Je ne sais pas trop car physiquement c'est très dur. Si j'ai arrêté, c'est que j'étais mentalement au bout du rouleau. Je ne me voyais pas gagner quoi que ce soit dans ces conditions. Là, par exemple, j'étais plus tranquille. C'était un des rares matches où je n'ai pas dit un mot de la partie. Ça n'a pas dû m'arriver souvent, peut-être deux fois dans ma vie, et pas sur un 6-4 au troisième set en plus ! J'avais besoin de prendre de la distance car je n'arrivais plus à faire la part des choses.

Qu'est-ce qui pour vous est rendu difficile par cette époque ?
Il y a beaucoup de règles, qui ont du sens pour certains et pour d'autres beaucoup moins. À Montpellier, j'étais à deux doigts de ''tuer'' l'arbitre parce que j'étais en train de tout mélanger. Il m'a mis un warning parce que j'envoyais une balle dans la tribune et je lui ai dit : ''Ta gueule !'' Je me suis dit que j'allais trop loin. On en a vu d'autres joueurs qui se sont énervés, Pospisil à Miami, Dzumhur à Acapulco... Il y a beaucoup de trucs qui nous énervent. Il faut arriver à prendre de la distance avec tout ça, et c'est ce que j'ai fait quand je suis rentré chez moi, pour réussir à ne plus perdre de l'énergie bêtement à essayer de négocier des choses qui de toute façon ne sont pas négociables.

« Je suis contre les bulles »
À Miami, on a senti une certaine révolte larvée des joueurs contre l'accumulation des bulles et la réduction du prize money. Mais les revendications ne sont pas très claires non plus...
C'est très difficile. La crise est très révélatrice du système dans lequel on est, où on demande tous les efforts aux joueurs, en fait. Ce sont eux qui ont les réductions de prize money, qui ont des conditions de jeu plus difficiles qu'avant. Avec la pression du classement, aussi. Si tu n'es pas content avec les conditions et que tu ne joues pas, tu recules au classement. On sent qu'on est obligés de jouer, et à perte dans pas mal de tournois. Les bulles en indoor, ce n'est pas facile. À Montpellier, ça m'a un peu déprimé de voir les femmes de joueurs essayer de balader les bébés juste devant la porte de l'hôtel, alors qu'il y avait un couvre-feu à 18 heures pour la population. Pourquoi pas pour nous non plus ? C'est difficile d'avoir une revendication claire, mais c'est un ensemble. Ça s'enchaîne depuis l'US Open l'an dernier. Les jeunes résistent mieux que les autres parce qu'ils n'ont pas encore construit dans leur vie à côté. Mais pour ceux qui ont des familles, ça n'a aucun sens de mettre les enfants dans des bulles. C'est plus compliqué d'enchaîner.

Faut-il assouplir les conditions de la bulle ?
Moi, je suis contre les bulles mais c'est un avis et c'est pour ça que je n'ai pas voulu m'énerver. Je me suis dit : ''Il y a des bulles, je vais faire mon programme en fonction. C'est comme ça. Je vais aller dans des endroits où il fait beau. Ici, le club est bien. Et après, je vais aller à Barcelone, à Estoril.'' Je vais m'adapter. J'arrête de vouloir leur dire ''ne faites pas de bulle'', même si je sais qu'il n'y a pas de différences de cas positifs entre les joueurs de Challenger et ceux du circuit alors même qu'en Challenger il n'y a pas de bulle... Soit tu te bats contre ça en disant ''Vous me faites tous chier'', soit tu t'adaptes.

Quant au prize money, vous comprenez quand même qu'il y ait une baisse ?
Encore une fois c'est un équilibre. Chacun aurait une opinion différente. Pour moi, il faudrait bloquer le classement. Comme ça voyage qui veut. Plus de classement, plus de pression. Ceux pour qui le prize money ne va pas n'y vont pas. Mais si l'ATP fait ça, peut-être que personne ne joue... Là tu es obligé de jouer et tu es obligé de perdre de l'argent. C'est compliqué. C'était compliqué d'aller à Miami. Tu prends des risques, tu peux rester bloqué 14 jours comme cas contact pour faire un tournoi où ceux perdent tôt vont être déficitaires. Et on te dit en plus au début que c'est mandatory (obligatoire). Bon, on a réussi à faire sauter ça. Il aurait fallu faire les choses très différemment dès le début de la crise et ne pas s'accrocher au calendrier Mais on est parti là-dedans et ça ne changera plus. On va essayer de résister comme on peut. On va attendre les vaccins. Moi, ça m'a juste fait de la peine d'être si malheureux en match à Montpellier.

L'ATP aurait pu sanctionner plus durement Pospisil (qui a traité de « connard » le boss de l'ATP Andrea Gaudenzi), ou Tsitsipas, (qui n'a pas respecté la bulle à Miami en sortant un soir au restaurant). Fallait-il le faire, ou est-ce encore une histoire d'équilibre en tenant compte de la situation de tension ?
Tout le monde est sur les nerfs. Mais encore une fois, ce sont les joueurs qui voyagent. Pour moi, la bulle est là pour protéger les tournois et pas les joueurs.

Vous êtes revenu au conseil des joueurs à l'ATP. Est-ce à dire que vous replacez dans une voie plus légaliste ou regardez-vous toujours ce qui se passe avec l'association PTPA (Professional Tennis Player Association) co-dirigée par Djokovic et Pospisil ?
Je suis revenu au conseil car la situation ne me plaisait pas du tout à la fin de l'année dernière et je voulais être là, discuter. Mais je me suis aussi fatigué avec ça. À perdre de l'énergie et du temps à dire à des gens que ce qu'ils font n'a aucun sens et voir qu'ils le font quand même. Là aussi, je mets plus de distance désormais. Je suis résigné sur le fait que rien ne changera. Et que les décisions seront prises comme elles l'ont toujours été. Je donne juste mon avis pour que les conditions des joueurs s'améliorent le plus possible.

Et la PTPA ?
J'ai toujours cru en une association de joueurs. Je ne m'en suis jamais caché. J'ai toujours dit que l'ATP représentait plus les tournois que les joueurs. Et je le répète, la situation l'illustre très bien.

On parle de reporter Roland-Garros, peut-être d'une seule semaine...
On ne demandera pas l'avis aux joueurs. Un décalage d'une semaine, ça détruit Stuttgart et 's-Hertogenbosh (les tournois sur herbe après Roland). Peut-être que Wimbledon ne sera pas content. Dans une situation de crise, chacun fait ce qu'il a envie de faire. L'Open d'Australie avait décalé sa date en février. C'est la loi du plus fort et personne n'a dit quoi que ce soit. »

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles