Tennis - ATP - L'Autrichien Dominic Thiem est « tombé dans un trou » après sa victoire à l'US Open 2020

L'Equipe.fr
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Dans une interview vérité donnée à un quotidien autrichien, Dominic Thiem, 27 ans, raconte combien il a mal vécu la gestion de son premier titre en Grand Chelem et l'ère du tennis sous bulle qui a suivi. Forfait à Miami, à Monte-Carlo, et cette semaine à Belgrade, Dominic Thiem soigne son genou gauche. Mais pas seulement. Dans un entretien au quotidien Der Standard, le 4e mondial raconte ce qui peut s'apparenter à un léger burn-out. La genèse ? Après avoir accompli l'un des buts de sa vie en remportant son premier titre en Grand Chelem l'an dernier à l'US Open, l'Autrichien a senti un grand vide et n'a pas été aidé par la suite avec ce tennis sous bulle qui use de nombreux joueurs. Dominic Thiem « Il y a des personnes qui mettent ça de côté, pour eux, la vie dans la bulle est même plutôt un avantage » « J'ai passé 15 ans à poursuivre un grand objectif sans regarder à gauche ou à droite, dit-il. Pour cela, j'ai abandonné beaucoup de choses. Il n'y avait que le tennis. Je veux changer un peu cela. » Surfant sur l'euphorie du titre new-yorkais, Thiem a pu encore atteindre la finale du Masters de Londres, perdue face à Medvedev. Mais c'est ensuite que les choses se sont compliquées. « En préparant cette saison, je suis tombé dans un trou. Et je pense que la pandémie s'ajoute juste à tout le reste. On joue dans des stades vides. Novak Djokovic et Rafael Nadal ont dit ces jours-ci, à Monte Carlo, que c'était difficile de se motiver, qu'il manquait les applaudissements, qu'on ne pouvait nier une forme de non-sens. » « Il y a des personnes qui mettent ça de côté, pour eux, la vie dans la bulle est même plutôt un avantage, par exemple pour Dan Evans ou Alexander Bublik. Ils ont des difficultés à se focaliser sur le sport en temps normal. Pour eux, c'est super, ils se concentrent uniquement sur le tennis, il n'y a rien d'autre. À Dubaï, c'était extrême. On était enfermés, mais au dehors, la vie normale continuait. On te faisait sortir de l'hôtel à 21h et tu entrais dans un stade vide... » « Depuis tout jeune, ma vie était minutée, pour chaque jour, chaque semaine, chaque mois. Je me sentais mieux quand je savais ce qui allait se passer le lendemain » Il avait alors perdu d'entrée contre Llyod Harris, son dernier match en 2021 (6-3, 6-4). Thiem raconte aussi ce très étrange Open d'Australie, quand, après avoir battu Kyrgios en cinq sets dans un stade rempli (4-6, 4-6, 6-3, 6-4, 6-4), il s'était affaissé au tour suivant contre Dimitrov (6-4, 6-4, 6-0) dans une Rod Laver à nouveau désertée après le confinement intervenu en plein tournoi. « Je venais de faire l'un des matches les plus mémorables de ma vie en revenant de deux sets à rien contre Kyrgios et puis on est rentré le soir dans le vestiaire alors que le ''lockdown'' venait d'être prononcé et que le stade commençait à être évacué comme s'il y avait eu un incident nucléaire. Deux jours après, je jouais en journée avec une forte chaleur, il n'y avait personne au stade, et je n'ai pas réussi à faire face à la situation... » lire aussi Benoît Paire, battu au premier tour du tournoi de Monte-Carlo : « J'ai pris douze mille balles pour être à l'hôtel tranquille ! » Depuis, le double finaliste de Roland-Garros (2018, 2 019), qui envisage de revenir au tournoi de Madrid (3 au 9 mai), est toujours phase de « vide », comme il le décrit. Lui le fan de foot (et de Chelsea) raconte qu'il n'a même pas regardé la Ligue des Champions, et à peine suivi le tournoi de Monte-Carlo. « Depuis tout jeune, ma vie était minutée, pour chaque jour, chaque semaine, chaque mois. Je me sentais mieux quand je savais ce qui allait se passer le lendemain. » Mais le Covid et le reste ont mis à mal certaines de ses certitudes. En confessant courageusement son mal-être, il a peut-être décidé de reprendre un peu de cette liberté d'agir. Longtemps soumis aux cadences infernales de son mentor Günter Bresnik, tant dans les entraînements que dans les programmations de tournoi, l'Autrichien avait déjà largué quelques amarres en quittant ce dernier pour le remplacer par Nicolas Massu. Même si la séparation ne s'était pas bien passée, les deux clans étant encore en conflit notamment sur le plan financier, Thiem avait abordé la phase 2 de sa carrière avec beaucoup de réussite, comme on l'a vu à l'US Open. Reste à franchir cette nouvelle étape.