Tennis - ATP et WTA - Alexis Tetang, ancien agent sur le circuit : « Les gens ne savent pas dans quoi ils s'embarquent »

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Responsable compétition du TC Gennevilliers, cet ancien agent du circuit a longtemps milité pour la création d'un statut pro. Pour que les aspirants joueurs aient des règles dès le départ. « À partir de quand peut-on dire qu'on gagne de l'argent en tennis ?
Tu commences à en vivre "normalement", correctement, quand tu es dans les 250 en sachant t'organiser et bien gérer. Tu peux avoir tes fonds propres, grâce à ta famille. Ou des sponsors privés, avec des pays comme la Russie où des mécènes te filent 40-50 000 € à l'année. Les matches par équipes sont importants, on peut parfois gagner 40 000 € en juin-juillet en Allemagne, et un petit billet de 20 000 l'hiver en France. Beaucoup vivent aussi des tournois français CNGT, qui peuvent rapporter 700-800 € par semaine. Grosso modo, si tu enlèves 30 à 40 000 € de frais, entre les voyages et les coaches, il peut te rester 2 000 € par mois si on veut mensualiser. Coronavirus : redémarrages en courts en Europe Vaste question : qui est pro, qui ne l'est pas ?
La réforme de l'ITF (d'abord baptisée en 2019 "Transition Tour" puis "World Tennis Tour", elle avait pour but de redéfinir le circuit professionnel, en le clarifiant et en rétrécissant drastiquement son accès) avait secoué tous les joueurs entre la 600e et la 800eplace qui étaient là comme dans un jeu. Ils butinaient à l'ATP, avec un peu d'argent, mais ça ne faisait pas du tout avancer le tennis. Ils se disaient joueurs pro mais ils n'avaient pas de retraite, pas de cotisation sociale... Cette réforme aurait pu avoir au moins l'avantage que les joueurs soient fixés sur leur objectif, genre "On arrête ou on continue, on n'est pas entre les deux". Si on veut être un joueur pro, on met des moyens, des objectifs intermédiaires, sinon il faut arrêter, ne pas faire les choses pour se dire pro alors qu'on ne l'est pas. Pro, ça veut dire ce que ça veut dire : on gagne sa vie en jouant au tennis. Et pas : "On joue au tennis et c'est papa-maman qui financent." C'est le sérieux du projet qui conditionne tout. Si l'on veut aider certains joueurs, il faut voir par exemple le nombre de tournois qu'ils jouent dans l'année. « Quand tu commences une carrière, c'est un peu la débrouille. On tente sa chance à poil. On ne prévoit pas grand-chose. Combien de gens tu vois qui ne savent pas gérer car rien n'a été prévu. Mais une fois que tu es dedans, tu es enfermé, tu ne sais faire que ça » Que faire pour faire vivre le circuit secondaire, si les joueurs ou les tournois n'intéressent pas grand monde, sinon localement ?
On est dans le domaine de la compétition. Qui dit compétition, dit mérite. Si on commence à encourager des gens à faire partie d'un système alors qu'ils n'ont pas de résultats, c'est compliqué... Le simple fait d'être là pour dire qu'on est pro avec des bourses, ça ne va dans le sens de la compétition. C'est comme ça. Ce sport, c'est révéler aussi des gamins qui arrivent au plus haut niveau en deux ans. Si on casse l'esprit compétition, ce n'est plus le même sport. Deux points ATP, c'est un échec. Comme si tu étais un avocat sans client. Thiem court pour la bonne cause C'est un peu marche ou crève...
Là où il faut faire des efforts, selon moi, c'est en expliquant les tenants et aboutissants du cadre pro dès le début, aux parents surtout, pour un peu écrémer. Que faire pour y arriver ? Les jeunes dans un club, avec les parents, s'imaginent souvent qu'ils vont être joueurs professionnels. C'est facile à dire ce mot-là, professionnel. Les gens ne savent pas dans quoi ils s'embarquent. Tout le monde a un rêve. Je vais me lancer sur le circuit deux trois ans, je verrai bien... Quand tu commences une carrière, c'est un peu la débrouille. On tente sa chance à poil. On ne prévoit pas grand-chose. Combien de gens tu vois qui ne savent pas gérer car rien n'a été prévu. Mais une fois que tu es dedans, tu es enfermé, tu ne sais faire que ça, tu peux avoir une petite notoriété dans certains microcosmes et tu ne veux pas en sortir non plus. C'est la bidouille ! Quand j'étais à la commission des agents, j'ai longtemps milité pour mettre en place un statut du joueur pro. S'immatriculer. Obliger à avoir un statut légal, comme une marque d'engagement. Là, tu as un statut à gérer. » Coronavirus : Grégoire Barrere soutient les maisons de retraite de Saint-Maur-des-Fossés

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